Édition du 16 décembre 2025

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États-Unis

« C’est une ville syndicale » : Zohran Mamdani et Bernie Sanders rejoignent les grévistes de Starbucks sur la ligne de piquetage

Le maire élu de New York, Zohran Mamdani, et le sénateur indépendant du Vermont, Bernie Sanders, ont rejoint lundi les travailleurs de Starbucks en grève sur leur ligne de piquetage afin d’exiger que le géant du café conclue enfin une convention collective équitable avec son personnel syndiqué, après des années de tactiques de retardement.
S’exprimant devant une succursale à Brooklyn, Mamdani a déclaré que New York était une « ville syndicale » et a promis de continuer à se joindre aux lignes de piquetage même après son entrée en fonction le 1er janvier. En réponse à une question de Democracy Now !, Sanders a affirmé que la campagne victorieuse de Mamdani pour la mairie constituait un modèle pour le Parti démocrate, en mettant au cœur de son programme le coût de la vie et les droits des travailleurs. « Nous avons la base populaire de l’Amérique derrière nous », a-t-il déclaré.
Les travailleurs syndiqués de Starbucks à travers les États-Unis ont lancé une grève générale illimitée le 13 novembre, accusant l’entreprise de pratiques antisyndicales illégales. Starbucks Workers United négocie un contrat avec la compagnie depuis le début de l’an dernier. La ligne de piquetage de lundi s’est tenue quelques heures après que Starbucks a conclu un règlement de 38 millions de dollars avec la Ville de New York pour des violations du droit du travail, notamment le refus de fournir aux employés des horaires stables et prévisibles.

New York, le 2 décembre 2025. | tiré de democracy now !
https://www.democracynow.org/2025/12/2/starbucks

AMY GOODMAN : C’est Democracy Now !, democracynow.org, The War and Peace Report. Je suis Amy Goodman, avec Juan González.
Lundi, le maire élu de New York, Zohran Mamdani, et le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders ont rejoint des travailleurs en grève sur une ligne de piquetage devant un Starbucks à Brooklyn. Le rassemblement a eu lieu peu après que la ville de New York a annoncé que Starbucks avait accepté de verser plus de 35 millions de dollars à quelque 15 000 travailleurs, dans ce qui est considéré comme le plus important règlement de protection des travailleurs de l’histoire de New York.
Voici Zohran Mamdani, qui sera assermenté comme maire le 1er janvier.

MAIRE ÉLU ZOHRAN MAMDANI  : Bonjour à toutes et à tous.

LA FOULE  : Bonjour !

MAIRE ÉLU ZOHRAN MAMDANI : C’est un plaisir d’être ici sur une ligne de piquetage avec les travailleurs de Starbucks, comme ceux à ma droite et à ma gauche, des travailleurs qui affrontent le froid de décembre et le froid bien plus mordant encore des pratiques antisyndicales dans cette ville et à travers ce pays, ainsi que la peur qui accompagne ces tactiques de bris d’union, alors qu’ils exigent les meilleures conditions de travail qu’ils méritent, comme tant de travailleurs à travers cette ville. Ce ne sont pas des demandes de cupidité. Ce sont des demandes de décence. Ce sont des travailleurs qui demandent simplement d’être traités avec le respect qu’ils méritent. Ils demandent que leur travail soit compensé d’une manière qui leur permette de construire une vie digne. Et je les rejoins parce que je veux faire tout ce que je peux pour montrer ma solidarité, mais aussi parce que je sais que trop souvent les voix des travailleurs ordinaires ne sont pas amplifiées avec le volume dont bénéficie si facilement la direction. Je veux partager quelques chiffres avec vous cet après-midi, des chiffres qui, je l’espère, mettront cette lutte en perspective. 36,2 milliards. C’est le montant des revenus que Starbucks a générés l’an dernier. 95,8 millions. C’est le montant du salaire total reçu par le PDG de Starbucks, Brian Niccol, pour quatre mois de travail l’an passé. 6 666. C’est combien de fois son salaire dépasse celui du barista moyen de Starbucks. 400. C’est le nombre de violations des lois du travail que le NLRB a constatées chez Starbucks.

LA FOULE  : Honte !

