Édition du 6 décembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections québécoises 2022

« Bilan de la campagne électorale 2022 » et « Soirée électorale »

Un écrit en deux temps

Au moment où nous écrivons les présentes lignes (dimanche le 2 octobre), la campagne électorale 2022 n’est toujours pas terminée.

Mieux, ce n’est qu’au lendemain de la « Soirée électorale » du 3 octobre 2022 que vous prendrez connaissance du présent texte. Un immense merci aux Nouvelles technologies de l’information et des communications (NTIC) qui nous permettent d’apporter des ajouts ou des modifications en tout temps à nos articles. Vous avez donc sous les yeux quelque chose qui s’apparente à un Work in progress. Ceci signifie qu’il y aura un ajout à ce texte. En attendant, place à un bilan partiel des promesses et des faits marquants de la présente campagne électorale.

Premier temps : Un bilan sommaire et impressionniste de la campagne électorale

C’est à un moment où toutes et tous s’y attendaient que le premier ministre François Legault a annoncé, en août dernier, le déclenchement officiel de la campagne électorale 2022. Il faut dire qu’il ne s’agissait plus d’une surprise pour personne. Toutes les formations politiques s’y préparaient depuis longtemps à ce processus conduisant au renouvellement de la députation à l’Assemblée nationale. C’est avec le thème contenant le moins de profondeur possible que la CAQ a entrepris la présente campagne électorale : « Continuons ». Continuons quoi au juste ? Réponse : « La petite gestion à la petite semaine ». Car telle semble être la caractéristique première du type de gouverne politique de François Legault. La preuve irréfutable ici de ce style de gestion indiquant qu’il est prêt à se lancer dans quelque chose sans analyse préalable : la promesse de sa formation politique de construire un tunnel à quatre voies sous le fleuve Saint-Laurent entre Québec et Lévis. « Continuons » aussi avec une gestion improvisée face aux pénuries de personnel dans les secteurs public et parapublic en santé et en éducation. Pour ajouter des bras dans les hôpitaux, son gouvernement a conçu une formation intensive pour les préposéEs aux bénéficiaires. Pour ce qui est des enseignantEs manquantEs dans les écoles élémentaires et secondaires, il n’a pas hésité à faire appel à une main-d’œuvre de remplacement non qualifiée. Manifestement, ce premier ministre de peu d’envergure est obsédé par un certain nombre de choses, dont celle-ci : trouver des bras, qu’ils soient formés ou non, pour occuper au plus vite les postes vacants. Tristement, cela ne l’a pas empêché, comme c’est le cas depuis le début de la pandémie, de figurer au sommet des sondages. Parlons maintenant un peu des programmes électoraux des cinq formations politiques qui se concurrencent à l’échelle des 125 comtés.

Les grandes lignes des programmes électoraux

Pour l’essentiel le programme électoral de la CAQ comporte les éléments suivants : la réalisation d’un 3e lien dans la région de Québec, un nouveau barrage hydro-électrique, un bouclier anti-inflation autour du panier à provisions, une enveloppe de 9 milliards de dollars consacrée à la rénovation des écoles en mauvais état (pour ne pas dire en décrépitude), une baisse des impôts des particuliers et deux demandes face au gouvernement central : 6 milliards pour couvrir la facture des soins en santé et les pleins pouvoirs en matière d’immigration.

Le Parti libéral du Québec annonçait au début de la campagne électorale qu’il ferait de l’économie l’enjeu de la présente élection. À cet effet, il promet qu’il réaliserait, s’il accédait au pouvoir, un programme de production de l’hydrogène vert et qu’il réduirait les impôts de 1,5 point de pourcentage (pour les deux premiers paliers d’imposition). Le PLQ s’est engagé également à revoir certaines dispositions de la loi 96 et promet (encore une fois) d’offrir un médecin de famille à toutes et à tous.

Québec solidaire vise pour sa part à faire élire le plus grand nombre de députéEs conscientEs de l’enjeu environnemental. Sa plate-forme électorale prévoit à ce sujet l’imposition d’une taxe à l’achat de 15% sur les véhicules énergivores (avec des exceptions) et la réduction des gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030. Sur le plan social, QS promet la construction de 50 000 logements sociaux écoénergiques et d’accueillir entre 60 000 à 80 000 immigrantEs par année. En matière d’éducation il a annoncé un investissement majeur dans ce secteur.

