Édition du 15 septembre 2026

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Québec

Campagne électorale : deux enjeux à ne pas négliger

Ces deux enjeux risquent fort de ne pas apparaitre dans les débats et les publications. Mais ils reflètent des façons de penser et d’envisager notre démocratie qui doivent donner à réfléchir.

16 août 2026, Alexandra Cyr

1- À la CAQ. Une conception restrictive de l’immigration a pris une tournure très inquiétante dans ce parti. Durant la course à la chefferie, Bernard Drainville a avancé la proposition qu’à l’avenir, sous prétexte d’économies, le droit des réfugiés.es d’inscrire leurs enfants dans les garderies serait aboli.

Il y a de quoi sursauter tant cette proposition est inacceptable du point de vue des droits humains et d’un point de vue pratique et financier. Elle obligerait un ou l’autre des parents ou le seul parent des familles monoparentales à ne pas travailler pour assurer la garde de leurs enfants. Qui y gagne ?

Mais aussi, cela rappelle l’horrible politique de la « Préférence nationale » du Front national, maintenant Rassemblement national en France reconnu comme un parti d’extrême droite même s’il s’en défend. Cette idée aurait pu « mourir au feuilleton  » comme on dit. Mais elle été répétée par le parti depuis le début des manœuvres électorales. Nous sommes dans une phase politique de droite et d’extrême droite partout dans le monde, nous le savons. Mais allons-nous tomber dans ces aberrations nous aussi ?

Il est bien possible que la CAQ/Équipe Fréchette n’accède pas au pouvoir cette année, mais qu’un parti, qui a été aux commandes depuis 8 ans, trainent ce genre de politique dans son bagage est extrêmement inquiétant. Et ce n’est pas seulement ce type de proposition malfaisante que la CAQ avance en matière d’immigration.

2- Au PQ : Ce parti est en passe de se rendre au pouvoir majoritaire ou minoritaire. Sa façon de traiter la lutte et l’accès à l’indépendance du Québec est tout sauf démocratique. Et ça dure depuis sa fondation. Le référendum n’est pas conçu comme un outil pour que la nation se prononce sur son avenir. Car ce n’est pas la nation qui propose un autre modèle constitutionnel pour le Québec, ce ne sont même pas les membres de l’Assemblée nationale qui le font, c’est le parti québécois. Bien sûr il a élaboré un projet, le sien, et il faudra que l’électorat absorbe ce contenu en à peine 5 semaines !

Un changement aussi fondamental ne peut se faire par-dessus la tête de la population dans son ensemble, électeurs-trices ou non. Car le P.Q. a toujours soutenu que la nation québécoise comprend tous ceux et toutes celles qui habitent sur le territoire. Correct ! Il devrait donc mettre son plan en discussions organisées auxquelles tous et toutes seraient invités à participer. Le plan initial serait modifié selon les observations les plus pertinentes qui ressortiraient de ces ateliers. Et c’est le résultat final qui serait soumis à une Assemblée constituante composée des représentants.es de tous les secteurs de la nation, économiques, politiques, communautaires etc. pour en tirer un projet de constitution soumis, à ce moment-là, au référendum populaire. C’est d’ailleurs, grosso-modo, ce que propose Québec Solidaire.

C’est un processus plus long et plus dangereux que l’habituelle manière de faire. Mais la démocratie en passe par là. Personne n’a le droit de s’accaparer le sort de la nation sans elle. Le processus démocratique est long, souvent pénible et difficile. Mais c’est une exigence minimale pour que le respect et l’adhésion aux résultats s’imposent. Il est aussi incertain ; on l’a vu dans d’autres pays où soit l’Assemblée constituante n’a pu aboutir à une proposition adoptée par tous ses membres et/ou la proposition de constitution a été rejetée par le vote populaire.

En démocratie, malgré le fétichisme qui entoure les élections générales, il faut plus que cela. Donc un vote pour qu’un parti mette en place la tenue d’un référendum sur un plan de séparation d’une nation avec une autre nation, à lui seul n’est pas vraiment démocratique. Espérons que Québec solidaire saura combattre sur ce terrain fondamental dans cette élection. Les « Nous ne le feront pas tant que D.Trump est au pouvoir aux États-Unis » « Nous le feront au moment opportun  » ne changent rien à la cause ; c’est le processus d’adhésion à l’indépendance de toute la population qui est en jeu.

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Alexandra Cyr

Retraitée. Ex-intervenante sociale principalement en milieu hospitalier et psychiatrie. Ex-militante syndicale, (CSN). Ex militante M.L. Actuellement : membre de Q.S., des Amis du Monde diplomatique (groupe de Montréal), animatrice avec Lire et faire lire, participante à l’établissement d’une coop. d’habitation inter-générationnelle dans Rosemont-Petite-Patrie à Montréal. Membre de la Banque d’échange communautaire de services (BECS) à Montréal.

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