Édition du 9 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Déclaration finale du séminaire régional sur l’écoféminisme, l’endettement et l’extractivisme face à la crise climatique, tenu à Ouagadougou au Burkina Faso du 02 au 04 avril 2026

Nos Esprits, Nos Corps, Nos Têtes, Nos Terres - Pas de Dettes !

La Coordination des luttes féministes du réseau CADTM-Afrique (Comité pour l’Abolition des Dettes illégitimes), en coordination avec l’Association pour une Taxation des Transactions financières pour l’Aide aux Citoyens (Attac Burkina) et le Mouvement Africain pour le Développement Endogène et l’Education (MADE), ont organisé un séminaire international sur l’écoféminisme, la dette, les microcrédits et les crises climatiques ainsi que leurs rôles dans le renforcement des inégalités du 2 au 04 Avril 2026, à Ouagadougou au Burkina Faso, à l’Institut Panafricain pour le Développement Afrique de l’Ouest et du Sahel (IPD-AOS) sis à Avenue Dassasgo.

Tiré de l’infolettre du CADTM
https://www.cadtm.org/Declaration-finale-du-seminaire-regional-sur-l-ecofeminisme-l-endettement-et-l
13 avril par Coordination des Luttes Féministes du CADTM Afrique

Nous, participantes au Séminaire régional sur l’écoféminisme, l’endettement et l’extractivisme face à la crise climatique, tenu à Ouagadougou du 02 au 04 avril 2026 ;

Réunissant une soixantaine d’actrices issues de mouvements féministes, organisations sociales et citoyennes venant de plusieurs pays africains (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo Brazzaville, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Conakry, Mali, Niger, Sénégal, Togo et Tunisie).

Dans le cadre du projet de renforcement des synergies écoféministes pour abolir la dette illégitime et construire un monde fondé sur la justice sociale et le respect de la nature ;

Réaffirmons notre volonté commune de contribuer à la transformation structurelle des systèmes économiques, politiques et sociaux qui perpétuent les inégalités, les injustices et la destruction des écosystèmes.

Nos travaux ont mis en évidence que l’Afrique est confrontée à une crise systémique caractérisée par l’imbrication de trois dynamiques majeures :

1. L’endettement structurel illégitime, qui détruit la souveraineté économique des États ;
2. L’extractivisme, qui repose sur une exploitation intensive des ressources naturelles au détriment des populations ;
3. La crise climatique, qui exacerbe les vulnérabilités existantes.

Ces trois dimensions ne sont ni isolées ni conjoncturelles : elles relèvent d’un système global historiquement construit, fondé sur des rapports de domination hérités de la colonisation et renforcés par les politiques néolibérales contemporaines.

Nous constatons que la dette illégitime en Afrique constitue un mécanisme assignant à la dépendance et à la domination :

Le poids du service de la dette réduit drastiquement les marges budgétaires des États, compromettant les investissements dans les services sociaux essentiels ;

Les politiques d’ajustement et d’austérité associées entraînent la dégradation des services publics et le transfert des charges vers les ménages ;

Les femmes, en raison de leur rôle central dans la reproduction sociale, absorbent de manière disproportionnée les effets de ces politiques.

En outre, les dispositifs de microfinance, loin de constituer une solution durable, participent souvent à la féminisation de la pauvreté, en individualisant les risques et en enfermant les femmes dans des cycles d’endettement chronique.

Le modèle extractiviste dominant en Afrique repose sur une logique d’exportation des ressources brutes, générant :

• Une dégradation accélérée des écosystèmes (pollution, déforestation, épuisement des ressources) ;
• Des phénomènes d’accaparement des terres et de déplacements forcés ;
• Des violations récurrentes des droits humains, notamment du droit au consentement libre et informé au préalable.

Les femmes sont particulièrement affectées :

• Elles subissent la perte de leurs moyens de subsistance ;
• Leur travail productif et reproductif est intensifié et invisibilisé ;
• Elles restent largement exclues des espaces de décision.
Ainsi, l’extractivisme constitue une violence structurelle genrée, à la fois économique, sociale et écologique.

