Tiré de Rabble. 1er décembre 2025
Meadowcroft a ajouté que les gouvernements canadiens devraient voir plus loin que les pipelines à cet égard. Il s’agissait là d’une observation prémonitoire, étant donné que le premier ministre Mark Carney et la première ministre de l’Alberta Danielle Smith ont convenu d’accorder « des exemptions spéciales aux lois environnementales fédérales et d’offrir un soutien politique à un nouvel oléoduc ».
Réfléchissons attentivement à la question suivante : « Qui choisit les gagnant·es ? »
Les politicien·nes ? Un article du Globe and Mail indique que le personnel politique du ministre du Travail de l’Ontario, David Piccini, « a rejeté les évaluations de fonctionnaires non partisan·es et a distribué des centaines de millions de dollars à des organisations ayant obtenu des notes inférieures » dans le cadre des demandes adressées au Fonds de développement des compétences. L’article ajoute que « les candidat·es retenu·es pour bénéficier des fonds du programme avaient engagé des consultants pour faire pression sur M. Piccini ».
Il semble que les gouvernements canadiens ne choisissent pas les gagnant·es. Ils laissent les lobbyistes le faire à leur place. Pas étonnant que « la productivité du Canada soit à la traîne par rapport à celle de ses pairs depuis de nombreuses années ».
Les gouvernements peuvent et doivent « investir ». Mais la manière dont ils investissent est très importante.
Les trois candidats à la direction du NPD qui ont assisté au gala Mouseland de la Fondation Douglas Coldwell Layton le 28 octobre ont tous abordé ce sujet.
Rob Ashton a critiqué les employeurs qui reçoivent des aides gouvernementales puis ferment leurs portes.
« Chaque budget prévoit des aides financières pour les employeurs, ce qui est acceptable, à condition qu’elles soient assorties de sanctions. S’ils partent et laissent les Canadien·nes dans l’embarras, ils devront rembourser la totalité des fonds », a-t-il déclaré.
Heather McPherson a déclaré : « En tant que Canadien·nes, nous étions autrefois propriétaires de certaines choses. Vous savez, pendant la pandémie de COVID-19, je me suis constamment rappelé que nous avions autrefois les laboratoires Connaught. Notre pays avait autrefois la capacité de créer des vaccins. Nous possédions autrefois ce dont nous avions besoin pour fabriquer dans ce pays, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. »
Avi Lewis a poursuivi en déclarant : « Il est passionnant d’entendre un consensus émerger autour de la propriété publique. Je pense que c’est une idée populaire en période de défaillance du marché. Et je pense que les libéraux et les conservateurs n’ont qu’une seule idée pour stimuler l’économie : donner l’argent public à des intérêts privés. »
Lewis a ensuite évoqué la campagne du NPD contre les « parasites de l’aide sociale aux entreprises », menée par son grand-père David Lewis dans les années 1970.
Angella MacEwan, économiste principale du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), décrit « Le pouvoir de la propriété publique » dans une vidéo de neuf minutes. Elle souligne l’importance de fabriquer et d’acheter des produits au Canada. Acheter canadien et privilégier la propriété publique est tout à fait logique. Mais la gauche a besoin d’une vision plus large de l’écosocialisme, combinant la propriété publique avec une planification démocratique et des normes environnementales progressistes.
Yves Engler, qui s’est porté candidat à la direction du NPD le 10 novembre, est très critique à l’égard du statu quo.
« Il est remarquable de constater à quel point notre système économique, qui concentre les richesses et détruit l’environnement, a été peu discuté dans les cercles du NPD », ajoutant que « remettre en question le capitalisme est plus important que jamais », a-t-il déclaré dans un éditorial publié sur rabble.ca.
Les économistes, qui s’intéressent à des questions telles que l’innovation et la productivité, analysent rarement la propriété publique sous l’angle environnemental. Une étude universitaire récente a révélé que les entreprises publiques peuvent être « plus innovantes que le secteur privé » et « n’ont pas d’effet négatif significatif en termes d’efficacité opérationnelle et de performance ». Un exemple : la société de télécommunications publique de la Saskatchewan (SaskTel) rivalise avec succès avec les opérateurs privés en louant ses antennes-relais et ses réseaux de fibre optique.
Dans l’ensemble, cependant, le Canada est loin derrière la plupart des pays en matière d’utilisation créative des investissements publics, par exemple en permettant à nos fonctionnaires de diriger des entreprises qui sont en concurrence sur le marché. Une adhésion obstinée au dogme néolibéral (déréglementation, privatisation, libre-échange) contribue à la baisse de notre productivité.
De nombreuses sociétés d’État fédérales prospères ont disparu lors de la vague de privatisations des années 1980 : Air Canada, Petro-Canada, Canadair, de Havilland Canada, Teleglobe, Connaught Labs, etc. Les gouvernements provinciaux ont également vendu des sociétés publiques rentables. La Saskatchewan a privatisé SaskOil and Gas et PotashCorp dans les années 1980. L’Alberta a privatisé les magasins d’alcool en 1993, la Saskatchewan en 2023. L’Ontario procède de manière fragmentaire.
Pour inverser cette tendance, il faut une vision à long terme du contrôle public majoritaire de secteurs clés tels que le logement, l’alimentation, l’exploitation minière, l’énergie, la sylviculture, la pêche et les transports.
Outre le contrôle public majoritaire, une société écosocialiste confierait le pouvoir décisionnel sur les activités économiques aux communautés locales et autochtones. Les projets devraient être écologiquement durables pour bénéficier d’un soutien.
Avec la durabilité écologique comme moteur de la prise de décision, des changements majeurs auraient lieu, en particulier dans les secteurs de l’agriculture et de l’énergie. Par exemple, l’agriculture industrielle serait remplacée par l’agriculture régénérative, les combustibles fossiles et nucléaires seraient progressivement éliminés, les énergies renouvelables seraient développées et des normes strictes en matière d’efficacité énergétique et de conservation seraient mises en place.
Enfin, on ne saurait trop insister sur l’importance des terres publiques. La fin du programme fédéral des pâturages communautaires en 2012 a été une grande perte. Malheureusement, les parcs nationaux urbains semblent progresser lentement. Une société saine doit protéger et préserver des espaces naturels sains, des lieux où toutes les espèces, et pas seulement les humains, peuvent s’épanouir.
La nature est un élément clé de notre identité en tant que Canadien·nes. Nous devrions tous être fièr·es d’être les gardien·nes de nos terres et de nos eaux, en partenariat avec les peuples autochtones qui en prennent soin depuis des temps immémoriaux. La gestion responsable de la nature peut aller de pair avec de solides principes socialistes.
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