Édition du 18 janvier 2022

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Amérique centrale et du sud

Au Brésil, face à un possible ticket présidentiel Lula-Alckmin, l’importance d’une candidature unie de la gauche

Lundi 29 novembre au matin, Geraldo Alckmin [ex-gouverneur de l’Etat de São Paulo de 2011 à 2018] a participé à une réunion avec des représentants de Força Sindical, UGT (União Geral dos Trabalhadores), CST (Central Sindical de Trabalhadores) et CTB (Central Única dos Trabalhadores), à São Paulo. L’invitation à la réunion a été faite le vendredi 26 novembre et a été rapidement acceptée. La réunion a été marquée par des déclarations de soutien à la proposition adressée à Alckmin – qui quitte le PSDB (Partido da Social Democracia Brasileira) – d’être le vice-président de Lula pour les élections de 2022. [Voir à propos d’un possible ticket présidentiel Lula-Alckmin pour 2022, l’article de Valério Arcary publié le 12 novembre 2021

6 décembre 2021 | tiré de l’Anticapitliste

A l’exception de la CTB, les présidents des autres centrales syndicales présentes ont, selon un rapport du quotidien O Globo, insisté sur cette proposition, en demandant à Alckmin qu’il accepte cette solution. Alckmin a déclaré qu’il s’était préparé, à nouveau, à se présenter comme gouverneur de l’Etat de São Paulo, mais que « l’hypothèse fédérale se présentait » : « Je me suis à nouveau préparé pour être gouverneur de l’Etat São Paulo. Mais l’hypothèse fédérale [le ticket Lula-Alckmin] s’est présentée. Les défis sont grands. Cette hypothèse est en voie de réalisation et je considère que cette réunion avec les quatre principales centrales syndicales est historique. »

Le discours d’Alckmin confirme que la proposition faite lors de la conversation téléphonique avec Lula – telle que rapportée le 10 novembre – semble avoir progressé. Jusqu’alors, l’ancien gouverneur s’était limité à dire qu’il se sentait honoré de l’avance faite par Lula, tout en tenant à souligner qu’il s’agissait d’un échange tout à fait initial. Il gardait ouverte la possibilité de redevenir gouverneur de São Paulo et de négocier avec un large éventail de partis, tels que le PSB (Partido Socialista Brasileiro), le PSD (Partido Social Democrático), l’União Brasil (résultat de la fusion Democratas-Partido Social Liberal) et même le PSDB lui-même, auquel il était alors toujours affilié ; parti qui a traversé des luttes internes et une vive bataille lors de ses primaires, remportées par l’aile du gouverneur actuel de l’Etat, João Doria [1]

L’initiative même de ces centrales syndicales à la recherche d’une convergence Lula-Alckmin indique également que le dialogue n’est plus seulement un échange de civilités entre Alckmin et Lula. Le leader du Parti des travailleurs du Brésil (PT) n’a pas fait de déclaration. Cependant, des dirigeants importants du parti – comme le sénateur Jaques Wagner (sénateur de l’Etat de Bahia, dont il fut aussi le gouverneur) – se sont prononcés en faveur de cette proposition.

Une erreur historique

Lula et le PT recherchent Alckmin afin de calmer la bourgeoisie et de dégonfler les tentatives des secteurs du capital de présenter une candidature de « troisième voie », qui pourrait avoir le visage d’Eduardo Leite (PSDB, gouverneur de Rio Grande do Sul), de Sergio Moro, de João Doria ou de Simone Tebet (sénatrice depuis 2015 de l’Etat Matto Grosso do Sul). L’approche du PT et de Lula constitue une importante erreur : les gestes de la gauche pour gagner la « confiance » de la droite ne garantissent rien. Dilma Rousseff, après sa réélection [en 2014], a nommé une personne issue du monde de la finance à la tête du ministère de l’Economie (Joaquim Levy : président de Bradesco Asset Management, filiale de Bradesco, la deuxième banque privée du Brésil). Joaquim Levy a appliqué un plan d’ajustement structurel sévère en 2015, ce qui n’a pas empêché la classe dirigeante, dont Alckmin et le vice-président de l’époque, Michel Temer, de soutenir le coup d’Etat constitutionnel de 2016 contre Dilma Rousseff.

Les alliances avec la droite conduisent à la renonciation au programme de la gauche. Pour gagner la « confiance » de la bourgeoisie, Lula ne pourra pas s’engager, par exemple, à abroger l’héritage du coup d’Etat de 2016. La contre-réforme de la sécurité sociale et du travail, les privatisations, toutes les attaques démocratiques et sociales appliquées dans la dernière période, ne devraient-elles pas être annulées par un nouveau gouvernement de gauche ? Comment répondre aux revendications (portant sur l’alimentation, l’emploi, le logement, l’éducation, la santé, le droit à la vie et à la culture) de la population laborieuse et opprimée, en s’alignant aux côtés d’Alckmin, le bourreau du peuple de Pinheirinho [des milliers d’habitants furent brutalement chassés de leurs habitations, en janvier 2012, par la Police militaire, du « quartier » qu’elles avaient bâti et quiétait situé à São José dos Campos, dans l’Etat de São Paulo, cela alors qu’Alckmin était gouverneur de l’Etat] ? Comment combattre en profondeur le racisme structurel, qui est à l’origine de nos inégalités sociales abyssales, sans affronter en profondeur les privilèges séculaires de la bourgeoisie ?

Continuer sur cette voie signifie abandonner le programme de défense des masses populaires et de changements structurels du pays, provoquant le découragement dans les rangs de la gauche, suite à un programme réduit dans le but de plaire aux « élites ». Une orientation qui implique une capacité amoindrie de susciter l’enthousiasme de la classe ouvrière en vue de perspectives de changements. Plus que jamais, il est nécessaire de se battre pour une candidature unie de la gauche, sans Alckmin et la droite.

Traduction rédaction A l’Encontre


[1Le Monde du 29 novembre 2021 évoquait la possibilité d’une « troisième voie » – entre Bolsonaro et Lula – avec un ticket présidentiel formé de Sergio Moro (l’ex-juge et ministre démissionaire du gouvernement Bolsonaro) et de João Doria, actuel gouverneur de l’Etat de São Paulo, depuis janvier 2019. (Réd.)

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