𝐒𝐨𝐲𝐨𝐧𝐬 𝐜𝐥𝐚𝐢𝐫𝐬 : 𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐱𝐭𝐞 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐭𝐞. Personne ne dit qu’il faut faire comme si Trump, le protectionnisme américain, les crises économiques ou l’instabilité géopolitique n’existaient pas. Mais tenir compte du contexte, ce n’est pas la même chose que suspendre la volonté démocratique du Québec jusqu’à ce que les conditions paraissent enfin favorables.
Pendant des années, on nous a vendu un PQ qui assumait enfin l’indépendance, sans détour, sans flou, sans le vieux réflexe des « conditions gagnantes ».
On a tenté de nous vendre l’image d’un PSPP enfin clair, enfin constant, enfin prêt à rompre avec l’attentisme péquiste. Le fameux « Capitaine référendum ». Mais pour celles et ceux qui suivent la politique québécoise depuis un certain temps, cette image a toujours été fragile. Dès 2011, on voyait déjà la 𝐠𝐫𝐚𝐧𝐝𝐞 𝐦𝐨𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭é 𝐝𝐞 𝐬𝐞𝐬 𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬. Ce nouveau recul ne sort donc pas de nulle part : il confirme surtout la flexibilité des principes du personnage. Plusieurs n’ont jamais vraiment cru au mythe du chef qui irait jusqu’au bout coûte que coûte. Aujourd’hui, de plus en plus de gens commencent simplement à le constater.
À une semaine de la campagne, on nous explique maintenant qu’il n’y aura pas de référendum tant que Donald Trump sera président des États-Unis. Donc le PQ ne sort pas de l’attentisme référendaire. Il le met en scène.
Et le plus révélateur, c’est l’hypocrisie politique autour des conditions.
Quand 𝐐𝐮é𝐛𝐞𝐜 𝐬𝐨𝐥𝐢𝐝𝐚𝐢𝐫𝐞 ou des indépendantistes progressistes disent que l’indépendance doit être construite avec des garanties démocratiques, sociales, féministes, antiracistes et décoloniales, et qu’elle ne peut pas se faire en tolérant des discours qui ciblent nos compatriotes, on nous répond que nous alourdissons l’indépendance. On nous accuse de poser des conditions. On nous dit : le pays d’abord, le reste après.
Mais quand le PQ impose sa nouvelle condition, pas de référendum tant que le contexte américain ne convient pas ; là, soudainement, ce serait du réalisme, de la prudence, du sérieux.
Dans cette logique tordue, les conditions seraient mauvaises quand elles viennent de la gauche, des mouvements sociaux, des minorités ou des Premiers Peuples. Mais elles deviennent acceptables quand elles viennent du calendrier électoral du parti qui prétend encore avoir le monopole de l’indépendance.
C’est un problème majeur.
La question n’est pas de savoir s’il existe des conditions. Toute stratégie politique en implique. 𝐋𝐚 𝐯𝐫𝐚𝐢𝐞 𝐪𝐮𝐞𝐬𝐭𝐢𝐨𝐧, c’est : qui les définit, dans quel but, et au nom de quels principes ?
𝐄𝐬𝐭-𝐜𝐞 𝐪𝐮’𝐨𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐢𝐭 𝐜𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐝𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐝é𝐦𝐨𝐜𝐫𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭, 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐥𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞, 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐝é𝐦𝐚𝐫𝐜𝐡𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐚𝐧𝐭𝐞 ? 𝐎𝐮 𝐞𝐬𝐭-𝐜𝐞 𝐪𝐮’𝐮𝐧 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢 𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐣𝐮𝐬𝐭𝐞 𝐬𝐞𝐥𝐨𝐧 𝐬𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐝𝐚𝐠𝐞𝐬, 𝐬𝐨𝐧 𝐜𝐚𝐥𝐞𝐧𝐝𝐫𝐢𝐞𝐫 𝐞𝐭 𝐬𝐞𝐬 𝐛𝐞𝐬𝐨𝐢𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 ?
Parce qu’au fond, PSPP transforme un calendrier déjà serré en grande annonce de « prudence et de sérieux ». Il ne renonce peut-être à rien dans l’immédiat, puisque le plan dans le Livre bleu menait déjà à un référendum tardif. Mais il formalise quand même une condition externe : 𝐥𝐞 𝐜𝐚𝐥𝐞𝐧𝐝𝐫𝐢𝐞𝐫 𝐫é𝐟é𝐫𝐞𝐧𝐝𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝é𝐩𝐞𝐧𝐝𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐝é𝐬𝐨𝐫𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐣𝐨𝐧𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐣𝐮𝐠é𝐞 𝐟𝐚𝐯𝐨𝐫𝐚𝐛𝐥𝐞.
