Édition du 29 septembre 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections québécoises 2026

Campagne électorale, quelque observations et réflexions

Il est étonnant de voir l’alignement physique et matériel des partis dans cette campagne. Tous dans un autobus bien identifié, tous avec des tournées d’une certaine ampleur sauf les conservateurs de M. Duhaime et tous avec des points de presse ou conférences de presse à un moment donné de la journée et un slogan bien affiché.

Alexandra Cyr, 6 septembre 2026

Avant-propos

Même modèle sinon mêmes propos, avec annonces d’engagements, de promesses etc. et prises de bec en garniture.

Qu’est-ce qui nous vaut une telle uniformité dans la présentation ? Les exigences de diffusion ? Les réseaux sociaux ? Une même analyse du corps électoral qui serait plus accessible avec ce format ?

Il faut souligner le traitement tout aussi uniforme que fait Radio-Canada de la campagne. Cela à la vertu de rendre QS tout aussi visible que les autres partis malgré sa situation dans les sondages.

La CAQ-équipe Fréchette

Elle s’affiche avec M. Carney, participe aux annonces d’ouvertures de contrats venant du fédéral. Elle a commencé cela avant le déclenchement de la campagne : à Terre-Neuve-Labrador, à Lévis, à La Pocatière etc. Ce qui fait dire au P.Q. qu’il y a connivence entre les deux capitales, une connivence qui profiterait à la CAQ au pouvoir, qui se bat pour y demeurer minoritaire ou majoritaire peu importe, c’est le pouvoir qui compte.

Il faut comprendre que le nationalisme de la CAQ ne lui a jamais imposé de voir le fédéral, peu importe le parti au pouvoir, comme l’ennemi du Québec. Elle s’est toujours située comme la meilleure avocate des intérêts québécois auprès d’Ottawa et ailleurs au Canada. Comme le parti libéral d’ailleurs. Ce qui n’est pas le cas du P.Q. En proposant la séparation avec le Canada, il ne peut que le voir comme un adversaire sérieux, même un ennemi, l’ennemi à repousser en dehors de nos talles. D’où la réaction soupçonneuse de P. St-Pierre Plamondon. On peut l’excuser si on se rappelle le comportement du fédéral à l’égard de son parti depuis sa fondation pour ainsi dire et les lourdes infiltrations d’Ottawa dans le processus démocratique devant mener à l’indépendance. Mais, maintenant, avec ou sans les menaces Trump, le gouvernement Carney est-il aussi «  politique » ?

Dans les annonces et promesse, Mme Fréchette se farcit d’un milliard de dollars pour le soutien à domicile. Et une claque dans la face avec ça ? Il est révoltant d’entendre une telle prise de position quand son gouvernement, au pouvoir depuis 8 ans avec des majorités plus qu’écrasantes, n’a rien fait de sérieux dans ce domaine, que toute une partie de la population âgée et handicapée qui veut vivre chez-elle, n’arrive pas à avoir un minimum de services décents quand ce n’est pas rien du tout. Avec toute la souffrance que ça suppose pour les personnes à capacités amoindries et pour leur entourage, particulièrement les femmes proches aidantes. Soulignons que c’est au Québec que le taux d’hébergement est le plus élevé au pays.

Le P.Q.

Il semble bien que le fameux référendum soit reporté à des temps meilleurs, un jour ou l’autre. En tous cas après le départ de D. Trump du bureau ovale de la Maison blanche. Mais qu’est-ce que ça peut signifier ? Quel parti sera au pouvoir aux États-Unis dans deux ans ? Est-ce que les Démocrates seraient plus conciliants avec nous ? Et si c’était à nouveau les Républicains mais avec J.D.Vance à la présidence ? On peut penser que son programme serait proche de celui en vigueur en ce moment mais avec plus de sérieux, beaucoup mieux organisé et dirigé. Possiblement plus radical. Alors, à quand une consultation populaire sur l’avenir du Québec qui veuille dire quelque chose ?

En immigration, que des reculs, que des manières de discréditer les travailleurs.euses étrangers.ères quel que soit leur statut. Même manière de leur faire porter le poids des crises existantes pour lesquelles ils et elles ne jouent aucun rôle déterminant. C’est une position honteuse qui nourrit les préjugés, le rejet de l’autre, la haine raciale et empoisonne nos rapports sociaux. Construire un pays avec de tels handicaps dans son sac…..

Et ce parti ose en plus, mettre dans le débat la langue parlée à la maison par les immigrants.es, en déplorant que ce n’est pas le Français. Allons-nous arriver au point de vouloir surveiller à domicile, la langue qui s’y parle ? La Stasie ne faisait pas mieux ! Toutes les études un tant soit peu sérieuses, partout dans le monde ont démontré qu’il faut de deux à trois générations pour que l’usage courant de la langue d’origine s’atténue sérieusement. Est-ce qu’on peut imaginer la pression psychologique que soulèverait l’interdiction de s’exprimer dans une nouvelle langue dont on ne maitrise pas toutes les subtilités, qui ne permet pas d’exprimer justement des sentiments, de décrire des situations complexes ou chargées émotivement ? C’est pour cela qu’il y a des interprètes dans les tribunaux, les hôpitaux et autres lieux de services aux personnes.

