16 mars 2026 | tiré de l’Aut’Journal
Le chef, Paul St-Pierre Plamondon, semble être plus ou moins tombé sous l’influence de Mathieu Bock-Côté. Pour sa défense, on dira qu’il a rappelé que le PQ ne se livre aucunement au dénigrement des immigrés, ce qui est vrai et tant mieux (il ne manquerait plus que ça !). Il a même annoncé que le PQ allait avoir plusieurs candidats issus de l’immigration. Ça aussi, c’est tant mieux, mais on verra.
Or, le problème, à mon sens, c’est que, quand il parle d’immigration, c’est toujours de façon plutôt négative et, surtout, un peu ou même pas mal comme le ferait un politicien européen, auquel cas forcément de droite. Il donne ainsi l’impression que, pour lui, l’immigration est un problème en soi. Par exemple, il hésite à peine à y voir la cause principale de la crise du logement. Ce n’est pourtant pas la faute des immigrants si, depuis bon nombre d’années, on construit de moins en moins d’habitations à loyer modique (HLM) et de plus en plus de luxueuses tours à condos.
Jamais (ou alors très rarement) PSPP ne rappelle que c’est plutôt le contexte dans lequel le Québec reçoit des immigrants qui, aujourd’hui comme depuis 1760, constitue un problème. On aura beau se gargariser en parlant du Québec comme d’un « presque-pays », il n’en reste pas moins que, tant que l’indépendance n’est pas faite, les immigrants arrivent dans un pays majoritairement anglophone et dans une ville, Montréal, où les opulentes institutions de langue anglaise, à commencer par McGill, exercent toujours une attraction disproportionnée. Difficile, et même impossible, dans les circonstances, d’en vouloir à ceux d’entre eux qui, malgré certains progrès, continuent de succomber davantage à la culture anglo-américaine qu’à la nôtre.
Il ne convient donc pas de parler d’immigration au Québec sans constamment évoquer notre situation toute particulière, celle d’un peuple colonisé qui, pour ce qui est de l’intégration des nouveaux venus sur son territoire, subit une concurrence comme peu d’autres peuples en connaissent encore.
Un couple d’immigrants péruviens s’installe à Paris. Personne là-bas (pas même les cons d’extrême droite) ne craint ou même n’imagine que, sous l’influence du principal voisin de la France, les enfants ou petits-enfants de ce couple n’y deviennent Allemands de langue et de culture. En revanche, à Montréal, l’anglo-américanisation de ces mêmes enfants et petits-enfants, d’origine péruvienne ou autre, n’a rien d’une hypothèse farfelue, ça demeure au contraire une éventualité des plus sérieuses, hélas conforme à notre expérience historique.
En gardant le silence là-dessus, PSPP donne donc l’impression que, pour lui, ce sont les cultures des pays d’où viennent les immigrants qui menaceraient la nôtre. Un peu comme MBC, qui craint la « désoccidentalisation » du Canada, Québec inclus. Là, non seulement on contribue à alimenter des préjugés, mais, pire encore, on frôle le crétinisme, voire on y sombre corps et biens ! Venant du Parti conservateur d’Éric Duhaime, on en rirait presque, tant ce serait prévisible. Mais venant du PQ, il y a plutôt de quoi en pleurer de rage, tant c’est indigne de lui et de son histoire.
En plus de s’éloigner de MBC, PSPP (qui n’a pas toujours eu une réputation de réactionnaire, il me semble) devrait donc, dans les plus brefs délais, y aller de quelques déclarations qui clarifieraient les choses et montreraient que le PQ ne s’enfonce dans aucune ornière :
1) L’immigration n’est pas et n’a jamais été un problème pour le Québec. Ce qui est un problème, c’est le contexte dans lequel nous recevons les immigrants. Contexte politique surtout, mais aussi socio-économique (des entreprises québécoises qui deviennent ontariennes ou américaines, ça n’aide pas).
2) Les cultures des pays d’où viennent les immigrants ne sont en rien une menace à la culture québécoise. L’attachement qu’ont pour elles les immigrés et leur progéniture est naturel, normal, humain, légitime, en plus d’être susceptible de contribuer à l’élévation du niveau de notre culture générale. Dans un contexte normal, tous les citoyens d’un pays, graduellement, au bout de quelques générations, finissent par partager une même culture, la culture nationale, sans pour autant que celle-ci soit leur seule et unique référence. Ce ne serait certes pas promouvoir notre culture nationale que d’en faire une sorte de prison mentale pour qui que ce soit. Bien au contraire, ça risquerait même de l’achever.
3) Les migrants souvent sans-papiers qui, aujourd’hui, partent en nombre accru des pays du sud et montent au nord, rappellent les nombreux Québécois du XIXe siècle (ou Canadiens français à l’époque) qui, en sens inverse, ont dû quitter le Québec pour, surtout, la Nouvelle-Angleterre. Ils réagissent de la même manière aux mêmes causes, principalement l’exploitation des ressources naturelles de leur pays natal par des puissances capitalistes étrangères, souvent les mêmes. Nous ne saurions donc parler d’eux froidement, sans sympathie ni solidarité. C’est à l’exploitation impérialiste dont ils sont victimes qu’il faut mettre fin et un Québec enfin indépendant ajouterait sa voix à celles des peuples qui déjà plaident en ce sens.
Voilà, à mon sens, les trois principaux ajustements que le PQ, sous la houlette de PSPP, aurait intérêt à apporter, le plus tôt possible, à son discours. Cela rassurerait les indépendantistes qui tiennent à ce que leur mouvement garde la noblesse qui l’anime et le caractérise depuis toujours. De plus, cela éviterait la perte de tout espoir d’un progrès substantiel de l’appui à l’indépendance au sein des minorités issues de l’immigration. Un tel progrès n’a jamais été certain, non. Mais, plus le temps passe, plus il devient nécessaire. Du reste, à l’heure où l’Anglo-Amérique, à l’ouest comme au sud du Québec, montre plus que jamais qu’elle n’a guère de leçons d’ouverture à donner, il y a peut-être bien une chance que l’attraction qu’elle a toujours exercée à nos dépens commence à s’effriter, au moins quelque peu. Cette chance, ne soyons pas assez bêtes pour la négliger, la bouder, la louper.
Fier de sa culture et de son histoire quadri-séculaire, même si celle-ci, comme n’importe quelle autre, ne fut pas toujours épique et peut avoir des zones d’ombre, le Québec souhaite être aimé de tous les humains qu’il accueille. C’est dire qu’il espère trouver une place dans leur cœur. Une place, dis-je. Pas toute la place, non. Une place, une place de choix, une place de qualité, une place, surtout, dont la valeur ne se mesure pas à l’étendue, mais à la solidité.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre











Un message, un commentaire ?