Et c’est là que le problème s’ouvre.
Si le protectionnisme continue, si les marchés paniquent, si les sondages stagnent, si le contexte économique reste incertain, si la prochaine administration américaine est elle aussi instable, est-ce qu’on reporte encore ?
À partir du moment où l’on accepte que le référendum dépende d’une conjoncture extérieure jugée favorable, on rouvre la porte aux conditions gagnantes de Lucien Bouchard, qu’on prétendait avoir dépassées.
C’est pourquoi toutes les défenses possibles du PQ mènent à la même impasse.
Si l’annonce de PSPP est une vraie annonce, il vient de réintroduire l’attentisme référendaire par la porte d’en arrière.
Si ce n’est pas une nouvelle, parce que le Livre bleu prévoyait déjà une longue période de consultations, une commission itinérante, un processus parlementaire, puis seulement ensuite un référendum, alors le problème demeure : le calendrier devient extrêmement serré, voire incompatible avec la promesse d’un référendum dans un premier mandat.
Parce qu’il faut faire les calculs.
Le mandat parlementaire se termine le 5 octobre 2030. Si le PQ attend au minimum le 20 janvier 2029 pour tenir son référendum, tout en respectant sa propre feuille de route : consultations de 12 à 24 mois, commission itinérante, processus parlementaire, adoption d’un cadre constitutionnel transitoire ; il se place lui-même dans un entonnoir politique.
Et politiquement, ce n’est pas anodin de reléguer un sujet aussi fondamental à la toute fin d’un mandat. Un référendum, si c’est réellement le cœur du projet, devrait marquer le mandat dès le départ, pas devenir une carte qu’on garde pour la dernière année. En le repoussant aussi loin, le PQ ouvre lui-même toutes les portes de sortie : manque de temps, obstruction parlementaire, contexte international, sondages insuffisants, besoin d’un deuxième mandat.
Bref, ce n’est plus une stratégie de rupture. C’est le retour de la « bonne gouvernance » provinciale en attendant les conditions gagnantes.
Soit le PQ respecte le Livre bleu, avec ses consultations, sa commission itinérante et son processus parlementaire, et il risque alors de manquer de temps pour tenir le référendum promis dans un premier mandat.
Soit il maintient coûte que coûte sa promesse référendaire, mais il doit accélérer, raccourcir ou tordre son propre processus. Autrement dit : renier une partie de la démarche qu’il vient à peine de présenter.
Soit il ajoute une nouvelle condition externe, puis une autre, puis encore une autre : pas tant que le contexte économique est instable, pas tant que les sondages ne montent pas, pas tant que les marchés sont nerveux, pas tant que la conjoncture n’est pas parfaite.
𝐎𝐧 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐮𝐧 𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐥 é𝐩𝐢𝐬𝐨𝐝𝐞 𝐝𝐞 𝐒𝐮𝐫𝐯𝐢𝐯𝐨𝐫 𝐐𝐮é𝐛𝐞𝐜 𝐨ù 𝐥𝐞𝐬 𝐫è𝐠𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐡𝐚𝐧𝐠𝐞𝐧𝐭 à 𝐜𝐡𝐚𝐪𝐮𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐞𝐢𝐥 𝐭𝐫𝐢𝐛𝐚𝐥. 𝐂’𝐞𝐬𝐭 𝐝𝐮 𝐊𝐚𝐦𝐨𝐮𝐥𝐨𝐱 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥.
Le PQ veut être à la fois le parti de l’urgence indépendantiste, le parti de la prudence référendaire, le parti du Livre bleu détaillé, le parti du « on verra après », le parti du référendum dans un premier mandat, et maintenant le parti du référendum sous conditions externes.
𝐓𝐨𝐮𝐭 ç𝐚 𝐧𝐞 𝐭𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐞𝐧𝐬𝐞𝐦𝐛𝐥𝐞.
Le problème de fond, c’est que le PQ veut décider du cadre, du rythme et des conditions, puis appeler ça la volonté du peuple.
Pour moi, ce n’est pas une stratégie de rupture. C’est un souverainisme sous conditions.