Les conservateurs

Ils ont posé le diagnostic : tout va mal, le modèle Québec Inc est pourri à l’os, il faut tout défaire et tout refaire. Mais on ne nous dit pas vraiment comment cette opération de démolition-reconstruction peut se faire ni clairement quel en serait le résultat.

Il faut avoir peur de ce genre de parti qui, sans le dire vraiment, veut tout renvoyer aux entreprises privées sous prétexte de remettre de l’argent dans les poches des citoyens.nes. Mais, il faudra bien payer pour les services que l’État ne dispensera plus. Les plus riches le feront facilement, d’autres s’endetteront et le plus pauvres seront renvoyés.es à la charité. C’est une incitation à se priver de soins et prestations dans la foulée. Au Québec, la lutte pour les droits sociaux et médicaux et d’éducation a durée pendant des décennies avant et durant la Révolution tranquille. Les arguments contre étaient du même acabit à l’époque. Que valent des réductions d’impôt de quelques dollars par année si cela exige que vous achetiez vos services au prix fort. Et est-ce qu’on mesure les effets sur les individus et les familles de devoir s’en remettre à la charité ?

Leur catéchisme est la libéralisation des activités de production et des finances. On a compris. C’est une recette prônée depuis l’introduction du néo-libéralisme et de la mondialisation débridée, depuis le consensus de Washington. On voit ce que cela donne : des inégalités abyssales partout dans le monde, la crise du logement, des soins de santé etc. etc. C’est un programme qui enrichit à outrance les riches, appauvri d’autant les pauvres et mène la fameuse classe moyenne au dépérissement.

C’est dans ce contexte que le parti ose proposer de renvoyer les femmes à la maison !!! Cessons d’étendre les capacités des CPE et donnons 100$ par semaine au parent qui restera à la maison pour garder ses enfants. Or, dans notre régime d’inégalités, ce sont les femmes qui, gagnant moins que leurs conjoints, seront assignée à cette tâche. Quel bonheur ! Alors qu’il est démontré depuis longtemps que la garde des enfants dans des milieux compétents et sécuritaires sont bénéfiques aux mère de famille qui peuvent gagner un peu plus d’indépendance financière et sociale, bénéfices qui les suivent toute leur vie. Leurs revenus à la cinquantaine sont 20% plus élevés que les autres femmes hors travail, nous révélait une étude récente.

Et rien n’est dit des bienfaits pour les enfants, eux-aussi démontrés depuis longtemps. Les apprentissages liés à la fréquentation de milieux éducatifs où on doit vivre avec des inconnus.es, socialiser, développer des habitudes et des attitudes respectueuses et positives, des aptitudes qui persisteront toute la vie, sont sans comparaison. Le meilleur cocon familial n’apporte pas cela.

Conclusion

Les élections libres sont une institution fondamentale dans nos sociétés démocratiques, malgré toutes les lacunes qui peuvent persister. Mais, il faut être lucides : nous vivons dans une société capitaliste qui encadre les actions et décisions de nos gouvernements. Parfois sévèrement. Ceux et celles qui veulent nous représenter, former le gouvernement à la fin du processus électoral, deviennent les administrateurs.trices dans ce système. L’itinérance par exemple, n’est pas le fait des itinérants.es c’est celle de système. Mais les gouvernements successifs, à tous les niveaux, n’ont pas pu/su, jusqu’ici, contraindre les capitalistes à agir, entre autre, en faveur du logement pour tous et toutes. Il faudra donc, que nos élus.es naviguent en tenant compte des intérêts des entreprises, surtout les grandes, en déterminant la position la plus favorable malgré tout pour la population dans son ensemble ou pour des segments plus précis.

La base de l’existence du capitalisme est l’accumulation, le profit. La demande fondamentale des capitalistes est donc de pouvoir exploiter tout ce qui est exploitable à souhait sans entrave : territoires, ressources naturelles, populations, travailleurs.euses. Il arrive qu’étant donné l’objectif, il soit avantageux d’accorder des droits, des avantages par ailleurs revendiqués de haute lutte et souvent pendant des périodes très longues. Il faut savoir repérer ces conjonctures, les utiliser pour faire progresser toute la société sans exception.

C’est la tâche que nous confions à ceux et celles que nous élirons à la fin du cycle. Elle est énorme.

Québec Solidaire s’est présenté dans l’actuelle campagne comme un parti de pouvoir. Il agit comme les autres en parlant de son programme de gouvernement. C’est un peu osé si on s’en remet aux résultats des sondages successifs, mais de bonne guerre. Il est temps, de sortir de cette fiction et d’admettre la réalité : il restera un parti d’opposition, et le seul parti d’opposition de gauche, ce n’est pas rien. L’expérience nous montre la qualité d’opposition qu’il a pu exercer. C’est précieux et indispensable dans notre démocratie. Les candidats.es de QS ont le talent de cerner les enjeux prioritaires, de les faire valoir et de proposer des réponses intelligentes et réalistes. Il ne faut pas perdre ces atouts.

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Alexandra Cyr

Retraitée. Ex-intervenante sociale principalement en milieu hospitalier et psychiatrie. Ex-militante syndicale, (CSN). Ex militante M.L. Actuellement : membre de Q.S., des Amis du Monde diplomatique (groupe de Montréal), animatrice avec Lire et faire lire, participante à l’établissement d’une coop. d’habitation inter-générationnelle dans Rosemont-Petite-Patrie à Montréal. Membre de la Banque d’échange communautaire de services (BECS) à Montréal.

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