Pour ce qui est du Parti québécois et du Parti conservateur, ces deux formations vont de l’avant avec un certain nombre de promesses. Le PQ a annoncé qu’il appliquerait la loi 101 aux cégeps et qu’il réduirait le nombre d’immigrantEs à 35 000 par année. Il ajouterait 15 000 places dans les CPE et il mettrait en place un programme d’accès à un coût réduit au transport collectif interrégional.

Du côté du Parti conservateur, ce parti qui se dit composé de citoyennes et de citoyens déçuEs par la CAQ, promet toute une panoplie de baisses d’impôts et de taxes, une augmentation de la vitesse sur les routes, la privatisation en partie du système de santé, la relance du projet GNL au Saguenay et la construction d’un pont entre Québec et Lévis en passant par l’Île d’Orléans.

Quoi qu’il en soit, ces deux dernières formations politiques (PQ et PC) visent surtout à obtenir une présence minimale de députéEs à l’Assemblée nationale.

Du prévisible au début de la campagne…

Au moment du déclenchement de l’élection générale en août dernier, la CAQ semblait assurer de se diriger vers un gouvernement très fortement majoritaire. QS pour sa part aspirait à devenir l’Opposition officielle. Le PLQ craignait de se retrouver pour la première fois de son histoire dans la position d’un tiers parti à l’Assemblée nationale. Le PQ et le PC d’Éric Duhaime savaient à l’avance qu’ils se retrouveraient dans le rôle des seconds violons, avec combien de députéEs et surtout est-ce que les chefs de ces deux formations politiques se feraient élire dans leur propre comté ? C’est en partie un peu tout ce méli-mélo qui trottait dans la tête de plusieurs personnes au moment du signal de départ de la course électorale. Plus la campagne avançait, plus les surprises se sont mises à rebondir. Place maintenant aux inévitables impondérables insoupçonnés qui caractérisent la vie en général et la vie politique en particulier.

Les moments particuliers de la présente campagne électorale…

Il y a quand même eu des moments particuliers qui ont marqué la présente campagne électorale. En voici quelques-uns présentés dans le désordre.

Dès la première journée, François Legault s’est mis à parler de Dominique Anglade en la qualifiant de « Madame ». Le premier ministre a appris, à ses dépens, qu’une telle remarque sexiste et paternaliste ne passe tout simplement plus la rampe aujourd’hui.

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a eu pour sa part beaucoup de difficulté à recruter 125 candidatEs prêtEs à porter les couleurs de sa formation politique.

La vie politique est faite, depuis longtemps, de mille et une choses, dont l’intimidation et le vol. La députée libérale du comté de Saint-Laurent, Marwa Rizqy et son collègue du comté de Marquette, Enrico Ciccone, ont été l’objet de menace de mort pour la première et de cambriolage de son local électoral pour le second. La protection des éluEs et la question de la tolérance face à la violence ont fait la une de la presse écrite et de la télévision au début de la campagne électorale.

Le premier ministre François Legault et le ministre du Travail, Jean Boulet, ont littéralement dérapé sur le sujet de l’immigration. Alors que nous traversons un moment caractérisé par une pénurie de main-d’œuvre, le chef de la CAQ continue à voir dans l’immigration une menace à notre identité culturelle. Pire il a associé l’immigration à la violence. Son ministre de l’Immigration, pour sa part, a déclaré que les immigrants s’établissaient à 80% à Montréal, qu’ils ne travaillaient pas et ne parlait pas français. Ces déclarations fausses et mensongères ont été, à juste titre, dénoncées comme correspondant à du racisme et de la xénophobie.