Et ce n’est pas comme si le contenu proposé par le PQ était neutre. Le Livre bleu dessine déjà une indépendance largement arrimée aux cadres géopolitiques, économiques et sécuritaires existants, pendant que le parti s’accommode trop souvent de discours qui ciblent nos compatriotes. Le problème n’est donc pas seulement le calendrier. C’est aussi la vision du pays qu’on nous demande d’endosser.
𝐋’𝐢𝐧𝐝é𝐩𝐞𝐧𝐝𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐧𝐞 𝐬𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐢𝐫𝐚 𝐩𝐚𝐬 𝐞𝐧 𝐚𝐭𝐭𝐞𝐧𝐝𝐚𝐧𝐭 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐬𝐭𝐫𝐞𝐬 𝐛𝐥𝐞𝐮𝐬 𝐬𝐨𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐞𝐧𝐟𝐢𝐧 𝐚𝐥𝐢𝐠𝐧é𝐬.
Bien sûr qu’il faut tenir compte de la conjoncture. Mais en tenir compte devrait servir à répondre aux inquiétudes, à clarifier le projet, à convaincre plus largement. Pas à se ménager une porte de sortie commode pour reporter le moment venu.
C’est là que la démarche de Québec solidaire est plus juste, plus cohérente et plus transparente.
Elle ne garde pas l’indépendance comme une carte à sortir en fin de mandat. Elle propose 𝐝’𝐨𝐮𝐯𝐫𝐢𝐫 𝐥𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐜𝐞𝐬𝐬𝐮𝐬 𝐝è𝐬 𝐥𝐞 𝐝é𝐛𝐮𝐭 𝐝𝐮 𝐦𝐚𝐧𝐝𝐚𝐭 : une démarche constituante populaire, co-construite avec les Premiers Nations, où l’on débat du pays à construire avant de demander un mandat historique.
Elle ne dit pas : faites-nous confiance, on verra après.
Elle dit : construisons le projet collectivement, démocratiquement, puis soumettons-le au peuple.
À mon sens, l’indépendance n’est pas seulement un transfert de pouvoirs ou un changement de drapeau. C’est une occasion de rompre avec le pétro-État canadien, de réparer des torts historiques, de démocratiser nos institutions, d’élargir nos droits sociaux et politiques, et de faire du Québec un pays à l’avant-garde de la justice climatique et sociale. 𝐄𝐧 𝐬𝐨𝐦𝐦𝐞, 𝐮𝐧𝐞 𝐯𝐫𝐚𝐢𝐞 𝐫é𝐯𝐨𝐥𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐢𝐭𝐨𝐲𝐞𝐧𝐧𝐞.
Une démarche constituante populaire permet précisément de construire les conditions politiques de l’indépendance. Elle donne voix au chapitre aux Premiers Nations, aux travailleuses et travailleurs, aux régions, aux minorités, aux mouvements sociaux, aux jeunes, aux personnes immigrantes et à l’ensemble de la population.
Ce n’est pas alourdir l’indépendance. C’est lui donner une base plus claire, plus démocratique, plus rassembleuse et plus solide.
La différence est simple, mais cruciale.
𝐋’𝐨𝐩𝐩𝐨𝐫𝐭𝐮𝐧𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐚𝐝𝐚𝐩𝐭𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐢𝐧𝐜𝐢𝐩𝐞𝐬 𝐚𝐮 𝐜𝐚𝐥𝐞𝐧𝐝𝐫𝐢𝐞𝐫 é𝐥𝐞𝐜𝐭𝐨𝐫𝐚𝐥.
𝐔𝐧𝐞 𝐝é𝐦𝐚𝐫𝐜𝐡𝐞 𝐝𝐞 𝐩𝐫𝐢𝐧𝐜𝐢𝐩𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐢𝐭 𝐮𝐧 𝐜𝐡𝐞𝐦𝐢𝐧 𝐜𝐥𝐚𝐢𝐫, 𝐝é𝐦𝐨𝐜𝐫𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐭 𝐚𝐬𝐬𝐮𝐦é.
Je suis indépendantiste, je souhaite que cela arrive. Mais pas une indépendance repoussée ou accélérée selon les besoins électoraux d’un parti ni cadenassée par le Livre bleu d’un seul parti.
Je veux une indépendance construite par, pour et avec les peuples qui habitent le Québec.
Elle ne doit pas attendre que les marchés soient rassurés, que les sondages montent ou que le PQ trouve le bon angle de campagne.
𝐂’𝐞𝐬𝐭 ç𝐚 𝐥𝐚 𝐝𝐢𝐟𝐟é𝐫𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐚𝐭𝐭𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐝𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐞𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐢𝐫𝐞.
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