Édition du 16 octobre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Europe

Italie. Programme du mouvement Potere al popolo (II)

Publié par Alencontre le 4 - février - 2018 | Traduction française et notes, Dario Lopreno

BIENS ET ACTIVITÉS CULTURELS, COMMUNICATION, INFORMATION

Les derniers gouvernements ont réduit l’investissement culturel à 0.7% du PIB ; ils ont émané des lois qui ont fait de la culture une simple marchandise ; ils ont poursuivi la politique de financement d’événements, d’actions ponctuelles, de bonus. Les services radiotélévisés publics ont été remis sous l’autorité directe du contrôle gouvernemental, tandis que les financements publics de l’information indépendante, coopérative, culturelle, scientifique ont été supprimés. Nous considérons la culture et l’information comme un bien public, patrimoine de tous, non privatisable ni marchandisable. Ce sont des droits fondamentaux et inaliénables.

Seul le soutien public peut garantir un réel pluralisme et une réelle indépendance de la production et de l’offre de culture et d’information face aux logiques du marché. Même sur ce plan on mesure, aujourd’hui, l’inégalité non seulement entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas, mais entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas.

C’est pourquoi nous luttons pour

  • Porter l’investissement culturel à au moins 1% du PIB.
  • Garantir des ressources sûres à la production et à la distribution indépendante, au monde des associations culturelles, aux lieux et aux gestions qui s’y rattachent.
  • Réformer les institutions culturelles publiques, confier leur gestion aux forces sociales, culturelles et professionnelles du secteur.
  • Construire dans tous les quartiers de nos villes un réseau d’espaces culturels publics : lieux de rencontre, de participation et d’échange culturel, de production, d’expérimentation et de formation, gérés localement.
  • Assurer aux travailleurs de la culture les mêmes droits que tous les salariés, mettre un terme à la précarité ; leur garantir la continuité des revenus et des protections sociales et professionnelles, en reconnaissant le caractère intermittent du travail culturel là où il est inévitable : derrière le travail visible, il y a un travail invisible qui est également du travail et qui doit être rémunéré comme tel et jouir des protections sociales.
  • Edicter des lois sur le rôle de l’Etat en matière de protection, de conservation et de valorisation des biens culturels et artistiques. Promulguer un plan extraordinaire d’entretien du paysage et de notre patrimoine historique et artistique, bibliothécaire et en matière d’archives. Reconnaître les professions des secteurs de la restauration et de l’archéologie.
  • Instituer de nouvelles normes sur le droit d’auteur, qui défendent la compensation économique des auteurs et la possibilité pour eux de décider intégralement du destin de leurs œuvres, des normes qui doivent toutefois permettre de télécharger des œuvres pour un usage strictement personnel. Les normes actuelles sont inutilement vexatoires ou font carrément obstacle à des services publics tels que, par exemple, le prêt d’oeuvres sur support digital par les bibliothèques.
  • Défendre la neutralité d’Internet et un contrôle public sur les big data, leurs détenteurs et leur utilisation.
  • Edicter une vraie loi sur les conflits d’intérêts et une loi antitrust.
  • Mettre en place une réforme qui réaffirme la centralité du service public en matière de radio-télévision et qui garantit une gestion démocratique et participative, pluraliste et décentralisée.
  • Apporter un soutien public aux titres indépendants, aux coopératives, aux publications culturelles et scientifiques.

LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ, SANTÉ, ASSISTANCE

Le pays est toujours plus en proie à la crise économique, appauvri et brutalisé ; on voit croître la marginalisation sociale, conséquence du démantèlement systématique des politiques sociales publiques en cours depuis des années. 18 millions de personnes encourent le risque de pauvreté et d’exclusion sociale, un nombre qui ne fait que croître. 12 millions de personnes qui renoncent à des soins médicaux pour des raisons économiques. L’attaque au système de santé public et universel est particulièrement lourde, alors qu’il jouissait d’une reconnaissance mondiale pour ses garanties d’accès au droit à la santé. Le pourcentage du PIB destiné aux dépenses de santé est actuellement inférieur au seuil de risque selon les prescriptions de l’OMS, alors que l’on va vers de nouvelles économies dans le secteur. Les conséquences sont là : niveaux d’assistance sanitaire en chute libre, rallongement des listes d’attente, inégalité d’accès aux services, accentuée par le welfare contractuel[28] qui remet en question l’universalisme du droit à la santé. Les politiques d’assistance sociale et sanitaire sont radicalement insuffisantes dans les institutions psychiatriques et de soutien aux personnes âgées. Les personnes à mobilité réduite et les personnes socialement fragiles sont de plus en plus abandonnées à leur sort ou à leur famille, dépourvues d’assistance économique et matérielle, sans programme d’insertion et d’inclusion sociale. Nous pensons que toute personne, de quelque condition que ce soit, a droit à la santé, à l’aide sociale, à une vie indépendante, libre du besoin et digne.

C’est pourquoi nous luttons pour

  • Instaurer un revenu minimum garanti contre la pauvreté, l’exclusion sociale, la précarité de la vie.
  • Garantir des niveaux essentiels d’assistance octroyés par le système sanitaire national et leur homogénéité sur tout le territoire.
  • Eliminer les tickets [liés aux conventions collectives de travail] sur les prestations sanitaires.
  • Mettre fin aux temps d’attente [dans le système sanitaire], y compris en modifiant les normes du fonctionnement intramuros des institutions.
  • Procéder à des engagements dans la santé et les services d’aide sociale, en éliminant les emplois précaires, ce qui aurait pour conséquence de débloquer l’actuel turnover du personnel.
  • Exclure les privés du business de l’assistance sanitaire.
  • Renforcer les services sanitaires existant, en bloquant les procédures de redimensionnement et de fermeture des hôpitaux, et développer un réseau capillaire de centres d’assistance sanitaire et sociale de proximité.
  • Définir un plan national en faveur de personnes non-autosuffisantes, centré sur l’assistance intégrée à domicile.
  • Développer l’inclusion des personnes à mobilité réduite et des personnes fragiles dans l’école, au travail, dans la société, pour un droit à une vie sociale pleine, en abrogeant les récentes dispositions qui vont dans le sens contraire.