Nous le savons. Nous vivons au sein d’une monarchie constitutionnelle. La ou le chefFE de l’État est la ou le monarque en poste. Élisabeth II est décédée durant la présente campagne électorale. Le premier ministre François Legault a bien été obligé de suspendre provisoirement sa campagne électorale et d’ordonner la mise en berne du drapeau fleur de lys devant ou sur les édifices publics. Geste qui semble avoir profondément déplu au chef du parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, qui a déclaré qu’il ne prêterait pas serment d’allégeance à Charles III advenant son élection à l’Assemblée nationale le 3 octobre. Il a oublié de rappeler que jusqu’à maintenant aucun des députés du PQ n’est parvenu à se soustraire cette obligation et ce depuis l’élection du 29 avril 1970. Mais cet engagement, c’était au moment où les chances de victoire de Paul St-Pierre Plamondon étaient minces. Depuis l’épisode du dépliant subtilisé par sa rivale de Québec solidaire, il en va autrement. Nous pouvons nous demander si St-Pierre-Plamondon sera en mesure de siéger à l’Assemblée nationale sans prêter ce serment d’allégeance au nouveau roi ? Nous verrons…

Puis vint le moment des comptes de taxes (scolaires et municipales) et des factures impayées (Hydro-Québec, travaux de plomberie) d’Éric Duhaime. Il a bien été obligé de s’expliquer sur ses actions délinquantes. Mais l’homme enduit de Teflon auprès de sa base électorale a quand même réussi le plus grand rassemblement de la présente campagne électorale. Ce sont autour de 3000 personnes qui ont assisté à son rassemblement au Centre Vidéotron de Québec.

Le PLQ nous a habitués à la magie des chiffres et des manipulations comptables quand il était au pouvoir. Rappelons-nous que cette formation politique a sous-estimé à plusieurs reprises les revenus du gouvernement et a quelquefois trouvé des « trous » dans les budgets de ses adversaires politiques en vue uniquement de nous imposer, par la suite, des programmes d’austérité. Pour la présente campagne électorale, un journaliste du quotidien La Presse, Francis Vaille, a découvert un trou de 16 milliards 300 millions dans leur cadre financier. Lors d’un point de presse à ce sujet, Carlos Laetao était dans ses petits souliers (l’histoire ne dit pas si ses souliers étaient neufs ou pas).

Études réelles ou non, François Legault, a fini par affirmer au sujet du troisième lien qu’il s’agit là ultimement uniquement d’une décision politique. On se croirait de retour à l’époque de feu Duplessis quand le Chef décidait de tout.

Le premier ministre Legault s’est encore une fois retrouvé obligé de gérer une de ses déclarations malheureuses. À ses yeux le problème qui est survenu en 2020 à l’Hôpital de Joliette avec madame Joyce Echaquan, morte sous les insultes racistes d’infirmières, était chose du passé. Quelques jours après avoir prononcé ces paroles, le chef de la CAQ a dû présenter ses excuses à monsieur Dubé, le conjoint de madame Echaquan.

Il est d’usage en campagne électorale que le premier ministre ou les chefFEs des partis politiques nous présentent des candidatEs économiques vedettes. Alors que François Legault se réjouissait de compter dans ses rangs les Éric Girard (finances), Pierre Fitzgibbon (économie), Sonia Lebel (Conseil du trésor) et avoir annoncé que le ministre Christian Dubé resterait à la Santé advenant sa réélection, il n’a pu assurer à son ministre de l’Éducation, le très décevant François Roberge, un deuxième mandat à la tête de ce ministère.

Les hommes politiques aiment bien se montrer plus grands que nature. Ils se complaisent dans l’image des sauveurs, surtout quand une grande catastrophe se produit. C’est à l’occasion de certaines de ces catastrophes qu’il y a des leaders qui se précipitent chez les sinistréEs, comme cela s’est récemment produit aux Îles-de-la-Madeleine. Deux candidats, ceux du PQ et de la CAQ, se livrent en ce moment dans ce comté insulaire une lutte très serrée. Les deux chefs de ces deux formations politiques sont allés constater sur place les dégâts de la tempête Fiona et bien entendu serrer des mains, le plus grand nombre de mains possibles.

La candidate de Québec solidaire dans la circonscription de Camille Laurin, Marie-Ève Rancourt, a posé un geste illégal qu’on semble prêt à pardonner aux militantEs bénévoles, mais pas aux candidatEs qui aspirent à représenter les électrices et les électeurs. Elle a retiré d’une boîte postale un pamphlet de son adversaire politique. Par ce geste, elle semble avoir ouvert la porte à l’élection du chef du Parti québécois dans la circonscription de l’est de Montréal présentement détenue par la CAQ et là où QS avait des chances de se faire élire.

