Édition du 8 septembre 2026

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Canada

Comment l’élite canadienne vend le renforcement militaire massif prôné par Mark Carney

C’est quoi ce bruit ? C’est le son des pires personnes au monde. Ouais. Qui profitent de profits explosifs pendant que votre vie empire. Le Canada est sur le point de se militariser à une échelle sans précédent. Mark Carney : "Au cours de la prochaine décennie, le Canada débloquera 500 milliards de dollars — je répète, 500 milliards de dollars — en investissements de défense et connexes."

Traduction française du texte de la vidéo : voir la vidéo ci-dessous.
tiré de Breachmedia.ica
https://breachmedia.ca/how-canadas-elite-are-selling-mark-carneys-massive-military-buildup/

Mais voici le hic. Ce programme de militarisation n’a en fait rien de nouveau. Les fabricants d’armes, les lobbyistes des entreprises et les médias de l’élite l’appellent de leurs vœux depuis longtemps. Les attaques de Donald Trump contre le Canada leur ont simplement donné, à eux et à Mark Carney, le meilleur prétexte qu’ils pouvaient espérer.

Pour nous faire croire que cette mesure extraordinaire est notre seule option politique, ils propagent six mythes fondamentaux. Si on veut emprunter une autre voie, il faudra les démonter un par un.

Mythe 1. Carney militarise le Canada pour nous défendre contre Trump.

Alors que Donald Trump piétine la planète, les Canadiens sont légitimement anxieux. Donald Trump : "Si on regarde le Canada, ce serait un 51e État chéri. En réponse, Carney a bombé le torse et a donné l’impression de défier Trump. Mark Carney : "Nous nous sommes lancés dans ce projet d’abord et avant tout pour protéger les Canadiens, défendre notre territoire, sécuriser nos frontières et protéger notre souveraineté."

Mais ce n’est pas la vraie raison de la militarisation. Bien avant que Trump ne commence à attaquer le Canada, des groupes de pression du monde des affaires faisaient déjà pression sur notre gouvernement. Une des voix économiques les plus influentes du pays, le Conseil canadien des affaires, a écrit au premier ministre, l’avertissant que l’échec à produire un plan pour atteindre la cible de dépenses de l’OTAN aurait des conséquences, y compris un isolement diplomatique tant sur le plan sécuritaire qu’économique. Ils ont publié un rapport en 2024 réclamant des hausses massives des dépenses militaires. Vous représentez les plus grandes et les plus importantes entreprises de ce pays. Pourquoi se soucient-elles du bilan de notre pays en matière de dépenses de défense ? Parce que la sécurité économique, c’est la sécurité nationale. Leur propre rapport est plus honnête : la militarisation aidera à subventionner les entreprises de haute technologie, chiffrant même de combien les taux de profit devraient augmenter. Quand Carney a dévoilé son propre plan cette année, le puissant groupe de pression a noté avec plaisir que plusieurs éléments reflétaient exactement leurs propres recommandations.

Les médias corporatifs et d’État, de leur côté, ont aussi emboîté le pas. Le secrétaire général de l’OTAN a dit aujourd’hui qu’il s’attend à ce que la plupart des États membres atteignent leur quota de dépenses. Le Canada est-il en voie de faire partie de ce groupe ? Absolument pas. Il faut dépenser absolument plus, aucun doute là-dessus. Qu’est-ce qui se passe avec le Canada ? Pourquoi êtes-vous à la traîne ? Certaines salles de rédaction essaient de fouetter un peu de bon sens patriotique dans la classe politique. Et bien sûr, il y a eu une pression incessante de Trump lui-même. S’ils ne paient pas, on ne protège pas, ok ?

La récente cible de l’OTAN de 5 % du PIB est une pure invention de Trump. Tout a commencé par cette sortie : Trump : -"Il faut payer vos factures. À l’époque, c’était 2 %. Ça devrait être 5 %." C’est devenu une exigence officielle de la politique américaine peu après. Marco Rubio : "Nous voulons repartir d’ici avec un engagement à atteindre jusqu’à 5 % des dépenses." Puis ça a été adopté par l’OTAN. Une victoire monumentale. C’est ainsi que le président américain Donald Trump a décrit l’engagement des dirigeants de l’OTAN à porter les dépenses de défense à 5 % du PIB de chaque pays. Mais ce n’est qu’un chiffre arbitraire venant d’un président qui aime les chiffres ronds. Un chiffre très important. Et maintenant, c’est la politique canadienne. Ce n’est pas seulement qu’il gagne l’argument. Il a gagné l’argument.

Mythe 2. Carney augmente les dépenses d’un montant raisonnable et responsable.