DROIT AU LOGEMENT, À LA VILLE, À LA MOBILITÉ

Dans un pays frappé par une crise décennale où, malgré le pillage des fonds publics et l’accroissement de l’exploitation des travailleurs par les entreprises, ces dernières ne parviennent pas à atteindre les gains escomptés, les villes et les services publics deviennent toujours plus convoités dans le cadre de la course au profit. Malgré l’important taux de micro-propriétaires immobiliers, l’un des plus élevé d’Europe, il y a toujours plus de sans-logis, d’expulsions, de loyers inconsidérés, de personnes n’ayant d’autre solution que d’occuper un logement illégalement, avec l’insécurité quotidienne que cela génère. Les villes sont de moins en moins adaptées aux besoins des salariés et de leurs familles : les transports publics sont amputés, l’hygiène publique se dégrade, l’eau, le gaz et l’électricité renchérissent. Les centres historiques sont transformés en vitrines de musée d’où l’on chasse les pauvres, les interdictions territoriales sont prononcées contre les indésirables au moyen des interdits territoriaux dits DASPO[29], les périphéries sont ghettoïsées, dépourvues des services essentiels, livrées à la dégradation matérielle et à la criminalité organisée. Les services publics élémentaires sont, une fois de plus, la nouvelle réserve de chasse pour la recherche du profit : eau, gaz, électricité non seulement coûtent plus cher mais ne sont même plus garantis, tandis que la mobilité organisée délaisse les classes populaires en privilégiant le profit des grandes entreprises du secteur. Pour nous, habiter, vivre en ville, se déplacer sont des droits fondamentaux.

C’est pourquoi nous luttons pour

  • Un plan extraordinaire de mise à disposition d’un million de logements sociaux sur 10 ans, en privilégiant la remise en fonction du patrimoine existant.
  • Un impôt fortement progressif sur les biens immobiliers vacants, l’abrogation de l’impôt immobilier à taux uniforme [dit cedolare secca[30]], et la possibilité pour les maires de réquisitionner les logements inoccupés pour des besoins urgents d’habitation.
  • Le contrôle des loyers, à partir de normes en lien avec la rente cadastrale [freinant les augmentations de loyers].
  • L’abolition de l’article 5 de la Loi Lupi, qui interdit aux occupants sans contrat d’un logement de se connecter aux réseaux d’eau, de gaz et d’électricité.
  • Le contrôle des tarifs des services publics essentiels et la garantie de leur accès à tout un chacun, en particulier aux démunis.
  • Un moratoire sur le défaut de paiement innocent[31] [morosità incolpevole].
  • Un plan national de réhabilitation des périphéries urbaines, dans lesquelles vivent quelque 14 millions de personnes.
  • Le développement du système des transports publics, pour le rendre accessible à tous, avec remise en question des privatisations et réaffirmation du caractère public des services à la population, avec une attention particulière à l’égard des pendulaires et aux transports locaux.

IMMIGRATION ET ACCUEIL

Les principales forces politiques alimentent les tendances xénophobes et racistes, désignant les migrants comme la cause principale du mal-être social. C’est un mensonge éhonté qui occulte la réalité de la concentration de richesses et de pouvoirs dans les mains de quelques-uns et qui est la véritable source de la pauvreté. On transforme ainsi en boucs émissaires ceux qui fuient la guerre ou les catastrophes économiques ou environnementales. Il est nécessaire de mettre en avant un discours de solidarité et d’alliance des exploités, allant dans le sens d’une extension des droits sociaux pour tous, citoyens italiens ou migrants. Nous voulons accueillir et donner des droits aux requérants d’asile, notamment ceux qui arrivent depuis 2011, et aux immigrés résidant en Italie depuis des années.

C’est pourquoi nous luttons pour

  • Le dépassement de la gestion urgentiste, militarisée, extraordinaire, de l’accueil et de la mise en place, en partant du modèle SPRAR [Système de Protection pour les Requérants d’Asile et les Réfugiés][32], avec des centres de petite dimension, sous gestion publique, permettant aux nouveaux arrivants de s’engager dans des parcours d’autonomisation et d’insertion en termes de logement, de travail et de la société, indépendamment des statuts juridiques.
  • La revalorisation des professions liées à l’accueil, actuellement soumises au précariat et à une surexploitation.
  • L’abolition du règlement Dublin III[33], des Lois Minniti-Orlando[34] et de toutes les lois racistes qui les ont précédées.
  • La dénonciation des accords bilatéraux de renvoi forcé [accords dits de réadmission] et de tout ce qui est destiné à externaliser les frontières de l’Union européenne, la mise en place de voies légales et protégées d’entrée en Europe.
  • L’abrogation du Texte unique en matière d’immigration (la Loi Bossi-Fini), né de la Loi Turco-Napolitano[35] ; la rupture du lien entre permis de travail et contrat de travail [c’est le fait qu’en cas de perte d’emploi l’extra-européen concerné se voit contraint de quitter l’Italie] ; la suppression de toutes les formes de détention administrative ; le transfert aux Communes de l’octroi et du renouvellement des titres de séjour et des mécanismes de régularisation permanente.
  • L’approbation du ius soli [droit du sol] et son extension à ceux qui ont grandi en Italie, ainsi que la révision extensive de la loi sur la citoyenneté [acquisition de la nationalité] ; le droit de vote dès l’échéance des élections administratives pour celui qui réside stablement dans le pays.

AUTODÉTERMINATION PERSONNELLE ET LUTTE CONTRE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES ET AUX LGBTQI[36]

Selon le Gender Gap Report 2017[37], sur les inégalités hommes-femmes, les inégalités s’approfondissent : l’Italie est au 82e rang sur 144, elle était au 50e en 2015. Les femmes continuent à subir le double travail productif et reproductif, mais aussi la hiérarchie au travail, la domination masculine sur les espaces publics, la violence matérielle et symbolique qui inhibe les parcours d’autodétermination personnelle et de liberté.

