Édition du 4 octobre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

2022 : Élection générale au Québec et possibilité d’une intervention des organisations syndicales durant la campagne électorale

0.0 Durant la diffusion du panel de discussion auquel participait huit dirigrant.e.s des grandes centrales (CSD, CSN, CSQ et FTQ) et des syndicats indépendants (APTS, FAE, FIQ et SFPQ) le vendredi 29 avril 2022 à l’UQAM, il y a eu, puisque tout n’est pas parfait, des moments d’interruption en raison de certaines difficultés techniques. Durant ces moments de silence, ma tête s’est mise à errer dans ma mémoire intérieure. De lointains souvenirs syndicaux et politiques ont remonté à la surface et mis en relation avec la présente conjoncture, cela a débouché sur un certain nombre d’idées à discuter, à modifier ou à oublier. C’est selon vos préférences… J’y vais dans le désordre suivant.

1.0 1988 est une année d’élection générale au Canada. Le gouvernement sortant, dirigé par Brian Mulroney, chef du parti progressiste-conservateur, fait du Traité de libre-échange avec les États-Unis l’enjeu de l’élection. Les organisations syndicales CEQ, CSN, FTQ et UPA redoutent l’impact à moyen et long terme de cet accord pour l’emploi. Il est clair, selon les dirigeant.e.s de ces quatre organisations, que les entreprises étrangères vont préférer aller s’établir directement sur le sol états-unien et qu’elles vont même déserter éventuellement le sol canadien, ce qui ne serait pas sans conséquence dramatique pour l’emploi au nord du 49e parallèle. L’agriculture canadienne n’est pas en position pour concurrencer les multinationales américaines du secteur agroalimentaire (agrobusiness). La crainte que le Canada devienne une succursale à la merci des États-Unis est largement partagée parmi les militant.e.s des organisations progressistes de la gauche canadienne coast-to-coast. Devant ce nouveau péril anticipé, la Coalition québécoise d’opposition au libre-échange organise, en plein milieu de la campagne électorale, un grand débat réunissant dans le camp du « Pour le libre-échange », Bernard Landry du Parti québécois, Gyslain Dufour du Conseil du patronat du Québec ; dans le camp du « Contre le Libre-échange », Louis Laberge, président de la FTQ et Gérald Larose, président de la CSN. Répétons-le, nous sommes en pleine campagne électorale, pour représenter les partis politiques fédéraux on retrouve le ministre progressiste-conservateur Lucien Bouchard, le député libéral fédéral Jean Lapierre, et le porte-parole du NPD Michel Agnaieff. C’est ainsi, à quelques jours d’avis, que les organisations syndicales membres de la Coalition québécoise d’opposition au libre-échange sont parvenues à s’immiscer dans le jeu politique électoral. Il s’agissait de profiter d’une occasion unique et incomparable – une campagne électorale - en vue d’enraciner, auprès des membres syndiqué.e.s de la CSN, de la CSQ, de la FTQ et de l’UPA, les revendications de la Coalition québécoise d’opposition au libre-échange dans le but avoué de leur faciliter leur choix le jour de l’élection.

2.0 Lors de la rencontre du 29 avril 2022, tenue à l’UQAM, rencontre qui réunissant huit président.e.s des organisations énumérées ci-haut, il a été mentionné que certain.e.s syndiqué.e.s ont voté, lors de l’élection générale au Québec en 2018, en faveur d’un.e candidat.e de la Coalition avenir Québec (CAQ) et qu’il est probable que ce geste se reproduise à nouveau lors du prochain scrutin général au Québec en octobre prochain.

3.0 Cela fait maintenant deux ans que nous sommes en pleine pandémie et que le gouvernement Legault gouverne à l’aide de décrets qu’il renouvelle aux dix jours. Il entend se doter, via le projet de loi 28 présentement débattu à l’Assemblée nationale, de nouveaux pouvoirs permettant au gouvernement de modifier ou d’abroger un décret ou un arrêté ministériel. Il est prévu, sauf erreur de notre part, que ce projet de loi prendra fin le 31 décembre 2022. Une fois cela mentionné, qui peut être certain de l’avenir ? Ce projet de loi aura-t-il réellement pour effet de mettre un terme aux mesures d’urgence présentement en vigueur et qui ont pour effet de suspendre certaines dispositions des conventions collectives[1] ?

4.0 Que dire du bilan du gouvernement Legault en matière de relations de travail et de négociation des conventions collectives ? Ce gouvernement n’est aucunement intéressé par une rémunération juste et adéquate des salarié.e.s syndiquées à son emploi. Il est, il faut le rappeler, viscéralement anti syndical. Il n’hésitera pas à recourir à l’adoption de lois spéciales pour imposer unilatéralement son point de vue aux salarié.e.s syndiqué.e.s et aux organisations syndicales.

