22 mars 2026 | tiré du site Europe solidaire sans frontières | Photo : Heidi Reichinnek et Sören Pellmann au Bundestag allemand. IMAGO / Chris Emil Janßen
https://europe-solidaire.org/spip.php?article78437
Pendant quelques mois, il a semblé que Die Linke, portée par le mouvement spontané, était sur la bonne voie. La solidarité avec la Palestine est devenue – après des décennies de querelles internes – une évidence pour le parti. Et au vu de ce que faisait le gouvernement « feu tricolore », il était impossible de continuer à rêver d’une coalition entre les sociaux-démocrates, Die Linke et les Verts.
Cela n’a pas suffi à freiner la montée en puissance du courant autoritaire – comment pourrait-il en être autrement, alors que celui-ci se nourrit en permanence de la dégradation des anciennes structures du pouvoir et de ses paratonnerres moraux : Lorsque l’OTAN s’effondre, que l’ONU est déclarée inutile – et pas seulement par Trump –, que l’idée des droits humains universels devient négociable, que les plus riches peuvent assouvir leurs perversions sans conséquence aux yeux du monde entier, alors l’ère des monstres a bien commencé.
En ces temps difficiles, les possibilités de diffuser l’espoir resteront limitées. Mais malgré tout, une nouvelle génération, dont on attendait depuis longtemps l’arrivée, est en train de faire son apparition, et avec elle l’espoir de pouvoir organiser une percée dans les années à venir.
Dans le même temps, nous observons – sans grande surprise – des tendances contraires. Elles reflètent en partie simplement les inévitables ambiguïtés au sein des différents mouvements. Dans la lutte contre l’extrême droite, dans le mouvement pour la justice climatique et, surtout, dans le mouvement socialiste naissant, les tensions sont manifestes, avec des conséquences politiques très concrètes ici et maintenant.
Le juste milieu, c’est la mort
Et pourtant, alors que la situation ne cesse de s’exacerber, il n’y a aucune raison de se replier sur le pragmatisme politique. L’heure est à la polarisation plutôt qu’à l’adaptation, à la rébellion plutôt qu’à la négociation : nous, le peuple, les gens ordinaires, notre classe, nos quartiers contre ceux d’en haut, contre le gouvernement et l’élite, contre le patron, contre la politique établie et ses sbires. La gauche radicale doit montrer qu’elle est sérieuse dans sa volonté de rupture, alors que l’extrême droite ne fait que feindre la rébellion ; elle doit se réjouir de la polarisation et de la remise en cause généralisée de cette prétendue « démocratie » ; elle doit défendre tous les droits et acquis, mais jamais cet État en tant que tel.
Ce n’est pas seulement une question de contradiction fondamentale entre les intérêts du capital et ceux des salarié·e·s. Le parti s’appuie à juste titre sur le slogan des « 99 % » contre le « 1 % » qui se trouve tout en haut. Les 99 % du bas sont très hétérogènes et ont des intérêts divergents. Mais la communauté d’intérêts, convoquée avec force par l’idéologie, entre les classes moyennes plus ou moins petites-bourgeoises et le grand capital repose en grande partie sur la tromperie et les illusions – et sur la promesse d’un avenir meilleur que les classes dirigeantes ne peuvent en réalité pas tenir. Les mots d’ordre dirigés contre les milliardaires pendant la campagne électorale ont été bien accueillis. Cela tient sans doute avant tout à l’inégalité galopante, que de plus en plus de gens jugent à juste titre grotesque. À présent, le parti se doit de réfléchir de manière approfondie à l’abolition réelle des fortunes de plusieurs milliards et d’agir concrètement en ce sens.
Le camp des salarié·e·s – ce qu’on appelle les « petites gens » et tous ceux et celles qui sont exclus de la grande propriété – a toutes les raisons de manifester son indignation. La gauche doit se placer à la tête de cette indignation et devenir ainsi le moteur des contradictions sociales. Facile à dire, mais manifestement pas si facile à mettre en pratique. La campagne sur la crise du logement, par laquelle Die Linke entend s’imposer comme le parti des locataires face à la mafia des logeurs, constitue sans conteste un début prometteur. C’est cela qu’il faut faire.
