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Derrière le prétendu cessez-le-feu, la reconstruction de Gaza est bloquée et Israël prépare déjà une nouvelle offensive d’ampleur.
Comme toujours avec Israël, les accords ne sont pas respectés et les cessez-le-feu servent surtout à se réarmer et préparer l’offensive suivante. Près de 800 personnes ont ainsi été tuées depuis ce prétendu cessez-le-feu.
Netanyahu a déclaré qu’Israël allait désormais « se concentrer sur le Hamas », suggérant une nouvelle phase de guerre de grande intensité contre Gaza. Une chaîne israélienne a révélé que l’état-major et l’armée se préparaient à relancer l’offensive « dès le mois prochain », après le refus du Hamas et d’autres factions palestiniennes de déposer les armes.
Exiger le désarmement sans contrepartie
Lors de réunions tenues en avril entre des représentantEs des principales factions palestiniennes — Hamas, Fatah, FPLP, FDLP et Jihad islamique — et Nickolay Mladenov, le « Haut Représentant pour Gaza » du « Board of Peace » de Trump, tous ces groupes ont refusé de discuter d’un quelconque désarmement tant qu’Israël n’aurait pas appliqué les engagements prévus lors de la première phase du cessez-le-feu — il y a plusieurs mois — notamment le retrait progressif de la bande de Gaza, la libre entrée de l’aide humanitaire et des marchandises, ainsi que le début de la reconstruction.
L’après-guerre et la reconstruction entravées
Plus tôt en avril, des représentantEs du Fatah et du Hamas se sont rencontréEs au Caire afin de discuter des mesures permettant de passer à une phase d’après-guerre, notamment autour de la reconstruction et du désarmement. Les deux organisations avaient accueilli favorablement la création du Comité national pour l’administration de Gaza — connu sous le nom de « comité technocratique » et composé de PalestinienNEs chargéEs d’administrer la bande de Gaza — dans le but d’amorcer la reconstruction humanitaire. Ce comité reste toutefois subordonné au « Board of Peace » et séparé des institutions politiques palestiniennes, sans pour autant être indépendant des institutions israéliennes. Cependant, la farce semble ne plus avoir de limites : le comité n’a toujours pas été autorisé par Israël à entrer dans la bande de Gaza.
Orange, jaune et vert, les couleurs de la colonisation de Gaza
Avant même qu’une nouvelle offensive soit lancée, la situation continue de s’aggraver. Les forces israéliennes ont étendu les zones placées sous leur contrôle effectif à l’intérieur de la bande de Gaza, au-delà de la soi-disant « ligne jaune » établie après l’accord de cessez-le-feu.
Cette ligne jaune était censée reculer progressivement au fil des différentes phases. C’est l’inverse qui se produit : les autorités israéliennes ont transmis de nouvelles cartes aux organisations humanitaires, définissant une zone d’accès restreint élargie, baptisée « ligne orange », qui représente à elle seule environ 11 % du territoire de Gaza situé au-delà de la « ligne jaune » initiale. Dans le même temps, les forces d’occupation ont continué à repousser cette « ligne jaune » vers la mer à coups de destructions. De fait, le territoire placé sous contrôle israélien s’est étendu d’environ 10 % dans la bande de Gaza.
L’occupation s’étend encore
La frontière « invisible » des lignes jaune et orange constitue en outre une zone de danger mortel pour toute personne s’en approchant, même sans le savoir. Selon plusieurs témoignages, il est possible de s’endormir dans une zone et de se réveiller dans une autre, après un déplacement des lignes par l’armée israélienne. En pratique, les GazaouiEs sont désormais réduitEs à vivre sur seulement 40 % de leur territoire initial.
Dans la partie de la bande de Gaza placée sous contrôle militaire israélien — la fameuse zone « verte » — Israël organise et finance plusieurs milices armées qui y opèrent, tout en ciblant et assassinant le personnel chargé des fonctions de police à Gaza sous prétexte qu’il s’agirait de combattantEs du Hamas. Cette destruction systématique des structures civiles de Gaza, souvent administrées par le Hamas, constitue aussi une stratégie de désorganisation empêchant tout retour à une vie normale. Ces assassinats permettent en outre à des bandes armées de jouer le rôle d’une police directement aux ordres d’Israël.