5.0 2022 est une année importante pour au moins 560 000 salarié.e.s des secteurs public et parapublic au Québec. Les demandes syndicales doivent être déposées immédiatement après la campagne électorale, c’est-à-dire vers la fin du mois d’octobre. À la fin du mois de novembre, l’Institut de la statistique du Québec publiera son étude comparative annuelle de la rémunération. Vers le 20 décembre, ce sera au tour du gouvernement du Québec de rendre publique son offre à ses salarié.e.s syndiqué.e.s. De quoi seront faites ces offres ? Le contrat de travail aura-t-il une durée réconfortante pour le gouvernement de cinq ans ou s’étendra-t-il sur une période de trois ans (ce qui correspond à la durée des contrats de travail revendiquée par les organisations syndicales depuis l’entrée en vigueur de la loi 37 en 1985) ? Le gouvernement offrira-t-il une augmentation de la masse monétaire plafonnée à un ridicule 2% par année, comme il le fait infatigablement depuis - à quelques nuances près – 1999, où y ira-t-il d’une offre protégeant pleinement le pouvoir d’achat de ses salarié.e.s syndiqué.e.s, offre accompagnée d’un rattrapage avec les salarié.e.s syndiqué.e.s des autres secteurs publics ?

6.0 Il a été mentionné par le président de la FTQ que sa centrale est intéressée par la tenue éventuelle des États généraux du syndicalisme au Québec. Cette idée est, selon nous, une brillante idée à concrétiser dès que possible. Elle est susceptible de redonner un élan nouveau à la combativité syndicale. Elle peut également générer une crédibilité renouvelée auprès de l’opinion publique. Il faut rappeler qu’il y a quelques années, les grands médias avaient des journalistes spécialisés en matière de travail et de syndicalisme. Aujourd’hui, les organisations syndicales doivent acheter de la publicité dans les journaux pour faire parler de leurs priorités et de leurs revendications. Tristement, en cette période caractérisée par la pensée néo (ou rétro) libérale, le mouvement syndical a fait l’objet de trop nombreuses attaques en provenance des deux paliers de gouvernement et de nombreux employeurs qui s’opposent même, dans certains cas, à l’idée de la présence d’un syndicat pour représenter les salariées de leur entreprise. La voix syndicale est souvent complètement négligée par les autorités publiques et absentes des médias. Il faut mentionner ici que c’est tellement plus facile pour les possédant.e.s et les dirigeant.e.s de gérer leurs entreprises et de conduire leurs politiques quand celles et ceux qui représentent le plus grand nombre sont réduit.e.s au silence.

7.0 La campagne électorale arrive à grands pas. Nous avons été en mesure, à Presse-toi à gauche !, lors de la plus récente ronde de négociation dans les secteurs public et parapublic, d’interpeller le Parti libéral, le Parti québécois et Québec solidaire autour de six questions. Personne n’est en position pour nous raconter de sornettes ici. Les organisations syndicales ont les ressources requises pour inviter d’ici le jour du prochain scrutin provincial, dans le cadre d’un débat contradictoire, les porte-parole des principaux partis politiques autour d’enjeux qui intéressent les syndiqué.e.s. Ce type d’action en est un d’éducation politique en faveur des salarié.e.s syndiqué.e.s et des électeurs et des électrices issu.e.s des milieux populaires. À travers les réponses des candidates et des candidats, les syndiqué.e.s seront un peu mieux outillé pour évaluer qui met de l’avant les politiques qui rejoignent réellement leurs intérêts. Le goût de voter pour une ou un candidat.e qui prône des politiques réactionnaires ou conservatrices se volatilisera peut-être enfin. Qui sait ?

8.0 Dans le cadre d’une démarche prometteuse pour l’avenir, la mise en place d’une structure intersyndicale souple ou plus durable dans le temps peut-elle être envisagée ?

9.0 C’est sur ces pensées errantes et vagabondes que le son de la retransmission du panel sur Facebook a finalement été rétabli. La présidente de la CSN, Caroline Senneville, constatait, en le déplorant, l’absence du panel de la présidente du SPGQ, madame Lise Lamarre et du déficit de représentation des femmes en tant que porte-parole d’un secteur constitué à 75% de femmes salariées syndiquées.

Yvan Perrier

1er mai 2022

15 h.

yvan_perrier@hotmail.com

[1] https://www.csn.qc.ca/actualites/le-gouvernement-veut-continuer-de-decreter-les-conditions-de-travail/. Consulté le 1er mai 2022.

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Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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