Mais c’est dans nos rapports avec l’extrême droite, et surtout avec l’AfD, qu’il existe des ambiguïtés qui ont un effet paralysant. Deux motivations s’affrontent dans le cœur des militant.e.s de gauche : dès lors qu’il y a ne serait-ce qu’un risque que l’AfD arrive au pouvoir, nous avons le réflexe de l’exclure et de la repousser, en collaboration avec toutes les autres forces politiques. Ce qui signifie donc, bien sûr, y compris avec les gardiens bourgeois de la domination du capital – c’est-à-dire ceux qui, par ailleurs, s’opposent toujours à nous. Mais cette stratégie ne permet pas de contrer la montée des forces autoritaires ; il s’agit simplement d’une réaction morale qui menace de couper l’herbe sous le pied de tout espoir de rébellion et de rupture.
Si Die Linke continue de coopérer au Bundestag avec le gouvernement bourgeois formé par les partis conservateurs et le SPD pour contrer les manœuvres de sabotage du groupe AfD, il est facile de deviner qui, aux yeux des masses, apparaîtra comme la force d’opposition au pouvoir établi : pas Die Linke, mais bien l’AfD.
On peut déjà entrevoir des scénarios dans lesquels l’AfD sortirait des élections avec la plus forte représentation et revendiquerait le rôle de premier parti au gouvernement. Très sincèrement, dans ce cas où ses voix seraient déterminantes, Die Linke devrait-elle prendre part à une coalition avec les partis bourgeois établis ou soutenir un tel gouvernement ? La compétition avec l’AfD serait alors perdue d’avance : c’est elle qui apparaîtrait comme l’opposition combative au pouvoir établi dans ce pays – à tort, mais à coup sûr.
Un positionnement clivant
Avant même que l’autoritarisme d’extrême droite ne commence à marquer le paysage politique, une partie de la gauche européenne revendiquait déjà l’ambition d’être une gauche antagoniste : une gauche qui ne fluctue pas au gré des rapports de force, mais qui constitue une véritable force d’opposition. Cette ambition n’a jamais été une garantie de succès – et pourtant, l’expérience historique a montré que là où les forces de gauche ont trahi cette ambition, la pression à l’adaptation s’est immédiatement accrue et leur ancrage social s’est érodé.
Aujourd’hui plus que jamais, dans un contexte de montée accélérée de l’autoritarisme, les rapports de force se redessinent : l’aggravation des tensions sociales rend certes l’adoption d’une posture antagoniste plus difficile, mais elle la rend aussi plus nécessaire et stratégiquement plus efficace. Elle nous fait prendre conscience qu’il n’y a aucun intérêt à s’adapter à l’ordre établi. Notre force ne naît pas de la promesse d’un succès assuré, mais de la décision consciente de ne pas contourner les lignes de fracture de la société, mais de les affronter en tant que force incorruptible, loyale et partisane.
En Allemagne, Die Linke a tout à gagner à se profiler comme la gauche antagoniste. Ne pas prôner le socialisme en paroles et pratiquer l’impérialisme en actes ; ne pas s’opposer aux milliardaires en paroles et co-gérer la domination du capital en actes. Il n’existe pas de modèle unique pour toutes les décisions dans chaque situation parlementaire délicate imaginable. Mais s’opposer en permanence aux représentants politiques du grand capital devrait l’emporter sur toutes les autres motivations. Ce n’est pas un dogme, mais une boussole. Ici, tout compromis cause du tort – et dans les conditions actuelles, où les tensions s’intensifient, cela peut rapidement devenir déterminant.
Ce principe directeur, qui consiste à susciter des clivages, s’applique également, dans une certaine mesure, à la détermination des positions au sein même du parti. Le soupçon selon lequel toute controverse profiterait à l’adversaire politique et affaiblirait Die Linke n’est pas toujours fondé. C’est un acquis du parti que l’existence de courants internes s’y soit depuis longtemps imposée comme une évidence. C’est bien mieux que d’empêcher la formation de courants par des mesures administratives d’uniformisation ou de se diviser en raison de divergences tactiques.
Toutefois, dans la tradition de démocratie interne de notre parti, tout ce qui brille n’est pas forcément d’or. Nous apprécions le fait que Die Linke soit un parti pluraliste. En même temps, la formation de « groupes de travail fédéraux » dans cette période mouvementée revient en quelque sorte à ce que chacun se replie sur soi-même, dans sa position minoritaire, et à négliger le débat d’idées dans l’ensemble du parti. Nous ne parlons pas ici de groupes de travail fédéraux (BAG) sur des thèmes spécifiques, mais de la constitution de courants sous forme de BAG, dotés par exemple du droit d’envoyer un certain nombre de délégués aux congrès du parti.