Les promoteurs du militarisme accru ont utilisé un vieux truc pour que les Canadiens ne saisissent pas l’ampleur de ce qui se passe : ils les ont ennuyés à mourir avec des pourcentages. Le Canada dépense environ 1,4 % de son PIB en défense. En 2014, sous le gouvernement conservateur précédent, le fédéral s’était engagé à dépenser 2 % du PIB. On était sur une trajectoire claire vers 2 %. Grimpons tranquillement vers 2,5 %. Considérablement au-dessus de 3 %. L’exigence de Donald Trump que le seuil soit porté à 5 %. 1,5 %. 2 %. 5 %. 2 %. Ces pourcentages dissimulent délibérément les sommes ahurissantes de dépenses militaires que nous engageons. Le Canada est passé de dépenses d’un peu plus de 10 milliards de dollars par année en 1980 à plus de 70 milliards cette année. Et selon les plans actuels de Carney, on atteindra 150 milliards par année d’ici 2035. C’est cinq fois ce que le gouvernement dépense pour l’assurance-emploi. Douze fois ce qu’il dépense pour l’énergie propre. Quinze fois ce qu’il dépense pour les services de garde. Ce n’est pas raisonnable. C’est un vol générationnel de fonds publics au détriment d’autres priorités sociétales.

Mythe 3. La militarisation profitera aux Canadiens.

La nouvelle stratégie industrielle de défense de Carney prétend que les dépenses militaires feront des merveilles pour l’économie canadienne. Ce sera un ajout net. Plus de dépenses aideront à bâtir notre économie tout en améliorant notre défense. Mais les études montrent systématiquement que ce n’est tout simplement pas le cas. Les dépenses de défense créent beaucoup moins d’emplois par dollar dépensé que d’autres grands secteurs comme l’éducation, la santé et l’énergie propre. C’est parce qu’elles vont dans des machines coûteuses — avions de chasse, navires, satellites. Les dépenses sociales et environnementales, elles, servent à embaucher des gens : enseignants, infirmières, ouvriers de la construction.

Alors qui en profite réellement ? Une élite corporative qui fait la file pour empocher d’énormes profits en produisant des drones armés, des obus d’artillerie, des logiciels espions, de la formation militaire, et bien plus. Le gouvernement Carney promet de leur ouvrir grand la porte. Son plan décrit ça sans la moindre ironie comme un « service de conciergerie ». Littéralement, un tapis rouge.

Quant aux Canadiens ordinaires, cette frénésie de dépenses militaires ne peut vouloir dire qu’une chose : des coupes massives dans nos programmes sociaux. Vous vous souvenez du Conseil canadien des affaires, ce puissant groupe de pression dont Carney a suivi les recommandations à la lettre ? Voici leur prochaine étape recommandée : diminuer les dépenses gouvernementales dans les choses auxquelles les Canadiens tiennent. Le Globe and Mail, de son côté, conseille au gouvernement de couper dans les prestations pour les aînés. Et Carney lui-même a laissé entendre les coupes massives à venir. Mark Carney : " On ne transformera pas notre économie facilement, ni en quelques mois. Il faudra des sacrifices."Je vous laisse deviner qui, parmi nous, fera ces sacrifices.

Mythe 4. Le gouvernement Carney rend notre industrie de défense indépendante des États-Unis.

C’était autrefois une réalité peu connue, mais il faut lui rendre ce mérite : Carney l’a lui-même reconnu. Carney : "On dépense plus de 75 cents sur chaque dollar de dépenses en capital de défense aux États-Unis. Ce n’est pas intelligent." L’industrie canadienne de l’armement est profondément intégrée aux États-Unis depuis les années 1940. Près de la moitié des 600 entreprises qui composent le secteur canadien de la défense sont en fait de simples filiales d’entreprises américaines, dont des géants comme General Dynamics, L3Harris et Lockheed Martin.

Maintenant, Carney prétend que les entreprises canadiennes obtiendront 70 % des contrats de défense. Carney : " Nous allons nous assurer, autant que possible, que les entreprises canadiennes — canadiennes — profitent de l’approvisionnement canadien." Ça semble hautement improbable, sinon impossible, à moins de jouer avec la définition de ce qu’est une entreprise canadienne. Les experts sont assez clairs là-dessus : on peut atteindre 70 % assez facilement si on inclut ces filiales étrangères d’entreprises américaines. Sinon, dans dix ans, soit ils rêvent, soit ils mentent. Je vote pour le mensonge.

La politique du « Acheter canadien » pourrait en fait vouloir dire « Acheter américain », des entreprises étrangères ayant simplement une forte présence canadienne se qualifiant comme canadiennes. C’est aussi pourquoi je n’ai pas pu obtenir de réponse claire du ministre des Finances du Canada quand je l’ai coincé au congrès libéral plus tôt cette année. Quelles garanties existe-t-il que l’argent de la stratégie industrielle de défense n’ira pas simplement à des entreprises américaines ? Ministre des finances : "La stratégie est très claire, la stratégie est très claire."

Il suffit de regarder l’exemple européen. Il y a dix ans, les États-Unis fournissaient 52 % de leurs armes. L’UE a donc entrepris d’acheter agressivement européen. Quelle proportion de leurs armes les États-Unis fournissent-ils encore l’an dernier ? C’est en fait monté à 64 %. Eh oui, l’actuelle escalade militaire a en réalité accru la dépendance de l’Europe envers les États-Unis. Et la même chose se produira probablement ici. Même les petits caractères du plan de Carney admettent essentiellement que la relation avec les États-Unis va se poursuivre : Carney : " le Canada reste ouvert à une intégration plus poussée, y compris des options pour une « forteresse Amérique du Nord »."