La crise a aggravé ces contradictions. L’Italie est l’avant-dernier pays européen en matière d’emploi féminin. Les femmes sont sujettes au temps partiel non choisi (plus du double que les hommes), à la précarité et au sous-emploi. Les coupes dans la politique sociale, dans une société incapable de remettre en discussion la question des rôles masculins et féminins, se traduisent inévitablement par la négation du droit au temps pour les femmes, qui se retrouvent avec plus de 5 heures de travail domestique par jour, soit le triple des hommes. Les violences contre les femmes sont leur lot quotidien, en grande partie entre les quatre murs du logement, à travers les actes de la domination mâle incapable de prendre en compte l’autonomie et la liberté des femmes. La question des genres s’entrelace avec la domination sociale, frappant notamment le corps des femmes migrantes.

Les discriminations sur le lieu de travail et les violences sociales frappent aussi les gays, les lesbiennes, les trans et tout l’univers LGBTQI, qui mènent un combat de tous les jours contre les préjugés, la haine, l’homophobie, la transphobie. La non-reconnaissance des relations et des familles des personnes LGBTQI signifie confiner leurs vies à une existence individuelle et isolée, en réaffirmant une idée de famille autoritaire, compromettant la liberté de tout un chacun.

À la violence systématique dont sont victimes les femmes, le mouvement féministe répond à l’échelle mondiale par « Pas une de moins » [Non una di meno], la force politique qui tient ensemble les femmes et traduit des parcours de libération qui partent de la domination de classe, de genre, de race et d’orientation sexuelle. En Argentine, la lutte féministe a conduit sur les places du pays des centaines de milliers de femmes protestant contre la violence sous toutes ses formes. La grève du travail reproductif et productif du 8 mars dernier a mis en lumière les nombreuses formes d’exploitation invisibles, dans le travail de soins, dans le travail à domicile, dans les exigences permanentes de disponibilité et de prestation. C’est sur cette même lancée que le mouvement féministe italien exprime, de manière autonome et intelligente, une forte capacité de lutte, d’élaboration et de propositions.

C’est pourquoi nous luttons pour

  • L’égalité des droits, des salaires, de l’accès au monde du travail à tout niveau et fonction, indépendamment de l’identité de genre et de l’orientation sexuelle.
  • Une remise en question radicale des rôles masculins et féminins dans la reproduction sociale et un système d’assurance sociale qui libère du temps de vivre pour toutes et tous.
  • La rupture du caractère mono-sexué des espaces publics et politiques.
  • Des réponses aux diverses formes de violence (physique, sociale, culturelle et normative) et à la discrimination des femmes et des personnes LGBTQI (par une loi contre l’homotransphobie).
  • Une formation qui fournisse des outils pour déconstruire le sexisme et qui éduque à la reconnaissance de la multiplicité des différences.
  • Le choix le plus total et réel sur sa propre vie et son propre corps, les pleins droits à la santé sexuelle et reproductive, actuellement niée dans nombre de structures publiques, du fait de la présence de médecins objecteurs. Ce qui signifie que toutes les femmes ont accès à la fécondation assistée, y compris hétérologue[38], indépendamment de la situation familiale. Nous combattons la diffusion du VIH [le virus responsable du Sida] à travers la promotion des nouvelles techniques de prévention mises à disposition de toutes et de tous. Nous voulons interdire les mutilations génitales sur les enfants intersexuels avant qu’ils ne soient capables de discernement au sujet de leur identité de genre.
  • La suppression du paquet sécurité[39], la sécurité des femmes consistant dans les moyens d’autodétermination qui leur sont accessibles.
  • La reconnaissance des droits et des aspirations des gays, lesbiennes et trans, sur le plan de l’individu comme de leur vie de couple, avec l’introduction du mariage égalitaire, de la pleine reconnaissance de l’homoparentalité, de la sauvegarde des rôles de parents, d’enfants et de familles ainsi que des possibilités d’adoption, consentie y compris aux personnes vivant seules et aux homosexuel(le)s, afin de reconnaître le désir de maternité et de paternité de toutes et tous.

ENVIRONNEMENT

La question environnementale est au centre de milliers de conflits sur tout le territoire national. Elle est aggravée par le modèle capitaliste prédateur en vigueur, responsable de ruptures toujours plus profondes dans le rapport entre l’homme, les autres espèces animales et le reste de la nature, en accumulant d’énormes problèmes que la planète et les générations futures auront toujours plus de difficultés à résoudre. La dévastation environnementale est aussi une question de classe, dont la facture est plus lourde pour les opprimés et les exclus. C’est tout un continent, l’Afrique, qui doit faire les comptes avec non seulement les guerres, mais aussi la sécheresse, la désertification, la pollution, tandis que dans les pays du premier monde nous continuons à dilapider les ressources. Les pays dominants ne réussissent toutefois plus à confiner les dégâts globaux : la pollution, le réchauffement climatique, la crise hydrique, les incendies nous touchent toujours plus, nous confrontant à l’urgence de repenser le modèle de production et de consommation.

Même dans notre pays nous faisons face à une constante dévastation des territoires au nom du profit. Il suffit de penser aux « grandes œuvres » telles le TAV[40], le projet TAP[41], les forages pétroliers, les sites industriels contaminés, le bétonnage, etc. Aucune économie verte ne pourra être d’une quelconque efficacité si l’on ne remet pas en question la logique du profit. Une planification démocratique, à l’échelle nationale et internationale, est nécessaire, centrée sur la sauvegarde de l’environnement et l’assainissement des zones et régions atteintes par le mésusage des ressources. C’est jusque dans ce domaine que l’homogénéisation entre centre-droite et centre-gauche a conduit à une série de réformes – dont nous demandons l’abrogation – qui ont liquidé des acquis des décennies précédentes : cela va de la loi Sblocca Italia[42] à la réforme Madia[43] qui efface le rôle des Organes de surveillance, et jusqu’à la neutralisation des études d’impact sur l’environnement en matière d’atteintes aux parcs nationaux.

C’est pourquoi nous luttons pour

  • La mise à l’abri et la sauvegarde préventive des territoires, par la protection du paysage et des biens communs, du patrimoine historique et architectural, la programmation, la planification et la gestion participatives et transparentes autour des objectifs d’intérêt collectif, en lieu et place du business de l’urgence environnementale et de la soi-disant green economy.
  • L’arrêt des « grands travaux », notamment du Train à grande vitesse du Val di Sousa (TAV), du Trans Adriatic Pipeline dans le Salento (TAP), du MOSE[44] à Venise, la mise en route d’un plan à grande échelle de sécurisation hydrologique et sismique du pays.
  • Une nouvelle politique énergétique qui parte du calcul des besoins réels, avec une remise en question globale de la Stratégie énergétique nationale, en recueillant les cahiers de revendications des mouvements NO TRIV[45] et en mettant en place une démocratie des territoires, à l’opposé de l’actuel modèle centralisé orienté en fonction des intérêts des multinationales.
  • Le moratoire sur les grands projets d’extraction des combustibles fossiles et l’arrêt immédiat de tout projet d’extraction non conventionnelle [gaz et pétrole de schiste notamment], la suppression des subventions publiques à l’utilisation de ressources fossiles dommageables pour l’environnement (16 milliards d’euros actuellement), à réutiliser pour créer des postes de travail dans l’amélioration des rendements énergétiques non fossiles, dans les énergies renouvelables, dans la recherche et l’innovation énergétiques.
  • La transition énergétique notamment par la sortie totale du carbone dans la prochaine décennie, l’utilisation des seules biomasses issues des déchets, la planification des installations éoliennes en tenant compte des critères de protection de la nature et de la faune, l’arrêt des constructions d’infrastructures énergétiques telles le TAP et Poseidon[46].
  • Une loi mettant un sérieux frein à la consommation des sols, qui contraigne les communes à situer leurs nouvelles interventions sur les territoires déjà urbanisés, en épargnant ceux non urbanisés, une loi urbaine qui mette fin aux déréglementations en faveur des privés, l’augmentation des dotations budgétaires en faveur des espaces verts, des transports non polluants, l’arrêt du bétonnage des côtes et la récupération environnementale des plages (à l’heure actuelle, le 75% des 200 mètres de la bande côtière de la péninsule est construit).
  • Un plan national pour la bonification des sites pollués, fondé sur le principe du pollueur-payeur et sur la surveillance et la protection de l’état de santé des populations riveraines.
  • Un plan d’investissements pour une mobilité durable et des transports publics (des chemins de fer au transport urbain), fondé sur les réels besoins des classes populaires et sur le respect de l’environnement, dépassant la primauté des transports sur route, développant ceux par voie ferrée et maritime.
  • D’importants investissements publics pour développer les cheminements cyclistes.
  • L’interdiction de l’entrée des navires de croisière dans la lagune de Venise, comme le propose le Comité Non aux grands navires [NoGrandiNavi].
  • Une nouvelle politique des déchets, axée sur le recyclage, une politique de dissuasion de production des objets non recyclables et des produits jetables après usage.
  • La gestion par les pouvoirs publics des installations et du cycle de l’évacuation des ordures, la mise à ban des mesures d’incitation à l’incinération, des investissements en faveur du tri des déchets, de la récupération, de la réutilisation, du recyclage, pour tendre vers la stratégie zéro déchets.
  • La réappropriation des eaux, comme bien commun, par les pouvoirs publics et, plus généralement, des services publics, effaçant le modèle de gestion qui privilégie les sujets de droit privé comme les sociétés anonymes, en respectant la volonté populaire qui s’est exprimée par les Référendums de 2011[47].

UNE NOUVELLE QUESTION MÉRIDIONALE[48]

La crise qui frappe notre pays depuis plus d’une décennie a des effets particulièrement violents sur les territoires historiquement désavantagés, le Sud et le Iles [le Mezzogiorno]. Le taux de chômage y atteint le double que sur le plan national, un jeune méridional sur deux est sans emploi tandis que les niveaux d’instruction et de formation sont très élevés. Les salaires moyens sont plus bas, le travail plus précaire, avec à une forte élévation du coût de la vie ces dernières années, particulièrement dans les grandes agglomérations. Le désinvestissement de l’Etat des secteurs stratégiques, voire leur mise en vente, comme cela s’est passé avec l’ILVA[49], a transformé d’énormes portions de territoire, comme Bagnoli [Naples] en cimetières industriels, devenus la proie d’intérêts spéculatifs n’ayant cure du développement régional, meurtris par des niveaux très graves de pollution. La pollution est l’autre dénominateur commun du Sud, de l’ILVA de Bagnoli à la méga-décharge de Terzigno[50], à la rivière Sarno[51] et à Priolo[52]. Et quand les territoires ne sont pas contaminés par des pollutions industrielles ou des décharges, ils sont sauvagement occupés par des forêts d’éoliennes ou des installations de production énergétique par combustible dérivé des déchets (CDR), ou alors ils servent à stocker les déchets nucléaires, s’ils ne sont pas destinés à l’édification de nouvelles bases militaires.

Dans le Sud et les Iles les niveaux sanitaires garantis et les ressources destinées à l’instruction et à la formation sont inférieurs à la moyenne nationale. Cela explique la reprise dramatique de l’émigration, du Sud vers le Nord, parfois forcée, comme c’est le cas pour les enseignants, ainsi que la reprise de l’émigration vers l’étranger, avant tout le lot des Méridionaux. Nous sommes d’avis que la question méridionale doit revenir au centre des préoccupations nationales et européennes. Il faut inverser la vapeur : le Sud et les Iles ne doivent plus constituer un problème, mais une grande opportunité pour le pays, en libérant positivement leur potentiel.