Dans le pire des cas, cela conduira, à l’occasion du débat programmatique engagé, au jeu habituel de négociations entre les BAG les plus divers – un marchandage bureaucratique plus ou moins dépolitisé dans les coulisses, avec des concessions insatisfaisantes pour tout le monde, au lieu de la recherche ouverte et large d’un consensus. Cela a créé une conjoncture qui préserve ces courants au-delà de la cohésion sur le fond et les transforme en réseaux de clientélisme destinés à l’obtention de postes et de mandats. Ce qui affaiblit les droits du reste des membres non « organisé.e.s » en courants.
Dans l’un des partis qui ont précédé l’actuel, le PDS, il avait été dit dans les débuts que le parti était ouvert à des membres aux orientations stratégiques différentes : aux réformistes comme aux révolutionnaires.
C’est précisément cela qui confère à la gauche sa valeur politique potentielle. Au-delà de toutes les convergences sur le fond, il est en effet judicieux et nécessaire de débattre de ces orientations stratégiques : voulons-nous une gauche conflictuelle, qui aspire à renverser le pouvoir du capital et qui, par conséquent, crée des clivages, ou non ? C’est sans aucun doute une question sur laquelle il vaut la peine de confronter les points de vue.
Populisme de gauche et vérité
L’opposition « eux là-haut, nous ici-bas » est une forme de populisme de gauche qui se distingue immédiatement et clairement du populisme de droite, lequel polarise précisément contre les couches de la population qui sont particulièrement défavorisées. Or, le terme de « populisme » a une connotation négative dans le contexte allemand. On y associe la manipulation, les personnages charismatiques utilisés comme supports de projection, les récits conspirationnistes, les simplifications trompeuses, etc. Dans l’espace anglo-saxon, en revanche – et également dans le langage des sciences sociales –, le terme populisme est plutôt utilisé de manière neutre. C’est pourquoi une clarification s’impose ici.
Le populisme ne consiste pas à manipuler et à induire en erreur, mais à énoncer clairement les vérités fondamentales. Un « socialisme des gens simples », par opposition à un « socialisme » confiné dans des bulles intellectuelles.
Dans la notion de populisme, il y a « peuple » – au sens français du mot. Il s’agit du peuple du mot d’ordre « Wir sind das Volk » (« Nous sommes le peuple ») [des manifestations de l’automne 1989 en RDA ndt], avant qu’il ne dégénère en ce cri de ralliement « Wir sind ein (nämlich deutsches) Volk » (Nous sommes un peuple, à savoir le peuple allemand) – c’est-à-dire d’une conception non nationaliste du peuple, qui désigne tous ceux et toutes celles qui sont exploité.e.s, opprimé.e.s et privé.es de perspectives attrayantes. Si ce peuple s’indigne, se soulève, se mobilise et destitue ceux qui ont jusqu’ici détenu le pouvoir, une société véritablement humaine peut voir le jour, dans laquelle tous et toutes peuvent vivre libres, et pas seulement ceux et celles qui peuvent se payer ce luxe.
Mais avant même qu’une telle perspective de changement social ne se profile, une gauche efficace doit tout mettre en œuvre pour en préparer les conditions. Pour cela, il est nécessaire d’organiser un contre-pouvoir en partant de la base : construire de véritables espaces de solidarité, créer une contre-opinion publique et mettre en place des lieux où les gens peuvent cultiver l’espoir, la capacité d’agir et la confiance en soi, loin de la tutelle de l’État et de la logique bourgeoise de la concurrence.
Dans de nombreux quartiers, on voit déjà comment cela peut fonctionner : la campagne « Urgence loyers » menée par Die Linke, par exemple, est un bon moyen de fédérer les luttes sociales, de mobiliser la population et de créer une base solide pour une résistance politique sur le long terme. C’est là que naissent les prémices d’un autre monde solidaire, qui oppose à l’atomisation quotidienne des individus par la logique du marché quelque chose de convaincant et d’efficace.
