12 décembre 2025 | tiré de Rébelion
https://rebelion.org/la-izquierda-desborda-la-capital-y-responde-a-la-derecha/
La gauche déborde la capitale et répond à la droite
Dans un indéniable tour de force politique, environ 600 000 personnes — selon l’estimation du gouvernement de la ville — se sont massées dans le Zócalo et les rues avoisinantes. Le message de la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, ne laissait aucun doute quant à sa détermination à résister aux attaques internes comme externes.
Ces derniers temps, les campagnes de toute nature dirigées contre elle se sont intensifiées, en grande partie sous l’impulsion du magnat Salinas Pliego, fraudeur fiscal notoire, soudainement reconverti par une sorte de grâce divine en chef « moral » de la droite mexicaine et nouveau parrain du propagandiste Javier Negre. À cela s’ajoute la menace d’ingérence du Géant du Nord, apparemment convalescent, qu’il serait imprudent d’ignorer.
L’atmosphère autour de la Torre Caballito, sur le Paseo de la Reforma, était festive. Des groupes se rassemblaient autour de la Fontaine de la République ; des fanions de toutes tailles et de toutes couleurs flottaient en abondance, tout comme les slogans écrits en lettres capitales. Un contingent transportait une figure monumentale en papier mâché du président, comme lors d’une fête populaire. L’accès au Zócalo se faisait au milieu d’une foule dense, entre esquives et bousculades occasionnelles. Les commerces étaient ouverts, proposant boissons et vêtements aux passants — dont beaucoup venaient d’autres États.
Le flot humain se déversait dans un Zócalo débordant, où il était néanmoins encore possible de se frayer un chemin pour obtenir une meilleure place. La place était remplie de personnes de tous horizons ; dans certains secteurs, on distinguait les contingents d’organisations constituées, comme celui du SNTE. Une présence qui laisse un arrière-goût de corporatisme hérité du PRI du siècle dernier : l’intégration d’organisations satisfaites, prêtes à composer avec leurs dirigeants.
Sheinbaum est arrivée peu avant 11 heures. Elle a parcouru la rue Madero jusqu’à l’estrade installée devant le Palais national. À chaque pas, la foule l’arrêtait ; certains se contentaient d’une poignée de main, d’autres demandaient des photos ou des signatures sur des affiches ou des livres.
Le discours a commencé peu après l’heure prévue. Le rappel des réalisations de la gauche sous le gouvernement d’AMLO — comme la relance des trains de passagers ou l’expansion des programmes sociaux — était ponctué d’applaudissements et de slogans tels que « Présidente ! » et « Tu n’es pas seule ! ». Les acclamations furent particulièrement fortes lorsque le haut-parleur retrouva sa voix après une panne de micro.
L’un des points centraux du discours portait sur ce qui apparaît comme le terrain le plus âpre de la lutte politique contemporaine : la bataille du récit. La présidente a dénoncé les torrents d’argent dépensés par ses adversaires pour imposer l’idée d’un pays en crise, livré au chaos et dépourvu de gouvernance. Au-delà de l’élaboration d’une stratégie de communication, elle a affronté directement la droite en déclarant : « Peu importe tout ce qu’ils feront, ils ne vaincront ni le peuple mexicain ni sa présidente ! » Reste à voir si les fabrications et les campagnes de l’opposition — qui semble glisser vers une droite radicalisée — parviendront à entamer le soutien populaire.
Un autre moment fort fut l’allusion voilée de Sheinbaum à la perspective inquiétante, soutenue par certains Mexicains de l’étranger, d’une intervention américaine. Il ne s’agit pas de menaces en l’air : la veille, l’administration Trump avait publié un document redéfinissant la région et évoquant la nécessité de rétablir la « domination » en Amérique latine. Derrière cet euphémisme se trouvent les cadavres d’Allende, de Sandino, de Jara et de milliers d’autres. La présidente a tenté d’exorciser ce spectre en proclamant à haute voix : « Le Mexique est un pays libre, indépendant et souverain ! Nous ne sommes la colonie ni le protectorat de personne ! » Pour que cette affirmation soit effective, il faudra toutefois un exercice d’équilibrisme diplomatique particulièrement délicat face à un gouvernement américain qui flirte à nouveau avec le fascisme.
Après un peu plus d’une heure de discours, l’événement s’est conclu comme il avait commencé : par l’hymne national. La foule a peu à peu quitté le Zócalo, comme une lagune se vidant dans les rivières qui la composent. Beaucoup sont allés manger dans les environs. D’autres se sont dirigés vers le secteur surchargé des Beaux-Arts, les stations les plus proches étant saturées, ou vers les autobus les ramenant dans leurs villes d’origine.
Ainsi s’achevait une démonstration de force politique qui confirme que les prophètes de malheur, au pays comme à l’étranger, continuent de ne pas comprendre la réalité : une part non négligeable de la population soutient toujours son gouvernement et sa présidente.
Rebelión* a publié cet article avec l’autorisation de l’auteur, sous licence Creative Commons, dans le respect de sa liberté de le diffuser dans d’autres médias.







Un message, un commentaire ?