C’est pourquoi nous luttons pour

  • Une politique d’investissements publics dans des secteurs productifs, afin de développer les territoires plus désavantagés. Il faut pour cela contrer le chantage inacceptable qui consiste à troquer du travail contre la santé et la sauvegarde de l’environnement. Nous devons faire en sorte que les jeunes du Sud et des Iles aient le droit de se former et de travailler sur leurs propres terres.
  • Un réajustement des niveaux sanitaires méridionaux par rapport à ceux nationaux.
  • Un fort développement du réseau d’infrastructures et de transports publics.
  • Un investissement considérable pour renforcer l’instruction et la formation au Sud et dans les Iles.
  • L’arrêt d’une stratégie qui prend les terres méridionales pour une méga-décharge ou une méga-centrale électrique pour tout le pays.
  • La défense des territoires contre les appétits spéculatifs des entrepreneurs nationaux comme des grandes multinationales.
  • L’affirmation d’un modèle économique alternatif, apte non seulement à développer des productions nécessaires, mais aussi à valoriser la beauté, l’histoire, la terre, les nouvelles technologies, les cultures urbaines, comme lieux de paix et de rencontre de peuples et de cultures.

JUSTICE

La revendication d’une nouvelle législation plus attentive aux besoins des couches économiquement les plus vulnérables de la société serait inutile si elle n’était accompagnée de l’exigence d’un système judiciaire apte à en garantir le respect efficace et rapide.

La justice fait également partie du bien commun, c’est pourquoi nous réaffirmons qu’il est essentiel qu’elle soit en mains publiques, en tant qu’instrument de défense des droits de tout un chacun ; nous rejetons donc ici aussi toute forme de privatisation. Des milliers de personnes se sont trouvées dans le viseur de la justice, ces dernières années, parce qu’elles luttaient pour le droit au logement, au travail, à la santé, aux études, ou pour le respect de l’environnement et du territoire. Une politique corrompue, secondée par une certaine presse, a amené à frapper, au nom de la légalité, ceux qui se battent pour la justice sociale. Au lieu de reconnaître le bien-fondé politique de leurs revendications, l’Etat et la justice ont répondu par la répression. Celui qui se défend est passé en procès et condamné, celui qui est dans le dénuement ou qui a des comportements considérés à tort comme déviants ou dangereux, est réprimé et condamné. La conséquence évidente est la surpopulation carcérale d’immigrés, de malades psychiques, de sans-domicile et de toxicomanes.

Quand des secteurs populaires demandent justice, cette dernière n’arrive jamais, à cause du caractère substantiellement de classe de notre organisation juridique. L’accès aux tribunaux administratifs est en effet très coûteux, empêchant les simples citoyens et les petites communes de faire valoir leurs droits contre les grandes administrations plus fortes ou, pire, contre les privés disposants d’importants moyens économiques (nous pensons ici, par exemple, à la multinationale qui réalise le TAP[53] dans le Salento).

Le coût de la justice a aussi augmenté du fait de l’introduction d’émoluments divers toujours plus onéreux. Les citoyens sont en outre contraints, dans bien des cas, de passer par des tentatives d’accords extrajudiciaires (impliquant l’intervention de médiateurs ou d’arbitres qu’il faut payer). Tout est fait pour décourager les recours judiciaires des classes populaires.

Les campagnes de haine contre celui qui est différent, désigné comme déviant, menées par certaines administrations locales, incitent à l’achat d’armes. En dix ans, les licences de port d’armes ont triplé, pour en arriver à la situation alarmante actuelle, avec 15 Italiens sur 100 qui sont en possession d’un pistolet ou d’un fusil.

C’est pourquoi nous luttons pour

  • L’amnistie pour les délits liés aux luttes sociales, syndicales ou environnementales.
  • La dépénalisation d’une série d’infractions découlant du droit hérité du fascisme (code Rocco[54]) ainsi que des nouvelles lois spéciales.
  • La réforme de certaines mesures, sanctions et règles de procédure liées à l’interdiction de territoire [d’une commune], à des surveillances spéciales et à des assignations signifiées oralement.
  • L’abrogation des normes sur l’accroissement des pouvoirs des maires en matière de sécurité publique et de comportement urbain (notamment le DASPO urbain prévu par la Loi Minniti[55]).
  • L’annulation de la législation d’exception des années 1970 et ’80 (notamment la loi Reale de 1975).
  • La légalisation des drogues douces et la dépénalisation de la consommation des drogues.
  • La lutte contre la corruption diffuse et le recyclage des capitaux mafieux en aggravant les peines et les délais de prescription pour le recyclage et l’auto-recyclage de ces capitaux.
  • L’éducation anti-mafia, contraignant les communes à obtempérer à l’obligation d’informer les citoyens sur les biens confisqués et en favorisant les administrations qui réinvestissent ces capitaux dans des activités sociales.
  • La démilitarisation de la Garde de finance [police des douanes et de la finance] et sa transformation en police spécialisée dans la lutte contre la corruption, l’évasion et le contournement fiscaux.
  • L’introduction des marques d’identification visibles pour les agents de police en service d’ordre public.
  • La modification de la loi – insuffisante – sur le délit de torture, approuvée par le Parlement en juillet 2017.

La lutte contre la libre disposition des armes.

  • L’abolition de la prison à perpétuité[56], sous ses deux formes, conditionnelle [avec les éventuels avantages liés à la loi, y compris la possibilité de travailler à l’extérieur, les mesures de détention alternatives, etc.) ou sans conditionnelle [emprisonnement strict, pour délits qualifiés d’épouvantables].
  • L’abolition de l’article 41 bis[57], reconnu comme forme de torture par l’ONU et d’autres institutions internationales, et son remplacement par des mesures de contrôle, pour délits à caractère mafieux, qui soient à la fois efficaces et humaines tout en empêchant la continuité du rapport avec l’extérieur.
  • La promulgation d’une amnistie destinée à désengorger les prisons.
  • La réforme de la vie carcérale, notamment par l’élargissement des mesures alternatives et de parcours valables pour la réinsertion des détenus.
  • L’abattement des coûts d’accès à la justice, afin de permettre l’accès à la défense des droits aux couches économiquement les plus vulnérables de la population.

