Édition du 10 décembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amiante

Conférence de presse d’Amir Khadir (extrait)

Amiante : Bilan de la visite de la délégation Solidarité Asie-Québec

Amir Khadir a permis à la délégation asiatique en visite au Québec pour dénoncer les exportations d’amiante dans les pays du tiers-monde de s’adresser à la presse. Québec Solidaire est le seul parti qui s’associe à une multitude de chercheurs, scientifiques et médecins pour dénoncer l’hypocrisie de l’industrie et des partis néolibéraux qui prétendent que l’amiante chrysotile n’est pas dangereuse.

Alors qu’ici au Québec, on tente avec des mesures de sécurité d’éliminer l’amiante, le gouvernement Charest s’apprête à accorder une garantie de prêt de 58 M$ pour réouvrir la mine Jeffrey à Asbestos. C’est cette décision que veulent bloquer les déléguéEs en provenance de quatre pays du sud-est asiatique (Japon, Corée du Sud, Indonésie et Indes). Il est grand temps que les mouvements sociaux et les personnes préoccupées de la santé publique ici et ailleurs se mobilisent pour mettre un terme à l’exploitation de cette substance poison et pour établir un plan de reconversion de l’économie régionale d’Asbestos et de ses salariéEs qui ne doivent pas subir les conséquences des décisions criminelles des partis qui ont géré ce dossier, notamment le PQ qui a nationalisé cette industrie dans les années 70 avec les résultats catastrophiques que l’on connaît.

Transpcription de la conférence de presse du jeudi 9 décembre 2010 à 9h

M. Khadir : Bonjour, tout le monde. Merci de vous être déplacés. Aujourd’hui, vous êtes au courant que le prestigieux journal britannique The Lancet, dans un éditorial clair, sans ambages, appelle le Canada et le Québec à abandonner l’exportation de l’amiante chrysotile. Le journal demande en fait aux pays occidentaux, aux pays exportateurs, notamment le Québec et le Canada, de mettre fin à l’hypocrisie.
Alors, Québec solidaire va avoir l’honneur aujourd’hui de présenter en Chambre un projet de loi qui est destiné à mettre fin à l’extraction et à l’exportation de l’amiante de même qu’un autre poison, à l’exploration et à l’exportation de l’uranium. Ce projet de loi va être présenté dans à peu près une heure en Chambre. Le détail va vous être acheminé.
J’ai le plaisir d’accueillir, à l’occasion du dépôt de ce projet de loi, une délégation internationale venant d’Asie, dont les membres vont vous être présentés par le Dr Yv Bonnier-Viger, qui est chef du Département de santé publique de l’Université Laval et également président de l’Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec. M. Bonnier.

M. Bonnier-Viger (Yv) : La manipulation de l’amiante qui arrive, qui va être transformée, finalement, en amiante-ciment, c’est un processus. Après ça, cet amiante-ciment là, il s’en va où ? Il est dispersé dans toute l’Asie, où il y a des milliards de personnes qui vivent. Ce produit-là est soumis aux intempéries, il est soumis aux bris habituels, il se retrouve dans les jardins où les enfants jouent. Alors, comment est-ce qu’un inspecteur va pouvoir contrôler l’utilisation de l’amiante, même une fois qu’il a été transformé en amiante-ciment, qu’il va être brisé, scié, et... Donc, c’est absolument utopique et un peu... et effectivement, je pense, hypocrite de vouloir présenter ça de cette façon-là.

Journaliste : O.K. Puis peut-être une autre question sur... Encore là, je ne sais pas qui pourrait me répondre sur le... Il y a eu des allégations au sujet du... de soutiens privés, là, qui pourraient être autres que ceux des travailleurs que les délégués représentent. Alors, je voulais savoir... Donc, quel est le budget de la délégation ? Et d’où vient le financement pour cette activité de sensibilisation au Québec, depuis quelques jours ?

M. Khadir : ...dans un premier temps, je voudrais juste mentionner... La question est légitime, mais je voudrais juste soulever l’ironie et le caractère particulièrement odieux de cette allégation comme quoi la délégation peut être motivée par des intérêts mercantiles. Je pense que, quand Mme Rachel vient témoigner de son cancer, quand un représentant, hein, le représentant d’une union, de l’internationale des travailleurs, qui représente des millions de membres n’a pas besoin d’aucun lobby pour venir faire entendre la voix démocratique de son association. Mais, ceci étant dit, pourriez-vous mentionner un peu le budget, je ne pensais pas à nos hôtes de...

M. Bonnier-Viger (Yv) : Oui. En fait, les organisations comme le représentant de l’union internationale, ils ont leur propre budget puis ils sont venus sur leurs propres fonds. D’autres organisations de victimes ont ramassé des fonds là-bas pour pouvoir venir, puis il y a des... Des syndicats ici et des associations de santé publique ont contribué pour compléter le financement de la venue de la délégation. Alors, il n’y a aucun lien avec éventuellement des compétiteurs quelconques de l’amiante.

D’ailleurs, quand on parle des compétiteurs de l’amiante, quand on parle dans nos pays, bien, on peut penser à des fibres synthétiques, mais, quand on parle de l’amiante-ciment, ce qui est... les matériaux de construction qu’on utilise pour faire les toits, les substituts à l’amiante sont des produits biologiques. Par exemple, les fibres biologiques qui poussent dans les pays tropicaux peuvent très bien remplacer l’amiante pour être mélangées au ciment pour faire les toits. J’ai travaillé en Guinée-Bissau, puis on a utilisé de toutes sortes de façons de mélanger des fibres avec le ciment pour lui donner une résistance qui était... peut-être pas équivalente, mais suffisamment proche de l’équivalence pour remplacer. Et ça, c’est un produit local qui est mélangé avec du ciment sur place. Donc, même du point de vue environnemental, il y a une plus-value maximum. Puis, ça, ce n’est pas un gros lobby, ça, les fabricants de fibre de bananier ou de palmier.

Donc, je pense que la question a été posée, hier à la conférence à l’Université Laval, et je pense que c’est encore pour jeter de la confusion. C’est comme ça a été mentionné, les tactiques utilisées par l’industrie de l’amiante sont exactement les tactiques qu’on a connues dans les années cinquante et soixante quand on avait à se battre contre les compagnies de tabac. Créer le doute, créer de la confusion, dire : Ah ! Il y a peut-être des milliers d’études qui disent ça mais j’en ai une qui. Et la même chose : C’est les compétiteurs qui veulent nous sortir du marché.

Fondamentalement, depuis qu’on utilise l’amiante, on a d’abord vu qu’on avait des problèmes d’amiantose puis là on voit de plus en plus qu’on est face à une épidémie de mésothéliome, c’est un cancer qu’on a... on a aucun autre remède. Alors, on est face à un produit, dont on peut complètement substituer par d’autres produits beaucoup moins dangereux, qui cause des maladies. Et ces maladies-là, on n’a pas de façon de les traiter, il faut les prévenir. Et c’est une façon très simple de les prévenir, on arrête d’utiliser l’amiante.

M. Corbeil (Michel) : J’aurais une question pour madame, Mme Jeong-Rym. C’est bien ça ? J’aimerais ça savoir : How did the Parti québécois react to your story and to your request ?

M. Khadir : Parti québécois is the party that you met yesterday afternoon. What was their reaction to your testimony and to your request ?

Des voix : ...

Mme Lee (Jeong-Rim) : They did ... for me not particular, not special for me.

Une voix : No mention.

Mme Lee (Jeong-Rim) : No mention, yes.

M. Furuya (Sugio) : There was no mention about her story.

M. Khadir : What was their reaction to the request of your delegation to stop financement ?

M. Furuya (Sugio) : Officially, they said the party was divided, so more discussion would be needed. It was official position. We asked a clear answer, but there was no such. answer.

M. Corbeil (Michel) : M. Khadir, ce n’est pas votre habitude d’être de l’autre côté de la clôture face aux syndicats. Comment vous expliquez qu’on n’arrive pas à obtenir de rencontre avec le CSN ou la FTQ ?

M. Khadir : Bien, je le déplore. Je souhaite que, dans un environnement politique où on demande aux politiciens au pouvoir de reconsidérer leur position, d’avoir le courage de remettre en question leurs pratiques passées... Pensons par exemple en matière de financement des partis, quand on remet en question leur trop grande proximité avec les entreprises privées, leur base idéologique, irrationnelle, qui fait qu’ils continuent les mêmes politiques passées en matière de financement public, partenariat public... Quand nos syndicats, la gauche sociale et politique demande au pouvoir et aux dirigeants économiques, à l’élite économique d’avoir le courage de remettre en questions leurs pratiques passées, il faut que nos syndicats démontrent ce courage-là eux-mêmes.

Alors, moi, je ne me gênerai pas de critiquer avec la plus grande clarté imaginable que nos syndicats n’ont pas le droit moralement de défendre l’industrie de l’amiante, comme ils n’ont pas le droit de défendre l’industrie de l’uranium. Ces industries-là sont des industries excessivement dangereuses, qui sont polluantes, qui sont des menaces pour la santé et qui produisent la mort, directement ou indirectement, comme l’uranium dans l’industrie du nucléaire... de l’armement nucléaire.
Donc, il est grand temps qu’on mette fin à ça puis qu’on cesse d’être piégés par la question des emplois. Ce que nos syndicats devraient demander au gouvernement, c’est de mettre en oeuvre les budgets nécessaires, les ressources nécessaires pour sortir du vieux modèle de développement où on fait n’importe quoi, on extrait n’importe quoi pourvu qu’il y ait des jobs. On doit avoir de meilleures ambitions pour notre peuple, pour nos travailleurs.

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