MAIRE ÉLU ZOHRAN MAMDANI : 120. C’est le nombre de magasins actuellement en grève, et 85 le nombre de villes dans lesquelles ces grèves se déroulent. Ces chiffres nous montrent une réalité à deux volets : d’un côté, l’avidité et l’enrichissement corporatifs au détriment de leurs propres travailleurs, et de l’autre, une solidarité remarquable de la part de ces mêmes travailleurs, exploités et maltraités encore et encore.
La solidarité, autant que nous en parlons, n’est pas un concept abstrait. Elle se mesure dans les piquets tenus sous la pluie et le verglas. Elle se mesure dans les loyers que les travailleurs ne savent pas s’ils pourront payer, dans les frais de garde d’enfants qu’ils ne savent pas s’ils pourront assumer. Et elle se mesure dans ces inconnus qui, sans jamais s’être rencontrés, se donnent la main pour lutter pour un objectif commun et un avenir juste.
Je suis fier d’être ici aux côtés d’élus exceptionnels, au niveau municipal, au niveau de l’État, et aussi — à ma gauche — du sénateur Bernie Sanders du Vermont, parce que nous sommes tous unis dans la conviction que nous devons construire un New York où chaque travailleur peut mener une vie décente. Nous devons construire un New York où nos paroles ne sonnent pas creux lorsque nous disons que cette ville est une ville syndicale. Et nous devons construire un New York où les travailleurs qui la font vivre peuvent se permettre d’y vivre. Merci beaucoup. Et maintenant, le sénateur Bernie Sanders.

SÉN. BERNIE SANDERS : C’est un honneur pour ma femme et moi d’être ici avec vous pour soutenir les travailleurs de Starbucks en grève, qui disent clairement à cette entreprise qu’ils en ont assez de la cupidité corporative et assez du bris d’union.
Ce que le maire élu vient de souligner, c’est que ce qui se passe ici sur cette ligne de piquetage se passe partout dans ce pays. Nous vivons dans une économie où les plus riches n’ont jamais été aussi riches. Un seul homme possède plus de richesse que les 52 % des ménages américains les plus pauvres.

LA FOULE : Honte ! Honte !

SÉN. BERNIE SANDERS : Et pendant que les PDG se gavent de salaires inimaginables, 60 % de notre population, au Vermont, à New York, partout dans ce pays, vit d’un chèque de paie à l’autre, en luttant pour payer le loyer, les soins de santé, ou pour mettre de la nourriture sur la table. Et Zohran et moi sommes déterminés à bâtir une nation et une économie qui fonctionnent pour nous tous, pas seulement pour le 1 %.
Je veux remercier les travailleurs de Starbucks pour leur courage ici et partout dans le pays. Nous allons gagner. Merci beaucoup.

MAIRE ÉLU ZOHRAN MAMDANI : En arrivant, Bernadette m’a demandé : « Quand vas-tu arrêter d’aller à des manifestations et devenir maire ? » Et j’ai répondu : « Techniquement, le 1er janvier, je serai le maire. » Mais je veux aussi dire une chose : quand je deviendrai maire de cette ville, je continuerai à marcher sur les lignes de piquetage avec les travailleurs dans les cinq arrondissements.
Je l’ai dit à plusieurs syndicats présents aujourd’hui : nous voulons créer une administration qui se caractérise par un soutien constant aux travailleurs à chaque étape. Et parfois, dans la lutte pour la décence et la dignité, la voix des travailleurs est étouffée. Et quand vous êtes le maire de New York, vous avez une plateforme — une plateforme pour dénoncer les centaines de violations des lois du travail commises par Starbucks, une plateforme pour dire que oui, nous célébrons le règlement historique de 28 millions obtenu par le DCWP, mais que nous nous engageons aussi à continuer de financer et de fournir la volonté politique nécessaire pour tenir ces entreprises responsables.
Avant de prendre une question, j’aimerais qu’on applaudisse les travailleurs de Starbucks eux-mêmes.

LA FOULE : [acclamations]

MAIRE ÉLU ZOHRAN MAMDANI  : Nous avons Kai Fritz à ma gauche, Noor Hayat à ma droite, et tant d’autres travailleurs qui nous inspirent chaque jour. Merci, avant même de commencer la période de questions.

AMY GOODMAN : Zohran, puis-je poser une question — beaucoup de travailleurs de cette ville sont des immigrants. Lorsque vous avez rencontré le président Trump, avez-vous obtenu une concession concernant les descentes d’ICE et leur non-intervention dans cette ville ? Puis j’ai une question pour Bernie Sanders : pensez-vous que si votre « Fight Club » réussit, avec d’autres sénateurs qui soutiennent votre mission pour remplacer le chef de la minorité Chuck Schumer, cela ouvrirait un espace pour des candidats progressistes qui représentent ce que vous défendez aujourd’hui ?

MAIRE ÉLU ZOHRAN MAMDANI : Lorsque j’ai rencontré le président, j’ai été très clair : ces descentes sont cruelles et inhumaines. Elles ne servent en rien la sécurité publique. Ma responsabilité est d’être le maire de chaque personne qui considère cette ville comme son foyer — et cela inclut des millions d’immigrants, dont je fais partie. Je suis fier d’être le premier maire immigrant de cette ville depuis des générations, et plus fier encore de vivre selon les idéaux symbolisés par la statue que nous avons dans notre port et par les valeurs que nous proclamons depuis longtemps, mais que nous avons trop souvent négligé d’enraciner dans nos pratiques quotidiennes. Voilà le maire que je serai.

