Édition du 1er décembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Évasion fiscale

21,000 milliards au mimimum dans les paradis fiscaux

Une des grandes aberrations de notre siècle.

Ce chiffre [1] est tellement astronomique qu’il n’est pas évident de se figurer concrètement ce que cela représente. Quelques chiffres plus à notre portée, peuvent s’avérer utiles pour mieux saisir l’ampleur de cette somme.

Sur la terre, il y a 7 milliards d’habitants : si on divisait également cette fortune entre le nombre d’habitants sur la planète chacun aurait $3000. Ce qui évidemment représenterait une fortune pour des gens vivant actuellement avec moins de $1/jour. En gardant le même mode de vie, ils pourraient vivre ainsi 8 ans. Évidemment cette façon d’utiliser le 21, 000 milliards ne serait pas bien efficace.

Imaginons ce montant divisé par la valeur d’une maison de $200,000 = 105 millions. Au Canada, nous sommes 30 millions. Non seulement chaque famille mais chaque personne pourrait avoir sa maison, et il en resterait encore 75 millions à faire tirer.

Un minimum de 5 millions de personnes ont perdu leur maison aux États-Unis, lors la crise financière et économique. Si $200,000 avait été remis à chacun, une mince fraction du magot des paradis fiscaux : 1/21 soit 0.047 aurait pu mettre fin à leur calvaire.

Ces 21, 000 milliards permettraient d’assurer un système d’éducation et un système de santé publics à toutes les personnes de la planète, et qu’instaurer un système agro-alimentaire permettant à chaque pays d’assurer sa souveraineté alimentaire.

Ce qui fait mal au cœur, c’est le nombre de personnes qui doivent payer plus que leur juste part d’impôt à cause de ce détournement fiscal, mais aussi toutes ces petites entreprises, et j’en connais, égorgées par l’impôt qu’ils doivent payer alors que les transnationales et leurs oligarques font la fête sur leur yacht de 30-800 millions. [2] (Imaginez le pauvre qui doit se contenter d’un yacht de $30 millions). Je déduis que ceux qui ont des yachts de ce prix ne doivent pas se contenter d’une maison ou quelques maisons de $5 millions... On ne parlera pas non plus des jets privés...Dire, que sur cette même planète, 1 milliard de personnes vont se coucher le ventre creux. Et on devrait trouver ça normal ?

Sans ces paradis fiscaux, ils ne pourraient évidemment accumuler autant de richesses. Imaginez la pression sur les dirigeants du G20 par tous ces puissants de la planète pour qu’on ne touche surtout pas à leurs cachettes....Le discours officiel prétend s’attaquer à cette aberration de notre siècle. C’est leur moyen de contrer l’indignation avant qu’elle ne prenne trop d’ampleur...

Si les gens au budget serré et revenu modeste s’indignaient aussi facilement que le 1% du Québec s’est indigné quand le gouvernement Marois a voulu augmenter leur impôt d’un très mince pourcentage, la partie serait gagnée. Il est vrai que l’indignation du 1% a ses portes-voix dans les médiats dominants contrairement au reste de la population. Cela fait toute la différence.

Justement dans les médias d’ici, le discours suivant se fait entendre de plus en plus souvent : "Les Québecois ont de la difficulté à accepter la richesse, à accepter les gens riches....cela vient de leurs origines judéo-chrétienne.." Quelle manipulation : plus ils se sentiront coupables d’être si jaloux moins on aura de chances de les voir s’indigner...

Les Québecois sont très bien capables d’accepter sans problème que d’autres gagnent deux ou trois cent mille. Plus difficile d’accepter que des PDG gagnent $10-15 millions par an, qu’une dirigeante qui prétend avoir des valeurs coopératives se fasse voter plus de $3,5 millions/an. Avec raison Yves Michaud a déclaré :« Il y a une peste dans le monde financier qui est en train de se répandre dans le mouvement coopératif » [3]

Les Québecois ont le cœur à la bonne place. Ce qu’ils n’acceptent pas c’est l’injustice fiscale et l’accumulation éhontée de richesse à l’abri de l’impôt alors qu’un milliard d’êtres humains souffrent de faim et de malnutrition. Si au lieu de parler de façon condescendante de valeurs judéo-chrétiennes ces médias parlaient simplement de valeurs humaines... Ne comptons pas sur eux pour faire la part des choses.

J’ai côtoyé un bon nombre de gens qui ignoraient ce qu’était un paradis fiscal. Pas si étonnant, car jusqu’à récemment c’était motus et bouche cousue sur le sujet. Pendant la Guignolée, à Radio-Canada on posait la question lors de tribunes téléphoniques : que faire pour contrer la pauvreté ? En répondant : justice fiscale et abolition des paradis fiscaux, par deux fois, je me suis fait couper la ligne. Des téléphonistes se doivent de filtrer les propos qui risquent d’être subversifs....

Enfin, ce mur de l’Omerta commence à avoir des failles... Avec Internet et les médias sociaux, ça devient plus difficile à occulter. Grâce au Consortium international des journalistes d’enquête (ICIJ), qui ont pris beaucoup de temps pour analyser les 2,5 millions de documents du disque dur, on en parle maintenant au grand jour et pas uniquement 2 ou 3 phrases glissées au téléjournal. Enfin, un plus grand nombre de personnes, à moins de vivre sur une autre planète vont être au courant.

Merci au travail laborieux de ces personnes indignées qui ont envoyé à leurs propres risques, ce disque dur aux journalistes.

Si cette « fuite » avait eu lieu pendant le printemps érable, cela aurait sûrement aidé à contrer le discours des médias de droite sur l’État surendetté qui n’a plus les moyens de soutenir une éducation gratuite pour tous. Si maintenant au moins les gens réalisent qu’ils se font mentir en pleine face lorsqu’on leur dit qu’il n’y a plus d’argent pour nos systèmes publics de santé et d’éducation, ce sera toujours ça de gagné.

Si chaque personne prenait vraiment conscience de l’énormité du vol de fonds publics que ces fraudes fiscales représentent, et ce grâce à la complicité de nos gouvernements (même s’ils prétendent le contraire) , il y aurait une révolution.

Un bon moyen de s’impliquer pour un jour mettre fin à cette aberration des paradis fiscaux est de se joindre à l’Association pour la Taxation des Transactions financières pour l’Aide aux Citoyens (ATTAC) qui travaille beaucoup sur ce dossier. Pour en savoir plus : www.quebec.attac.org/

Françoise Breault

Après une carrière en enseignement, dont un an avec les Échanges France-Québec, j’ai poursuivi en travail social auprès des familles. Vers l’âge de cinq ans, je me demandais pourquoi il y avait des pauvres et ce que je pouvais faire. Sans en prendre pleinement conscience, cette interrogation m’a habité toute ma vie. Une année en Amérique du Sud ne m’avait toujours pas apporté de réponse. Cela m’a pris du temps à voir clair... Maintenant que la lumière est allumée, je ne peux et ne veux la refermer... Tous les faits, toutes mes lectures me confirment comment le système économique actuel contribue à ce fossé grandissant entre riches et pauvres. Me voici maintenant à ma 3e carrière, celle où je peux mettre tout mon temps et énergie à sensibiliser les gens aux graves enjeux d’aujourd’hui, afin de vivre dans un monde plus juste... « mais nous, nous serons morts mon frère... ».

Sur le même thème : Évasion fiscale

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...