11 juillet 2026
Le 30 juin, 300 manifestations ont été organisées à travers l’Afrique du Sud pour exiger le départ des migrants. Depuis que cette vague de xénophobie s’abat sur le pays, des centaines de spaza shops (petites épiceries de proximité) tenus par des étrangers ont été pillés et des agressions physiques ont eu lieu, entraînant l’exode de 25000 personnes.
Terreau social
Pour expliquer ces mobilisations de haine, la misère sociale est, à juste titre, souvent mise en avant. Près des deux tiers des Sud-Africains vivent sous le seuil de pauvreté dans ce qui demeure l’un des pays les plus inégalitaires du monde. En effet, 10 % de la population — dont la majorité est blanche — détient 93 % des richesses du pays. Le système post-apartheid, gangrené par la corruption et l’incurie, s’est montré incapable de répondre aux aspirations de la population, tandis que le chômage de masse nourrit le désespoir.
Une telle situation constitue un terrain idéal pour des organisations comme Operation Dudula. Celle-ci s’est fait connaître par des actions visant à interdire aux personnes étrangères l’accès aux hôpitaux. Plus récente, l’organisation March and March, née dans le KwaZulu-Natal et dirigée par l’ancienne animatrice de radio Jacinta Ngobese-Zuma, ne cesse d’associer les migrants à tous les maux du pays : chômage, délinquance, violence, etc.
Manipulation politicienne
Au-delà de ce marasme social, certains responsables politiques attisent la haine envers les étrangers et soutiennent, y compris financièrement, Operation Dudula et March and March. C’est notamment le cas de l’Inkatha Freedom Party, dont la base électorale est principalement zouloue, de l’ancien maire de Johannesburg Herman Mashaba, fondateur d’ActionSA, qui se revendique libertarien, ainsi que de Jacob Zuma, ancien président de la République contraint de quitter le pouvoir à la suite d’affaires de corruption d’une ampleur inédite. Tous cherchent à instrumentaliser ces mobilisations dans la perspective des élections locales prévues en novembre 2026.
Si les dirigeants de l’ANC appellent aujourd’hui au calme, leur responsabilité dans ce climat délétère est immense, comme l’a illustré la répression sur le site minier de Stilfontein en janvier 2025. Les autorités avaient alors laissé mourir de faim 93 mineurs clandestins tout en menant une campagne insistant sur leur origine étrangère. À force de matraquage médiatique, elles étaient parvenues à banaliser, dans une partie de l’opinion publique, le mépris de la vie de ces migrants.
La résistance s’organise
Face à ces évènements, un front réunissant 160 organisations syndicales, politiques, sociales, religieuses, coutumières et de défense des droits humains s’est constitué pour combattre ce qui est désormais qualifié d’« africaphobie ».
Les Economic Freedom Fighters (EFF) de Julius Malema, malgré les nombreuses critiques que l’on peut adresser à certaines de leurs positions, ont maintenu, avec un certain courage politique, une ligne de solidarité envers les migrants, en cohérence avec leur panafricanisme revendiqué.
Quant au mouvement Abahlali baseMjondolo, qui regroupe plusieurs centaines de milliers d’habitants des townships, il déclarait : « La xénophobie ne garantira pas une répartition équitable des terres et des richesses. Elle ne restaurera pas la dignité des opprimés. Une personne est une personne, où qu’elle se trouve. Un voisin est un voisin et un camarade est un camarade, d’où qu’il vienne. ». Puisse cette déclaration être entendue.
Paul Martial
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