Dans les entreprises et les syndicats, en revanche, la tâche est fondamentalement différente. En cette phase actuelle de désindustrialisation – qui est encore aujourd’hui sous-estimée, voire niée, par de larges pans de la gauche sociale –, les stratégies syndicales classiques sont elles-mêmes confrontées à une crise structurelle. Le parti ne peut pas se substituer à ces luttes « de l’extérieur ». Il peut néanmoins apporter des contributions qu’il ne faut pas sous-estimer : s’intéresser au travail en entreprise, renforcer les luttes défensives – mais sans succomber à l’illusion qu’il peut lui-même définir l’avenir du syndicalisme combatif. Ce sont les approches qui s’inscrivent dans le long terme qui sont les plus intelligentes et les meilleures pour l’avenir : les secteurs de la santé, de la logistique, des services publics et de la distribution alimentaire continueront d’exister même dans cette nouvelle situation. Regrouper et concentrer les forces dans ces secteurs, c’est cela qui sera payant.
Ces deux éléments combinés – les luttes organisées dans les quartiers et le renouveau de la résistance syndicale – forment le socle indispensable à une gauche antagoniste. Ce n’est qu’à partir de ces espaces alternatifs d’opposition qu’une alternative à l’État actuel peut se construire depuis la base ; un État qui prétend agir au nom de la collectivité, mais qui, en réalité, protège les intérêts de la classe dominante et, si nécessaire, les impose par la force.
Au-delà du contenu, c’est aussi la forme que prend la communication qui importe. Dans ce contexte, vulgariser signifie avant tout être compréhensible pour les gens ordinaires. Comprendre l’analyse marxiste n’est pas chose aisée. Cela exige d’avoir appris à suivre des raisonnements assez complexes. Marx lui-même en était conscient, ce que montre sa conférence Salaire, prix et profit, publiée sous forme de brochure. Les idées de Marx sur la critique de l’économie politique du mode de production capitaliste n’ont pas la moindre valeur si elles ne touchent pas les masses. D’où la nécessité politique de les rendre compréhensibles. Non seulement par le biais d’un travail d’éducation, mais aussi par la propagande (diffusion politique de nombreuses idées de gauche auprès d’un public restreint) et par l’agitation (diffusion d’un nombre limité d’idées auprès de larges masses, dans le but de les inciter à une action collective contre l’ennemi de classe).
Au passage, ces formes de communication permettent également aux intermédiaires de clarifier leurs propres idées. En exprimant clairement ses idées, la gauche comprend mieux ce qu’elle veut dire et apprend, grâce à l’écho rencontré auprès du peuple, à les développer davantage.
Prolétarisation du parti
Le parti Die Linke ne veut pas être un parti pour la classe ouvrière, mais un parti de la classe ouvrière. C’est une bonne chose et un progrès historique. La classe est à nouveau le point de référence ; l’affirmation, longtemps répandue, selon laquelle, avec la « fin de l’histoire », la politique de classe serait certes intéressante dans les livres d’histoire, mais n’aurait plus d’avenir, est désormais dépassée.
Mais ce que le parti entend par « prolétarisation » n’est pas encore clairement défini : premièrement, il n’existe pas encore d’analyse partagée de la structuration des classes sociales, ni de distinction claire entre ouvriers, petites-bourgeois et fonctionnaires. Deuxièmement, il n’y a donc pas non plus de distinction entre luttes de classe et luttes populaires. Et troisièmement, l’intensification des conflits internationaux et les réorganisations de la domination impérialiste exigent une nouvelle compréhension de l’impérialisme et du colonialisme.
Mais c’est un problème qui peut être résolu, car en ce moment, le développement du parti et les axes pratiques qui se dégagent favorisent une clarification – au sein du mouvement des locataires, nous voyons comment les ouvrières, les petites-bourgeoises et les fonctionnaires se mobilisent autour de leurs intérêts communs, malgré des divergences d’intérêts en matière de politique de classe. Le mouvement de solidarité avec la Palestine instaure une attitude internationaliste qui replace nos luttes nationales dans leur juste perspective. Le travail en entreprise et dans les syndicats, en revanche, se trouve – bien au-delà de la gauche sociale – dans une phase de recherche d’identité qu’il ne faut pas vouloir accélérer arbitrairement, mais qui attire de plus en plus de camarades. Et tout cela déterminera les contours futurs de l’organisation de la gauche radicale.
Un parti de gauche ne peut rien sans une base prolétarienne. Il peut tout si sa direction est issue de cette base prolétarienne. C’est ce qui a fait la force du Parti bolchevique en 1917. Il s’agit de prendre conscience de la réalité de la structure de classe et de construire, dans les domaines vitaux de la valorisation du capital – logistique, santé, technologie, énergie, soins, etc. –, des noyaux capables de passer à l’action partout où une dynamique existe et où des conflits de classe, d’abord partiels et rudimentaires, peuvent éclater et se dérouler.