La crise climatique agit en multiplicateur d’inégalités :

L’Afrique est l’une des régions les plus exposées aux impacts climatiques, malgré sa faible responsabilité historique ;

Les femmes, en première ligne face aux effets néfastes de la crise climatique, voient leur charge de travail et leur vulnérabilité s’accroître ;

Les effets combinés de la sécheresse, de l’insécurité alimentaire et des déplacements forcés accentuent la précarité.

Cette situation révèle l’existence d’une dette climatique et écologique, contractée par les pays industrialisés à l’égard des peuples africains.

Cependant, les mécanismes internationaux actuels demeurent insuffisants, inéquitables et souvent conditionnés, reproduisant ainsi des logiques d’endettement et de dépendance.

Nous affirmons que l’endettement, l’extractivisme et la crise climatique s’inscrivent dans un système global articulé autour de :

• Le patriarcat, qui structure les rapports de pouvoir et marginalise les femmes ;
• Le capitalisme néolibéral, qui privilégie l’accumulation au détriment du vivant ;
• Les héritages coloniaux, qui perpétuent des relations asymétriques entre le Nord et le Sud.

Ces systèmes produisent des inégalités croisées qui affectent particulièrement les femmes, les communautés rurales et les populations marginalisées.

Face à ces constats, nous affirmons que l’écoféminisme constitue :

• Un cadre d’analyse critique, mettant en lumière les liens entre domination des femmes et exploitation de la nature ;
• Un projet politique transformateur, fondé sur la souveraineté, la justice, l’égalité et la durabilité ;
• Un espace de résistance et d’alternatives, valorisant les savoirs endogènes, les pratiques communautaires et les solidarités locales.

L’écoféminisme africain, en particulier, porte des réponses concrètes ancrées dans les réalités locales et les expériences vécues.

Concernant nos revendications stratégiques :

Sur la dette

• L’annulation totale et inconditionnelle des dettes illégitimes ;
• La réalisation d’audits citoyens et transparents de la dette ;
• La fin des conditionnalités imposées par les institutions financières internationales.
• La fin des dérives de la microfinance qui transforme la précarité des femmes en profit financier. Nous exigeons le passage d’une logique de dette individuelle étouffante à un soutien massif pour un capital collectif et coopératif, géré par et pour les femmes ;

Sur l’extractivisme

• Plaidons auprès du gouvernement burkinabè qui assure la Présidence de l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) de mettre à l’agenda des réunions du Conseil des Ministres de l’UEOMA, la révision des critères de convergence pour la réduction du plafond du taux d’intérêt des microcrédits de 24 à 2% ;
• Plaidons auprès des gouvernements africains, la reconnaissance des tontines traditionnelles des femmes et leur transformation en système d’épargne et de crédits auto-gérés, et non clientéliste ;
• Refusons que nos ressources soient pillées sous prétexte de programmes d’ajustement structurel. Nous appelons à une gestion communautaire des ressources naturelles, garantissant l’accès des femmes à la terre et à l’eau ;
• Le respect strict des droits des communautés, notamment le consentement libre informé au préalable (CLIP) ;
• La reconnaissance et la valorisation du rôle des femmes dans la gestion des ressources.

Sur la justice climatique, exigeons :

• L’opérationnalisation immédiate du Fonds de pertes et préjudices, non pas sous forme de prêts, mais de réparations directes pour les communautés impactées ;
• La mise en place de financements climatiques publics, suffisants, accessibles et non générateurs de dette ;
• Le soutien aux transitions justes, inclusives et centrées sur les besoins des populations.

Sur les droits des femmes :

• L’intégration systématique de l’approche genre dans toutes les politiques publiques ;
• La participation pleine et effective des femmes aux processus décisionnels ;
• L’accès et la sécurisation des terres au profit des femmes ;
• Les politiques publiques qui reconnaissent et soutiennent l’économie du « care » au lieu de l’exploiter

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