MUTUALISME, SOLIDARITÉ ET POUVOIR POPULAIRE

Les conditions de vie des classes populaires ne cessent de se détériorer, notamment en matière de santé, d’instruction, mais aussi tout simplement en ce qui concerne la possibilité de jouir de temps libre, consacré à un sport, un hobby, etc. De ce point de vue, mutualisation et solidarité ne sont pas de simples manières de rendre service, mais une forme de résistance aux attaques des riches et des puissants. Une manière de démontrer pratiquement qu’il est possible d’obtenir, avec peu de moyens, ce qu’ils nous nient (santé, instruction, sport, culture). Une forme de réponse solidaire, d’échange et de partage, au racisme, à la peur et au manque de confiance qui risquent de se répandre, faute de réaction. Les réseaux solidaires et mutualistes sont avant tout une école d’auto-organisation des masses, rendant possible de mener des enquêtes sociales afin de déterminer les besoins réels, d’élaborer des réponses, d’organiser des parcours de lutte, de contrôler par en bas la dilapidation de l’argent public et la corruption.

Tout ce qui précède dans ce programme est étroitement imbriqué avec la question centrale qu’est la nécessité de construire un pouvoir populaire. Pour nous pouvoir au peuple signifie restituer aux classes populaires le contrôle sur la production et sur la distribution de la richesse ; réaliser la démocratie dans son sens vrai et originel.

Pour y parvenir, il nous faut emprunter des passages intermédiaires et, surtout, construire et expérimenter une méthode que nous avons nommée contrôle populaire. Le contrôle populaire est, pour nous, comme une salle de sport où les classes populaires s’habituent à exercer le pouvoir de décider, à s’auto-gouverner et à s’auto-déterminer, en remettant en question les institutions et les mécanismes qui les gouvernent. Dans ce sens, nous nommons pouvoir populaire la surveillance sur l’achat-vente des voix aux élections, les batailles pour les visites dans les Centres d’accueil extraordinaire [Centres de premier accueil des migrants non réguliers], pour le droit au logement et à l’assistance sanitaire des sans domicile fixe, pour lutter contre les retards et les abus dans l’octroi des permis de séjour, contre l’élevage porcin intensif dans la région de Mantoue, contre le TAP dans le Salento, contre le TAV dans le Val di Susa, contre les éoliennes sauvages dans les Pouilles, en Basilicate et dans le Molise, contre le DASPO dans les centres urbains. Bref, nous nommons contrôle populaire toutes les batailles qui, ces dernières années, ont témoigné de la résistance des classes populaires et ont ainsi vivifié notre Pays.

Construire le pouvoir populaire signifie également réduire les inégalités, éviter les spéculations et lutter efficacement contre les organisations criminelles qui empoisonnent et détruisent notre terre ; ce que nous pouvons faire en les privant de main-d’œuvre pour de basses tâches, en les privant des réseaux de clientèles et des occasions pour conclure des affaires. Cela signifie faire vivre, dans les pratiques sociales, une perspective de société alternative au capitalisme.

C’est pour cela, en somme, que nous croyons et espérons que notre tâche ne s’épuisera pas avec les élections, mais que le travail mis ainsi en route nous permettra de constituer, dès le lendemain des élections, une petite armée de rêveurs déterminés, un groupe compact qui continue à marcher dans la direction d’une société plus libre, plus juste, plus égalitaire.

Qui accepte de relever le défi avec nous ?

Notes

[28] Welfare contractuel : À travers les conventions collectives de travail complémentaires (conventions locales ou d’entreprise, pouvant être liées à une convention faîtière mais pouvant déroger de celle-ci vers le pire) et afin de maintenir un bas niveau salarial, les employeurs ont concédé des augmentations salariales sous forme de quotes-parts patronales pour la prévoyance et la santé puis, dans un second temps, pour bien d’autres prestations en nature, inscrites au contrat collectif complémentaire de travail. D’adhésion volontaire à l’origine, ces couvertures contractuelles de frais de santé (pour des forfaits annuels limités) ont été rendues obligatoires dans certaines conventions collectives, apportant leur pierre à l’édifice de l’inégalité en matière de prévoyance et de santé (cf. Franco Martini, Welfare aziendale o contrattuale ? Rischi e opportunità, Rivista delle politiche sociali, Rome, 1/2016). [ndt]

[29] Le DASPO est une interdiction d’accès aux manifestations sportives et aux salles de sport (Divieto di Accedere alle manifestazioni SPOrtive), qui peut être assortie d’une obligation de signature, à rnouveler régulièrement, dans un poste de police, issu d’une loi introduite puis amplifiée entre 1989 et 2007. C’est une mesure qui peut être infligée par voie administrative, sans jugement, sous prétexte de « prévention » (cf. Daspo,Parole chiave del Sole 24 Ore, http://argomenti.ilsole24ore.com/parolechiave/daspo.html). [ndt]

[30] La cedolare secca (impôt immobilier à taux uniforme) est un impôt immobilier complexe, permettant aux propriétaires d’échapper à une partie de la taxation sur les personnes physiques nationale et communale (Che cos’è la cedolare secca sugli affitti, http://www.cedolaresecca.net/info/scheda.html). [ndt]

[31] Le défaut de paiement innocent [morisità incolpevole] consiste dans le non-paiement du loyer d’habitation suite au chômage involontaire total ou partiel, à la baisse forcée du temps de travail, à l’interruption non voulue d’un contrat de durée déterminée, à la cessation d’activité d’un indépendant pour des raisons involontaires, à la maladie, à l’invalidité ou au décès d’un membre du ménage impliquant une baisse significative du revenu. Dans ces cas, et sous plusieurs conditions spécifiques, l’Etat verse des subsides, limités, à la personne (Saverio Fossati, Contributi per gli inquilini morosi « incolpevoli », Il Sole 24 Ore, Milano, 26/06/2016). [ndt]