Cela nécessite une ligne de masse : aller là où le mouvement de classe naît et s’y impliquer. Ce n’est pas la minorité active que nous voulons organiser, dont nous formulons et défendons les intérêts, car nous n’avons d’autres intérêts que ceux de la majorité, qui, dans notre pratique quotidienne, détermine sans cesse notre orientation et met notre travail à l’épreuve.
Nous ne luttons pas « pour les travailleurs » – nous sommes des travailleurs. Ou, si nous appartenons nous-mêmes à la petite bourgeoisie, nous mettons alors notre situation privilégiée à leur service, même si cela signifie que nous abandonnons nos propres intérêts de classe.
Alors, Die Linke devrait-il envoyer des militant.e.s dans les entreprises en question ? Compte tenu de la désindustrialisation et d’autres circonstances défavorables qui prévalent aujourd’hui, les chances de succès seraient minces.
Mais l’on peut avoir une autre raison de se lancer dans de telles démarches, dans l’esprit de « l’établissement », c’est-à-dire pour acquérir de l’expérience et mieux comprendre comment la conscience de classe se développe à la base.
Nous, les auteurs de cet article, avons la chance d’avoir vécu de telles expériences à partir de perspectives diamétralement opposées. L’un n’a pas le baccalauréat, n’a pas fait d’études supérieures, a travaillé pendant de nombreuses années dans l’industrie en tant qu’ouvrier professionnel (outilleur), il a été délégué et responsable syndical. Il a été confronté à des intellectuels qui sont venus dans les entreprises pour donner des leçons aux travailleurs – c’est l’une des expériences les plus démoralisantes qu’il ait vécues. L’autre, à l’instar de nombreux militants de la gauche radicale des années 1970 et 1980, a suivi une formation de mécanicien-ajusteur après avoir obtenu son diplôme universitaire, a travaillé dans des usines de la métallurgie, a pris une part active dans la campagne pour la semaine de 35 heures menée par l’IG Metall dans la première moitié des années 1980 et a participé à l’organisation de la grève. C’est là qu’il a appris à se faire comprendre des gens ordinaires et comment naît la solidarité de classe.
De nos expériences et de nos réflexions, nous tirons la conclusion suivante : les cadres du parti doivent moins parler qu’écouter, et ce faisant, apprendre, apprendre et encore apprendre (comme l’a dit un jour Lénine). Pas d’idéalisation du milieu prolétarien ni d’arrogance qui nous distingue des classes populaires. Non : d’égal à égal. Il faut mettre en place des collectifs là où il y en a pas encore. Être là, soutenir et participer aux luttes qui se déroulent dans tous les domaines, pour apprendre au fur et à mesure. La participation active aux luttes quotidiennes dans les quartiers et les entreprises, l’exacerbation des conflits, le développement de réseaux et la création de milieux où s’exprime librement l’opinion, ainsi que le travail de communication qui en découle, sont autant d’éléments qui favorisent l’autonomie et la résilience.
Les techniques de « transformative organizing » ont une grande importance pour tout cela. Elles peuvent et doivent être transmises, car elles facilitent le travail des noyaux actifs. Cependant, ces techniques ne sont pas indépendantes des perspectives dans lesquelles elles sont utilisées. Elles peuvent tout aussi bien être mises au service de dirigeant.e.s qui se conforment à l’ordre établi, dont le but ultime est de contrôler les mouvements, de les neutraliser et de saper toute confrontation de classe sérieuse. À l’inverse, il importe de les associer à une perspective de transformation sociale, de confrontation révolutionnaire, imprégnée des réalités vécues par les travailleurs et non par les bureaucrates, et portée par des structures de contre-pouvoir et non par des experts en stratégie.
Michael Heldt et Manuel Kellner
P.-S.
• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde, publication avec l’aimable autorisation du comité de rédaction de l’édition allemande de Jacobin
Source - Jacobin (allemand), :
https://jacobin.de/artikel/antagonistische-linke-etablierte-politik
• Michael Heldt est ouvrier outilleur de formation ; syndicaliste, militant de de quartier, socialiste, il est passionné par la lutte collective pour un autre monde.
• Manuel Kellner est retraité. Il collabore régulièrement au mensuel Sozialistische Zeitung. Ses écrits portent sur le capitalisme, la bureaucratie, la critique de la religion et de l’ésotérisme, ainsi que sur les stratégies socialistes.
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