La reprise de la guerre contre Gaza, dans la continuité de l’annexion de fait de la Cisjordanie et du Sud-Liban, ainsi que les expulsions à Gaza, replacent dans leur contexte l’intensification de la Nakba. Même si une annexion totale de la Cisjordanie reste irréalisable, Israël semble vouloir accélérer ses offensives à grande échelle avant qu’une éventuelle remise en cause de son impunité internationale n’émerge. Même si, en pratique, cette impunité n’a jusqu’à présent rencontré que très peu de limites.
L’unification palestinienne pour passer du Sumud à la libération
Cependant, les PalestinienNEs ne restent pas passifVEs. Les factions et groupes de Gaza demeurent opérationnels malgré presque trois ans de génocide. Malgré la complicité de l’Autorité palestinienne, des groupes s’organisent dans les camps de réfugiéEs en Cisjordanie, mais aussi dans les villages de la zone C, notamment face à la recrudescence des violences des colons. Des groupes auto-organisés tentent de protéger les habitantEs, les animaux et les habitations.
Le « Sumud » [1] palestinien demeure présent malgré l’occupation, la colonisation et le génocide. Mais la situation est rendue complexe par la fracture et la paralysie persistantes de la vie politique palestinienne.
Selon Khaled Odetallah, intellectuel palestinien et fondateur du Centre Suleiman Halabi d’études sur le colonialisme et la libération :
« La crise est celle d’une société actuellement incapable de définir clairement son objectif de libération, après que ses structures sociales aient été détruites par l’occupation israélienne. La violence de l’occupation a décimé les structures sociales telles que les syndicats, les mouvements étudiants et les associations, tuant de nombreuses personnes et emprisonnant des milliers d’autres. Elle a également cloisonné les Palestiniens dans des réalités géographiques distinctes. La séparation entre Gaza et la Cisjordanie, par exemple, s’est construite au fil des années, et des réalités différentes se sont créées entre le nord et le sud de la Cisjordanie, sans parler de Jérusalem et des Palestiniens détenant la citoyenneté israélienne, et il existe de nombreux groupes sociaux aux intérêts divergents dans chacune de ces régions. La représentation politique naît généralement de l’interaction et de la lutte entre les groupes sociaux, ce qui construit la représentation d’une société de bas en haut. Ce processus a été systématiquement empêché par la ségrégation et la répression israéliennes, ce qui se traduit par l’absence d’une direction unifiée ».
Nous l’expliquons depuis longtemps : la possibilité d’une réponse politique palestinienne unitaire dépend aussi de l’espace que la solidarité internationale est capable de créer en faisant pression sur Israël. Les marches de commémoration de la Nakba sont là pour rappeler l’existence du peuple palestinien, et celle de sa résistance.
Le nettoyage ethnique de Jérusalem
Le contrôle total de Jérusalem constitue depuis longtemps un objectif central de l’État d’Israël. Depuis la Nakba, la ville possède un statut particulier : théoriquement conçue comme une « ville internationale », elle occupe une place centrale pour les grandes religions monothéistes et abrite d’importants lieux saints.
Divisée en deux lors du plan de partage, la partie Est est occupée illégalement depuis 1967 par l’État d’Israël qui, depuis lors, n’a cessé d’imposer aux populations non juives qui y vivent des conditions de vie insupportables, dans le cadre d’une véritable politique de nettoyage ethnique.
Colonisation et expulsions
Dès 1967, Israël a annexé 70 000 hectares et placé une partie de ce territoire sous la juridiction municipale de Jérusalem. Dans les années qui ont suivi, l’État a consacré environ un tiers des terres annexées à la construction de colonies israéliennes. Depuis une dizaine d’années, ce processus connaît une brutale accélération dans les quartiers où vivent encore des Arabes.