[32] « Le système SPRAR (Sistema di Protezione per Richiedenti Asilo e Rifugiati) constitue un réseau de centres nommés de second accueil, destiné aux requérants d’asile et aux titulaires d’une forme de protection internationale [réfugiés, personnes sous protection subsidiaire, dette dernière correspondant à l’admission provisoire en Suisse, ou admissions humanitaires]. Le SPRAR n’est donc pas destiné (comme les Centres de premier accueil ou les Centre d’accueil de requérants d’asile) à octroyer une assistance immédiate aux nouveaux arrivants sur sol italien mais, en principe, à intégrer socialement et économiquement les sujets déjà titulaires d’une forme de protection internationale », selon l’Osservatorio detenzione accoglienza migranti Puglia (http://www.osservatoriomigranti.org/?sprar). [ndt]

[33] Le Règlement Dublin III, est le Règlement du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, entré en vigueur en janvier 2014, « établissant les critères et mécanismes de détermination de l’État membre responsable de l’examen d’une demande de protection internationale introduite dans l’un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride » (Journal officiel de l’Union européenne, 29 juin 2013). Schématiquement, il reproduit un système où le requérant d’asile est à charge du premier Etat où il a séjourné sur sol européen : « un système qui nie aux migrant-e-s leur droit de circuler et de déposer une demande d’asile là où ils et elles le souhaitent. Par ailleurs, il contribue aux écarts insoutenables entre les pays européens en offrant aux pays les plus riches (dont la Suisse) la possibilité de se décharger de leur responsabilité d’accueil et de protection sur les pays de la périphérie de l’UE, qui sont déjà les premiers touchés par la crise économique » (Amanda Iosef, SoSF, Festival Stop aux renvois, sur https://solidarites.ch/common/fr/themes/41-suisse-alemanique/212-stop-renvois-stop-dublin). [ndt]

[34] Les lois Minniti-Orlando introduisent une accélération de la procédure d’asile et des recours et une augmentation des expulsions, avec des mesures extrêmement expéditives sur le plan juridique ainsi qu’un recours unique, l’extension des centres de détention pour expulsion et l’introduction d’un travail forcé nommé travail volontaire (http://www.dottrinalavoro.it/wp-content/uploads/2017/02/13-2017-DL-stranieri.pdf). [ndt]

[35] Les Lois Bossi-Fini, de 2002, et Turco-Napolitano, de 1998, sont les deux dernières lois italiennes sur l’immigration, l’une issue d’un gouvernement néo-conservateur de droite (dirigé par Berlusconi), l’autre d’un gouvernement néo-conservateur de droite et de gauche (dirigé par Prodi), adaptant toutes deux la législation nationale aux exigences européennes du moment sur la criminalisation de l’immigration clandestine, le rejet de l’écrasante majorité des demandes d’asile et mettant l’accent sur l’immigration choisie (http://www.parlamento.it/parlam/leggi/02189l.htm, http://www.camera.it/parlam/leggi/98040l.htm). [ndt]

[36] LGBTQI est l’acronyme courant utilisé pour lesbiennes, gays, bisexuels, trans, queers, intersexuels. [ndt]

[37] World economic Forum, The global gender gap report 2017, Genève, 2017. [ndt]

[38] Fécondation hétérologue : il s’agit d’une fécondation artificielle moyennant l’utilisation du sperme d’un donateur ou de l’ovocyte d’une donatrice extérieur au couple. [ndt]

[39] Le paquet sécurité est une loi sur les violences faites aux femmes qui réduit la question à un problème d’ordre public assorti de mesures purement sécuritaires. [ndt]

[40] Le TAV (Treno Alta Velocita) est le train à grande vitesse Turin-Lyon, passant par le Val di Susa (Italie) et la Maurienne (France), faisant partie du grand Réseau européen de transports, un gigantesque chantier prévu sur au moins 12 ans, posant de graves et nombreux problèmes environnementaux et de santé non résolus bien que le chantier ait déjà été engagé. [ndt]

[41] Le TAP est le Trans Adriatic Pipeline, un gazoduc traversant le nord de la Grèce et l’Adriatique, faisant la jonction avec le gazoduc Trans Anatolien (TANAP), allant de la frontière gréco-turque de Thrace à la côte adriatique italienne du Salento, au Sud des Pouilles, pour acheminer du gaz de Bakou, au bord de la Mer Caspienne, en Azerbaïdjan. [ndt]

[42] Sblocca Italia, littéralement Déverrouille l’Italie, est une procédure expéditive pour mettre en route les grands travaux en passant outre les oppositions juridiques. [ndt]

[43] La réforme Madia est une réorganisation des fonctions cadres de l’Etat, réalisée dans une optique plus dirigiste, managériale et méritocratique. [ndt]

[44] Le MOSE (Venise) est un immense projet de digues et écluses rétractables, pouvant fermer la lagune de Venise lors de phases d’acqua alta (hautes marées envahissant la ville) (https://www.mosevenezia.eu). [ndt]

[45] Le mouvement NO TRIV se définit ainsi : la Coordination nationale No Triv (fondée en 2012) est une association culturelle et politique solidaire, sans référence à un parti, « à laquelle ont adhéré des centaines d’organisations, comités et cercles de parti de toute l’Italie. L’objectif de la Coordination No Triv est l’opposition au modèle de développement national fondé sur l’exploitation des ressources fossiles et la promotion d’un nouveau système énergétique, économique et social fondé sur les plus amples principes du développement durable » (http://www.notriv.com/about/). No Triv vient de No trivellazione, c’est-à-dire Non aux forages, un référendum lancé par une vaste constellation hétérogène d’organisations politiques et d’associations, pour empêcher le renouvellement des concessions de forages pétroliers et gaziers en deçà de 12 miles (environ 20 km) des côtes italiennes. Le référendum, voté en avril 2016, a obtenu une large majorité des voix, mais il n’a pas eu le quorum (un vote référendaire doit obtenir une participation d’au moins 50% + 1 voix des votants pour être validé). [ndt]

