Édition du 29 septembre 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Arts culture et société

Céline Dion à Paris : peut-on encore se permettre une telle gabegie écologique ?

La série de concerts de Céline Dion à Nanterre draine des centaines de milliers de personnes, certaines traversant la planète pour y assister. Au point que cette résidence s’avère plus polluante que les tournées mondiales.

Tiré de Reporterre.

Encore seize soirs… Samedi 12 septembre commence la résidence de Céline Dion à la Plenitude Arena de Nanterre (Hauts-de-Seine). Pas de tournée mondiale pour l’artiste québécoise, qui préfère se produire jusqu’au 17 octobre dans la plus grande salle de spectacle d’Europe. En tout, ce sont près de 528 000 personnes — dont environ un tiers viennent de l’étranger — qui vont se déplacer pour profiter des concerts des prochaines semaines, avant que la chanteuse canadienne ne revienne pour dix autres dates en mai 2027.

Cette série de spectacles représente entre 333 000 et 466 500 tonnes d’équivalent CO2, d’après une étude du cabinet de conseil Greenly, une tonne équivalant à un trajet Paris-New York en avion. Elle incarne la nouvelle tendance des résidences, plus polluantes encore que des tournées mondiales.

Mais, pourquoi Céline Dion se limite-t-elle à Paris ? