Édition du 10 mars 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Monde du travail et syndicalisme

Appel du Conseil des jeunes de la Fédération des syndicats professionnels d'Ukraine

Un appel au syndicalisme québécois pour briser son moule nationaliste

Le mouvement syndical québécois se replie frileusement au-dedans des frontières nationales. « Que ce soit sur les sites internet ou les comptes Facebook de la FTQ (600 000 membres), la CSN (315 000), la CSQ (225 000) ou la CSD (72 000), il semble impossible de trouver un seul communiqué publié ces derniers mois (années ?) en solidarité avec nos camarades étatsunien·nes qui luttent contre le régime néofasciste de Trump, qui s’opposent à cette haine de l’immigration, à la répression policière et syndicale. […] Et sans surprise, il est tout aussi difficile de trouver des textes récents en solidarité avec les camarades qui sont géographiquement plus éloigné·es. Pour ne prendre que deux exemples d’actualité et impossible à ignorer : nous n’avons rien trouvé sur les dizaines de milliers de camarades massacré·es en janvier 2026 en Iran ou sur nos camarades Ukrainien·nes qui ne cessent de nous réclamer des armes, en vain depuis quatre ans, pour se défendre contre l’impérialisme Russe ou tout simplement de l’aide pour se chauffer. Il faut par exemple remonter au mois de février 2022 pour trouver une référence à l’Ukraine sur le site de la FTQ ou de la CSN. »

Le syndicalisme québécois maintiendra-t-il ce cru rejet de l’internationalisme à l’égard de cet appel pressant du Conseil des jeunes de la Fédération des syndicats professionnels d’Ukraine ? On aurait tort de s’imaginer que nos gouvernements font le maximum pour soutenir la lutte de libération nationale contre l’envahisseur russe dont le gouvernement Poutine est devenu un chef de file de la montée du néofascisme. Une victoire russe serait non seulement un renforcement de ce chef de file mais un signal fort envoyé aux deux autres grandes puissances impérialistes, les ÉU et la Chine, à subjuguer à leur tour leurs voisins.

Pas d’électricité. Pas de chauffage. Pas d’eau. Des enfants qui tentent de dormir tout habillés sous plusieurs couvertures. Des hôpitaux fonctionnant grâce à des générateurs, jusqu’à ce que le carburant vienne à manquer. Des téléphones qui rendent l’âme. Une connexion Internet qui tient à peine. Il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle ni d’une défaillance technique. C’est délibéré. La Russie utilise le froid et l’obscurité comme des armes. Par des températures négatives, couper l’électricité et le chauffage n’est pas une « pression ». C’est une attaque directe contre la vie des civils.

Les Russes attaquent les chemins de fer et la logistique nationale, exposant les travailleurs aux tirs, les tuant et coupant les moyens de subsistance de millions de personnes. Il s’agit de terrorisme, perpétré par un État contre le peuple d’un autre.

Tolérer cette terreur revient à se rendre complice. Cela montre à tous les régimes autoritaires qu’ils peuvent terroriser les civils pour les soumettre sans conséquences.

Les dégâts ont dépassé les frontières de l’Ukraine. Des coupures d’électricité ont été enregistrées dans certaines régions de Moldavie et de Roumanie. Les erreurs commises par les États ne respectent aucune frontière.

L’armée d’occupation russe est incapable de montrer au dictateur russe le moindre résultat sur le front, où des travailleurs, des syndicalistes, des ingénieurs, des entrepreneurs, des fonctionnaires, des commerçants et tous les autres citoyens ukrainiens, qui menaient une vie paisible, sont devenus des guerriers et résistent avec un dévouement farouche à la guerre, à la famine et à la méfiance qui ont envahi leur pays en 2022. Ainsi, le seul moyen de pression qui reste, à savoir les armes à longue portée, est utilisé contre les civils les plus faibles et les plus démunis.

Mais l’Ukraine tient bon. Parce que son peuple refuse de céder.

Les soldats tiennent le front au péril de leur vie. Les travailleurs du secteur de l’énergie, les médecins, les sauveteurs, les travailleurs des services publics restaurent ce qui a été détruit, encore et encore, sous les tirs et au péril de leur vie.

Mais l’héroïsme n’est pas un système de sécurité.

Nous appelons le mouvement syndical international, nos frères et soeurs du monde entier à :

 dénoncer publiquement les attaques russes contre les infrastructures énergétiques, les chemins de fer et la logistique pour ce qu’elles sont : du terrorisme et un nouveau signe de génocide contre les civils ; - appeler les travailleurs et les syndicats du monde entier à se solidariser avec leurs frères et soeurs ukrainiens qui fournissent des services vitaux sous les bombes ; - faire pression sur les gouvernements pour qu’ils prennent des mesures concrètes, et non se contentent de déclarations d’inquiétude ; - renforcer les sanctions et l’isolement international de l’agresseur ; - contacter les syndicats et soutenir l’aide humanitaire pratique aux travailleurs qui survivent à l’hiver sans électricité ; - soutenir de toute urgence le renforcement de la défense aérienne de l’Ukraine, seul moyen de mettre fin à ces attaques.

Il ne s’agit pas ici de sympathie. Il s’agit de savoir où se situe la limite.

Si le terrorisme, le froid et l’obscurité sont acceptés comme des armes aujourd’hui, demain, cette arme ne sera pas seulement utilisée contre l’Ukraine.

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