[46] Le gazoduc Poseidon est un projet reliant le sud de l’Italie (sud des Pouilles) à la Grèce, la Crète, Chypre, Israël, intégré au réseau européen des gazoducs. Pour le TAP, cf. Note 35. [ndt]

[47] Avec 3 des 4 Référendums de juin 2011, une majorité exceptionnellement forte des votants, soit autour de 95% des voix, s’est exprimée contre de nouvelles centrales nucléaires (l’Italie n’a plus de centrales nucléaires depuis 1990) et contre la privatisation de l’eau. [ndt]

[48] Méridional se réfère au Sud de l’Italie (depuis les Abruzzes et la Campanie) et aux îles (Sardaigne, Sicile et les petites îles du Sud, autrement dit au Mezzogiorno. [ndt]

[49] L’ILVA est l’ancien conglomérat sidérurgique appartenant à l’Etat italien et privatisé dans les années ’90. [ndt]

[50] La décharge de Terzigno, la plus grande de la région, près de Naples, dans le Parc national du Vésuve, contient – en principe – des déchets solides, à l’état de matériaux secs, non recyclables ; elle est en situation de surcapacité importante. [ndt]

[51] La rivière Sarno coule des Apennins de Campanie au Golfe de Naples. Elle a joué, avec ses cours d’eau tributaires, le rôle de décharge publique des communes et des industries agro-alimentaires de la région. Alors que la bonification de la rivière a été engagée il y a plus de 40 ans, son état de poubelle à ciel ouvert n’a pas diminué à ce jour… [ndt]

[52] Le complexe de raffineries et industries pétrochimiques d’Augusta-Priolo-Melilli, d’Esso et de Lukoil (Isab), en Sicile, près de Syracuse, l’un des plus grands d’Europe, est actuellement aux prises avec la justice pour non respect des normes sur la pollution environnementale, près de 1000 cas de cancers et plusieurs morts étant liés aux nombreuses plaintes pénales en cours pour non respect des normes en matière d’émanations. [ndt]

[53] À l’origine, le projet TAP (le Trans Adriatic Pipeline, cf. Note 35), a été conçu et lancé par la société suisse Egl, filiale du marchand de nucléaire Axpo, dont les actionnaires sont les cantons de Zurich, Argovie, Saint-Gall, Appenzell, Thurgovie, Glaris et Zoug. Egl écrivait, dans un communiqué de presse de 2007 cité par l’Association des utilisateurs et consommateurs des Pouilles (ACU, associazioneacu.org) que le « nouveau gazoduc permettra aux pays de l’Europe de l’Ouest d’avoir un meilleur accès aux importantes réserves de gaz naturel de la Mer Caspienne, de Russie et du Moyen-Orient ». Sur ces mots, l’ACU précise également que les rapports entre la Confédération helvétique et l’Azerbaïdjan sont particulièrement fructueux. En 2011 déjà la compagnie d’Etat azérie Socar est entrée sur le marché helvétique en acquérant des distributeurs Esso et en commençant une collaboration avec la Migros. Et ACU de rappeler que la Suisse représente l’Azerbaïdjan et d’autres pays de la région du Caucase au Conseil d’administration du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale (l’Helvétistan…) (cf. les sites associazioneacu.org, strom.ch, axpo.com). [ndt]

[54] Le code Rocco est le nom donné aux deux codes civil et de procédure civile, promulgués par le ministre de la justice du gouvernement fasciste de Mussolini, en 1930, Alfredo Rocco. Bien qu’ayant subi de nombreuses modifications jusqu’à ce jour, l’essentiel du code Rocco est actuellement encore en vigueur en Italie. Quant aux lois d’exception, il est fait ici allusion aux lois anti-terrorisme noir (loi Reale, 1975), puis contre les brigades rouges (loi Cossiga, 1980), contre les violences autour du sport (lois dites Daspo, pour Divieto di Accedere alle manifestazioni SPOrtive, interdiction d’accès aux manifestations sportive, 1989, cf. note 29 ci-dessus), et post-septembre 2001 (loi Pisanu, 2005) qui, à chaque fois, ont entamé, au nom de l’urgence, une importante partie des droits et libertés démocratiques. [ndt]

[55] Le DASPO urbain est l’extension de la loi d’exception DASPO autour des manifestations sportives, adoptée en 1989, étendue à tout le territoire des centres urbains. Il vise l’ébriété sur la voie publique, les atteintes à la décence publique, toutes les activités commerciales abusives sur la voie publique, etc. La loi prévoit des sanctions administratives (sans jugement) sous forme d’amendes jusqu’à 300 euros, de mesures d’éloignement territorial, d’interdiction d’utilisation de certaines infrastructures urbaines, ferroviaires, aéroportuaires, maritimes ou de transports publics. C’est le maire de la commune qui prononce ces sanctions. C’est le ministre de l’Intérieur Marco Minniti, membre du Parti démocratique, qui a porté cette loi, ainsi que celle sur l’accentuation de la répression contre les sans-papiers et l’ouverture de plus de centres d’enfermement pour migrants. [ndt]

[56] L’emprisonnement à perpétuité a été déclaré comme contraire aux droits humains par la Cour européenne des droits de l’homme dans un arrêt du 9 juillet 2013, lorsqu’il interdit toute possibilité de libération ou lorsque le jugement ne prévoit pas qu’après 26 ans de détention le détenu puisse demander, à un organisme indépendant du gouvernement, une révision du jugement ou un allégement de peine (Marta Lamanuzzi, L’ergastolo ostativo. Una pena in contrasto con la dignita ?, http://www.ristretti.it/commenti/2015/settembre/pdf6/articolo_lamanuzzi.pdf). [ndt]

[57] L’article 41 bis de la Loi sur l’organisation pénitentiaire permet au ministre de la justice de placer un détenu sous mesures disciplinaires d’exception suite à toute sorte d’infractions graves au règlement interne de la prison (Legge sull’Ordinamento penitenziario, http://www.procuragenerale.trento.it/attachments/article/31/Ordinamento%20penitenziario.pdf). [ndt]

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