Mythe 5. Une armée canadienne renforcée nous défendra contre les États-Unis.

Dans la vague de défiance nationale qui a soufflé depuis que Trump a commencé ses attaques contre le Canada, cette idée est devenue l’une des plus convaincantes. Mais si vous croyez que l’armée canadienne défendra notre souveraineté, j’ai un avion de chasse américain à vous vendre.

Ce n’est pas seulement notre industrie de l’armement qui est profondément intégrée aux États-Unis, c’est notre armée elle-même. Voici notre ministre des Affaires étrangères : nos liens interpersonnels sont si forts et de si longue date. Nous avons vraiment une relation très étroite avec les États-Unis. Le Canada est depuis longtemps un allié junior des États-Unis, et de ce fait, notre direction militaire est profondément liée à ses homologues du Pentagone. Ils partagent une vision du monde similaire. Ils se joignent aux États-Unis quand ceux-ci bombardent, envahissent ou renversent des pays. Ils deviennent ensuite lobbyistes pour les mêmes fabricants d’armes américains. Et ils croient que nous avons les mêmes ennemis.

La plupart des armes que le Canada construit sont conçues pour s’intégrer aux opérations américaines. Prenez ces navires de guerre à plusieurs milliards de dollars : ils sont équipés de missiles fabriqués aux États-Unis, ils sont destinés à accompagner les patrouilles navales américaines, et les États-Unis contrôlent même des équipements clés à leur bord, ce qui signifie qu’ils peuvent les désactiver s’ils le veulent.

Ces faits n’ont pas empêché les médias établis du Canada d’essayer de nous vendre ce mythe de façon créative. Un reportage du Globe and Mail cette semaine révèle que l’armée canadienne aurait modélisé une hypothétique invasion américaine de notre pays. C’était clairement un coup monté du gouvernement, blanchi par la presse pour justifier l’argent public que l’armée est sur le point de recevoir. D’une part, les jeux de guerre ne nomment jamais de vrais pays : au lieu de combattre la Russie, les soldats combattent la « Denovie » et d’autres ennemis fictifs. D’autre part, il y a un grand nombre d’officiers d’échange américains en poste dans les quartiers généraux canadiens — on va parler au lieutenant-colonel Isaac Howard, un officier d’échange de l’armée américaine au quartier général de l’armée canadienne à Ottawa.

Donc jamais la direction militaire canadienne n’aurait vraiment risqué ça. Si l’armée américaine entrait dans le pays, l’armée canadienne ne se lancerait pas dans une résistance de guérilla — elle leur donnerait plutôt des tapes dans le dos à la frontière. Soyons honnêtes, les États-Unis n’envisageraient même jamais une invasion. Les outils d’attaque et de sabotage économiques, dans le cadre d’une intégration économique continue, suffiraient probablement. Mais s’ils le faisaient, on ne pourrait pas compter sur l’armée. On ne pourrait compter que sur nous-mêmes et sur la résistance civile de masse.

Mythe 6. Le public canadien veut ça.

Il est vrai qu’on a vu un revirement rapide de l’opinion publique sur les dépenses militaires. Trois Canadiens sur quatre appuient maintenant l’atteinte de la cible de 5 % du PIB. Mais est-ce vraiment surprenant que les Canadiens semblent maintenant appuyer ce programme, quand les médias nous martèlent chaque jour un récit fondé sur tous ces mythes précédents : que Carney dépense un montant raisonnable pour bâtir une industrie de défense indépendante et une armée capable de nous défendre contre les États-Unis tout en stimulant l’économie canadienne ?

En plus, les sondages eux-mêmes ont été biaisés, plusieurs ayant été commandés par l’industrie de l’armement elle-même. Les sondages ne posent jamais la question comme il le faudrait : si on dépense en armes, on dépensera moins pour les services qui améliorent votre vie. Autrement dit, le consensus public sur les dépenses militaires a été fabriqué, et il est beaucoup plus fragile qu’on ne le pense.

Dans une présentation aux fabricants d’armes et aux généraux plus tôt cette année, le sondeur Frank Graves les a avertis que trois choses pourraient le faire s’effriter et s’inverser : si les attentes du public quant à des retombées économiques tangibles ne sont pas satisfaites — ce qui ne sera pas le cas ; les vraies questions de comment on va payer pour ça, qu’il faut exiger que notre gouvernement réponde ; et enfin, si un segment progressiste et populiste émergent trouve un foyer politique — Graves faisant référence au vaste nombre de Canadiens de gauche qui pourraient s’inspirer d’une alternative politique, comme le NPD.

Ce parti, avec une nouvelle direction socialiste, a une chance de porter un message clair et populaire : créer une vraie sécurité, avec des logements, pas des drones ; des salaires, pas des armes ; des livres, pas des bombes ; des trains électriques, pas des avions de combat ; combattre les feux de forêt, pas défendre un empire en déclin. S’engager non pas pour la guerre, mais pour la paix, et bâtir des industries non pas de mort, mais de vie.

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