Rien que la semaine passée, 1 800 personnes ont été menacées d’expulsion de leurs maisons dans le quartier emblématique de Silwan. Avec Sheikh Jarrah, ce quartier arabe figure parmi les plus visés par la politique israélienne de dépossession à Jérusalem-Est. Tous deux se situent dans ce que les autorités israéliennes appellent le « Bassin sacré », qui englobe également les quartiers musulmans et chrétiens de la vieille ville ainsi que le mont des Oliviers.
La richesse archéologique et historique de Silwan sert de prétexte à des politiques d’urbanisme destinées à limiter le développement palestinien et à renforcer le contrôle israélien sur la zone. Il suffit ainsi de classer un terrain en parc national, site archéologique ou réserve naturelle pour déposséder, dans les faits, les résidentEs palestinienNEs de leurs terres. Cette politique s’appuie aussi sur des ONG d’extrême droite chargées de faire « revivre » un passé largement fantasmé afin de légitimer idéologiquement la domination sioniste tout en effaçant les traces historiques incompatibles avec ce récit.
Dépossession et apartheid
Mais il ne s’agit pas de la seule méthode : les autorités israéliennes ont développé de multiples mécanismes de dépossession dans une logique d’apartheid. Les permis de construire sont accordés quasi exclusivement aux JuifVEs, rendant de fait illégales la plupart des habitations palestiniennes. La loi dite de l’absence permet également de transférer à des associations juives des biens achetés avant 1950. Plus récemment, la Cour suprême israélienne, tout en reconnaissant que certaines familles avaient acquis leurs maisons légalement, a estimé que les droits de propriété des colons primaient. Tous les recours juridiques se heurtent ainsi à la logique d’un État d’apartheid ethno-racial et suprémaciste.
L’expulsion des PalestinienNEs de leurs foyers est menée au grand jour, à travers la législation, le système judiciaire et la coopération avec les organisations de colons, tandis que la vie quotidienne est rendue toujours plus insupportable par la négligence systématique des autorités et les violences constantes.
Les quartiers arabes sont privés d’infrastructures et de développement, tout en étant la cible de violences policières récurrentes. Du fait du statut particulier de Jérusalem, ses habitantEs palestinienNEs ne disposent pas de la citoyenneté israélienne mais d’un simple permis de résidence, que les autorités peuvent retirer à tout moment, notamment en cas de séjour prolongé à l’étranger ou d’engagement politique — comme dans le cas emblématique de Salah Hamouri.
Des violences quotidiennes
Le 14 mai, lors de la « journée de Jérusalem », l’extrême droite israélienne défile dans les rues de la vieille ville aux cris de « Mort aux Arabes » ou « Que vos villages brûlent », sous protection policière. Cette manifestation donne régulièrement lieu à des violences contre des passantEs, des commerces et des lieux saints, musulmans comme chrétiens. Depuis octobre 2023, ces violences sont devenues quasi quotidiennes dans la vieille ville.
À Silwan, comme dans d’autres quartiers palestiniens de Jérusalem ou dans les villages de Cisjordanie, l’État d’Israël mobilise tous les moyens à sa disposition pour déposséder les PalestinienNEs de leurs terres. Cette politique poursuit un objectif clair : créer un territoire à majorité juive en expulsant les PalestinienNEs ou en les concentrant dans des espaces toujours plus réduits.
La bataille des familles palestiniennes de Jérusalem pour conserver leurs maisons fait pleinement partie de la résistance à la colonisation, à l’occupation, au nettoyage ethnique et à l’apartheid. La situation de Jérusalem illustre de manière particulièrement claire la politique qu’Israël entend imposer aux populations placées sous son contrôle.
Édouard Soulier
Notes
[1] Sumud est un mot arabe qui exprime la résistance, la résilience, la persévérance des PalestinienNEs, leur attachement à la terre et à la culture palestinienne.











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