Alors que l’État se présente comme le grand protecteur de la population, celui qui, selon Hobbes, assure la sécurité, le très mercantile et capitaliste François Legault est allé déclarer à Rouyn-Noranda qu’il ordonnerait un référendum au sujet de l’avenir de la fonderie Horne. Un « job » à plus de 100 000$ par année, ça semble tellement plus important aux yeux de François Legault, que la santé des citoyenNEs.

Ne rions pas, durant la campagne électorale François Legault s’est vanté d’être à la tête d’un gouvernement qui comptait le plus grand nombre de réalisations en matière d’environnement. Quelques jours plus tard, il annonçait qu’il se montrerait, durant son prochain mandat à la direction du gouvernement du Québec, à l’écoute des idées de l’opposition, surtout en matière d’environnement.

Last but not least, en fin de campagne nous avons appris que le gouvernement de François Legault avait conclu, au tout début de la pandémie de la COVID-19, une entente avec la firme multinationale McKinsey pour la rondelette somme de 35 000$ par jour. Se pose ici un certain nombre de questions délicates : quel a été le véritable rôle de cette entreprise privée, qui a des contrats avec la firme Pfizer, dans la gestion de la pandémie ? À quelles données gouvernementales confidentielles a-t-elle eu accès ? Est-ce cette firme qui a proposé le limogeage de la ministre McCann ?

Qui sortira gagnante ou gagnant de la joute électorale ?

Fin de la première partie.

À suivre…

Yvan Perrier

2 octobre 2022

12h30

yvan_perrier@hotmail.com

Ajout 4 octobre 2022
15h

Deuxième temps : Et le gagnant, la gagnante est...

Incontestablement, si nous avons à déterminer qui est le grand gagnant ou la grande gagnante de cette soirée électorale 2022 sans surprise, force est de constater qu’il s’agit du système électoral uninominal à un tour.

Un système électoral qui accorde une généreuse majorité parlementaire à un parti politique qui a obtenu autour de 40% des suffrages exprimés (soit dans les faits environ seulement 25% des votes des citoyennes et des citoyens en âge de voter) est nécessairement l’outil indispensable aux victoires politiques aux apparences éclatantes. N’oublions pas que ce sont 60% des électrices et des électeurs qui ont voté contre les candidates et les candidats de la CAQ. Quiconque observe la vie politique depuis les cinquante dernières années a été en mesure de constater qu’il y a eu de nombreuses soirées électorales du genre "Grand balayage" en faveur d’un parti politique rouge, bleu ou bleu poudre... Ces victoires ne sont que des victoires fragiles et illusoires. Tôt ou tard, les partis politiques qui se hissent au parlement finissent par se faire détester de l’électorat et chasser du pouvoir. Parlez-en à Robert Bourassa, à René Lévesque et à Jean Charest. François Legault a beau célébrer sa victoire et prétendre qu’il a obtenu un mandat fort, il sait fort bien que ses assises sont fragiles. Il appartient maintenant aux partis de l’opposition de définir leur stratégie politique et parlementaire pour les quatre prochaines années. Les électrices et les électeurs qui exerceront leur droit de vote en 2026 décideront qui mérite de détenir le pouvoir pour les quatre années suivantes. Il y aura probablement aussi ce soir-là des distorsions entre le pourcentage des voix exprimés et le nombre de députéEs éluEs. Il sera probablement encore question d’une éventuelle réforme du mode de scrutin comme nous en entendons parler depuis l’élection du 29 avril 1970. Retenons de l’histoire que ni le PQ ni les libéraux ni la CAQ n’ont jugé bon, durant leur séjour au gouvernement, de réformer le mode de scrutin. Pourquoi ? Parce que les partis politiques savent que c’est par une minorité de voix qu’il est plus facile d’obtenir une majorité parlementaire. Morale de cette histoire : il se peut, en octobre 2026, que nous disions le soir de l’élection générale, "Et le gagnant et la gagnante est : le mode de scrutin uninominal à un tour..."

Tout fonctionne normalement, ça tourne en rond évidemment !

Zone contenant les pièces jointes

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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