Édition du 16 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le Parti de la rue (PDLR)

Arrêtons de battre le pavé, il est temps de reprendre du terrain.

Rependre l’initiative politique

Je me suis engagée à tenir une chronique pour informer les personnes de gauche et les militant.e.s du regroupement le Parti de la rue (PDLR pour les intimes). L’objectif est de rendre compte des avancées de notre organisation. PDLR a vu le jour à la suite de notre insatisfaction lors du congrès de Saguenay en mai 2024. Nous appartenons à une gauche véritablement revendicatrice, alliée des mouvements sociaux. La perspective réformiste véhiculée par l’aile parlementaire de QS ne nous apparaît pas comme porteuse d’un changement radical de la société. Qui plus est, nous croyons que le parti a abandonné une portion de son mandat d’origine : celui d’être le parti des urnes et de la rue.

Cet abandon s’est traduit par une nouvelle phase de morcellement de la gauche. Soyons clairs, QS n’a jamais été un véhicule parfait, loin de là. Néanmoins, il a pu servir de lieu d’échanges et de courroie de transmission pour faire avancer des revendications écologistes, féministes et internationalistes. Nettement plus faible y a été la lutte antiraciste et anticoloniale. Déjà, pendant la pandémie, le parti avait eu du mal à comprendre et à entendre la parole du collectif antiraciste et décolonial (CAD).

L’affaire Haroun Bouazzi est venue cimenter cette incompréhension. Finalement, la rhétorique sur la famille souverainiste (participation au Oui Québec ou au Rassemblement pour le Oui) finit de clouer le cercueil de l’incapacité de QS à défendre efficacement les personnes immigrantes et les personnes racisées. À quoi bon faire un pays, si c’est pour se couper du monde et privilégier un entre-soi sans projet social libérateur et écologiste ? Les actions politiques de la CAQ, soutenues par le PQ, attaquant les nouveaux arrivants sont tout simplement intolérables.

Il y a un autre élément extrêmement préoccupant : un musellement des voix féministes. Encore en 2024, la Commission nationale des femmes (CNF) avait fait paraître une lettre dénonçant l’étouffement de la parole des femmes au sein du parti. La direction du parti s’était dépêchée de créer une consultation sur les pratiques féministes, dont les travaux étaient confidentiels et menés par le comité d’éthique, dirigé par un homme. La CNF, l’instance non-mixte dont le mandat est de représenter la voix des femmes au sein du parti, a été mise de côté pour cet exercice. Elle a dû subir les doléances d’employés du parti qui ont fortement insisté pour que la commission se rétracte, rappelons que les employés et employées de partis politiques sont censés observer une certaine neutralité.

Cela démontre par un autre exemple le déséquilibre entre l’aile parlementaire, le personnel, d’une part, et les militants et militantes ordinaires, d’autre part. Finalement, on a imposé qu’une employée de la permanence siège sur la commission. Personnellement, j’ai décidé à ce moment de quitter mon poste de représentante de la CNF et de la commission politique (CP).

Au prochain conseil national du 21 février, on convoque les membres pour une seule et unique raison : revenir sur la résolution d’offrir les circonscriptions gagnables à des femmes et des personnes non-binaires. Ladite résolution était une des rares avancées de l’examen de nos pratiques féministes. On veut que la circonscription de Gouin soit allouée à un homme. Suis-je la seule à me dire que nous approchons de la définition du dictionnaire Merriam-Webster de la folie ? Le parti semble souvent refaire les mêmes erreurs et espère un résultat différent.

Qu’à cela ne tienne, PDLR veille au grain. Nous serons présents au Conseil national (CN) pour argumenter contre cette proposition. Pour coordonner nos actions, nous relayerons l’information sur notre page Facebook et dans notre groupe privé. Nous ne sommes pas optimistes quant au résultat, car la direction va mettre tout son poids pour faire passer son point de vue, ce qui ne nous empêchera pas de critiquer à chaque possibilité de le faire. Malheureusement, cela risque d’accentuer la démobilisation à l’intérieur des rangs qui sont de plus en plus dégarnis.

Entretemps, nous retournons nos efforts vers des avenues plus constructives : nous allons nous activer auprès des syndicats et des groupes communautaires qui préparent une grève sociale pour lutter contre les projets de lois abjects du gouvernement de la CAQ. Ainsi, nous avons participé aux travaux du Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM) à ce propos, le vendredi 30 janvier. Dimanche 1er février, nous étions au Debrief de l’Étoile du Nord, un autre regroupement de gens de la gauche, et le 8 février, nous assisterons à la rencontre de Lutte commune, qui a lieu à l’UQAM. Il s’agit de prendre le pouls des mouvements et d’être sur le terrain. Nous en reparlerons dans une chronique subséquente pour informer nos lecteurs et lectrices des développements.

Finalement nous participerons au lancement de la prochaine saison hiver-printemps 2026 de l’UPop Montréal qui aura lieu lundi le 16 février prochain, à 19h, au théâtre l’Espace Libre (1945 Fullum, Montréal). Le collectif Polémos-décroissance présentera, par la voix d’Yves-Marie Abraham, les résultats d’un sondage d’opinion sur la décroissance auprès de la population québécoise. Dans un deuxième temps, trois militantes politiques seront invitées à réagir à ce sondage : Karine Cliche (Le partie de la rue), Lylou Sehili (Soulèvement du fleuve) et Céline-Audrey Beauregard (Projet Montréal). Nous reviendrons sur notre participation aux rencontres de l’Étoile du Nord et de Lutte commune).

Nous visons 3 objectifs pour la prochaine année : réseauter, développer un espace de discussion, et d’échange au sein de la gauche, puis se mobiliser vers une grève sociale, qui est un terrain de lutte contre la droite et ses lois liberticides. Pour reprendre l’initiative.

3 février 2026

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