Édition du 20 janvier 2026

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Canada

Bloc québécois, Gaza, demi solidaire ?

Dans le fracas d’une guerre qui ravage Gaza depuis plus de deux ans, alors que les bilans humains atteignent des sommets effroyables, la présence du Bloc au sein du groupe interparlementaire Canada Israël laisse une empreinte lourde, bien plus lourde que ce que ses dirigeants semblent vouloir admettre. À force de ménager la chèvre et le chou, le Bloc québécois s’installe dans une zone trouble où le malaise devient plus que palpable.

Il s’agit pourtant d’une évidence. Les chiffres s’accumulent, les ruines s’étendent, les vies palestiniennes disparaissent dans un silence qui glace la conscience. Les organisations internationales parlent de crimes de guerre, plusieurs chercheurs et juristes évoquent un génocide, et les témoignages venus du terrain décrivent un peuple écrasé sous les bombes et la faim. Dans un tel contexte, on peine à comprendre ce qui pousse un parti qui se veut humaniste à demeurer présent dans un groupe interparlementaire dont l’objet même est lié à un gouvernement responsable de cette situation.

La difficulté devient choquante quand on observe l’ampleur de cette participation. Entre 19 et 21 députés bloquistes sur 22 figurent parmi les membres de ce groupe. Presque tout le Bloc. Une telle proportion entretient inévitablement l’impression d’un appui tacite, même si le parti se défend de toute adhésion aux actions de l’État israélien. En politique, les impressions sont parfois plus fortes que les faits, et il est impossible de balayer cette réalité d’un simple revers de main.

Il serait injuste de prétendre que le Bloque soutient les bombardements ou ferme les yeux sur la tragédie palestinienne. Ses déclarations publiques réclament un cessez le feu, dénoncent les violations du droit international et appellent à la création d’un État palestinien. Ces prises de position sont claires et importantes. Pourtant, elles se heurtent à cette contradiction silencieuse mais tenace. Comment concilier une condamnation des crimes commis à Gaza avec une participation active à un groupe parlementaire dédié à des liens d’amitié avec le pays qui en porte la responsabilité. Parmi les députés israéliens qui font partie du groupe, combien font-ils partie de l’actuel gouvernement d’Israël que l’histoire jugera comme génocidaire ?

Cette contradiction nourrit un trouble profond. L’opinion publique la perçoit. Les militants pro palestiniens la dénoncent. Les citoyens qui attendent du Bloc une voix ferme et cohérente en matière de droits humains ne comprennent pas ce double mouvement qui ouvre la porte à toutes les interprétations.

La question se pose alors avec une gravité nouvelle. Que cherche le Bloc québécois en maintenant sa présence dans ce groupe ? Veut-il préserver une image auprès de certaines communautés juives du Canada ? Tente t-il d’éviter les foudres du lobby sioniste bien implanté dans les cercles politiques d’Ottawa ? Ou alors présume t-il que sa position ambigüe reflète celle de l’opinion publique québécois ? Mais surtout, pourquoi autant de députés du Bloc sentent-ils le besoin de faire partie de ce groupe ?

Lorsque j’ai posé la question directement au chef du Bloc, il n’a pas répondu directement. J’ai senti plutôt un malaise, « Je suis hostile tant aux terroristes qu’aux criminels de guerre », une phrase qui rappelle tristement les discours prudents et interchangeables des dirigeants occidentaux qui, depuis deux ans, refusent de prendre la pleine mesure de la catastrophe humanitaire à Gaza. Certains états comme le Canada, continuaient à autoriser les livraisons d’armes à Israël en plein génocide. Cette réponse ne ressemble pas à Yves François Blanchet. Elle manque de souffle, de conviction, de cette netteté morale qui devrait guider tout chef politique face à l’injustice.

C’est dommage. Je fais partie de ces Québécois qui ont vu en lui un dirigeant mûri par l’expérience, capable de finesse politique et surtout de courage. Je crois encore qu’il peut assumer une position forte, claire, sans équivoque. Une position qui ne craint ni les pressions ni les tensions, ni les diatribes que provoque la dénonciation d’un pays allié du Canada. En tant que souverainiste, je m’attends de lui et de son parti plus de courage, de cohérence et un sens de l’histoire.

Le courage politique ne consiste pas à répéter les formules convenues, mais à dire ce que tant redoutent de dire. Les victimes palestiniennes n’attendent pas des nuances diplomatiques. Elles attendent une parole nette. Une solidarité sans détours. Elles attendent de nous un geste de dignité humaine. Elles attendent de nous d’être des souverains déclarés de nos positions en solidarité entière avec les peuples qui aspirent aussi à leur souveraineté. Laissons les demi solidarités aux demis politiciens.

Courage Yves François. Le moment exige plus que des équilibres. Il exige une voix sans aucune ambiguïté. Une voix qui reconnaît la souffrance où elle se trouve et qui refuse de la voir à moitié.

Mohamed Lotfi
12 Décembre 2025

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