SÉN. BERNIE SANDERS : Concernant ce que nous essayons de faire au Sénat, il n’est pas secret qu’il existe des divergences d’opinion au sein du caucus démocrate. Je suis indépendant, mais je caucuse avec les démocrates. Et cette différence s’est manifestée ici même, dans la récente élection municipale à New York.
À mes yeux, Zohran Mamdani a mené l’une des plus grandes campagnes de l’histoire moderne de ce pays. Il a commencé à 1 %, et il a gagné. Et comment a-t-il gagné ? Il a gagné en rassemblant des dizaines de milliers de bénévoles qui ont frappé aux portes. Il a gagné parce qu’il a eu le courage de parler des oligarques et de dire que lorsqu’il deviendrait maire, il se tiendrait aux côtés des travailleurs de Starbucks et de tous les travailleurs de cette ville.
Et ce que nous voyons aujourd’hui aux États-Unis, dans les courses au Congrès et au Sénat, c’est un nombre croissant de candidats qui se lèvent exactement comme Zohran l’a fait. Ils affirment que nous avons besoin d’une économie qui fonctionne pour tous ; que nous n’allons pas permettre aux milliardaires d’obtenir des cadeaux fiscaux tandis que des gens perdent leur assurance maladie ; que nous allons augmenter le salaire minimum pour en faire un salaire décent et non un salaire de misère ; que nous ne resterons pas le seul grand pays au monde à ne pas garantir la santé comme un droit humain. Et cela continue d’évoluer — et c’est une bonne chose. Nous avons l’appui de la base populaire du pays. Ce que Zohran a accompli inspire des gens partout aux États-Unis et dans le monde, et nous allons continuer dans cette direction.

AMY GOODMAN : C’était donc le sénateur Bernie Sanders et le maire élu de New York Zohran Mamdani, lundi, alors qu’ils rejoignaient les travailleurs de Starbucks en grève sur une ligne de piquetage à Brooklyn. Au rassemblement, je leur ai posé des questions, mais j’ai aussi parlé aux travailleurs et aux organisateurs sur la ligne.

GABRIEL PIERRE : Je m’appelle Gabriel Pierre. Je suis superviseur de quart à Bellmore, Long Island. Chez Starbucks, je supervise le plancher et je m’assure que les clients comme mes collègues sont bien servis. Nous sommes ici aujourd’hui pour lutter contre les pratiques de travail déloyales de l’entreprise, ainsi que pour les ramener à la table des négociations afin d’obtenir une convention collective juste.

AMY GOODMAN : Et ça ressemblerait à quoi ?

GABRIEL PIERRE : Cela voudrait dire mettre fin à leurs pratiques déloyales. Nous avons actuellement 400 poursuites ouvertes concernant des violations du travail, ainsi que 650 en attente, comprenant, entre autres, les horaires non garantis, la mauvaise gestion, la maltraitance de travailleurs trans et homosexuels, des salaires injustes et des heures non assurées. Starbucks n’a reconnu aucun syndicat dans aucun magasin en quatre ans d’organisation. C’est effrayant que cela n’ait toujours pas été fait, et nous espérons que cette mobilisation les ramènera à la table.

MELANIE KRUVELIS : Je m’appelle Melanie Kruvelis. Je suis organisatrice avec la DSA de New York. Je pense que c’est extrêmement fort d’avoir le maire ici aujourd’hui. Aujourd’hui même, les services municipaux ont récupéré des dizaines de millions de dollars pour des travailleurs de Starbucks à qui on avait refusé une rémunération équitable. Et dans un moment où les gens luttent pour nourrir leur famille ou acheter des cadeaux pour les fêtes, cela signifie beaucoup de reconnaître que ces travailleurs se battent tous les jours.

AMY GOODMAN : Vous pensez que les 104 000 bénévoles continueront à s’organiser ? Et que feront-ils ?

MELANIE KRUVELIS : Absolument. Le mouvement qui a mené Zohran à la victoire en novembre est puissant, et j’ai confiance que nous allons l’entretenir. Le fait qu’il y ait eu tant de monde ici aujourd’hui devant Starbucks est significatif. Il a mobilisé des gens à travers la ville et le pays. Je pense que cela nourrit l’espoir de beaucoup de gens qui en avaient peu cette année.

GABRIEL PIERRE  : Je pense qu’avoir Zoran Mamdani augmente beaucoup nos chances. Il est très progressiste et j’ai hâte de voir ce qu’il fera lors de son premier jour comme maire.

AMY GOODMAN : Des travailleurs et organisateurs de Starbucks sur la ligne de piquetage à Brooklyn lundi, où ils ont été rejoints par le sénateur Bernie Sanders et le maire élu de New York Zohran Mamdani.

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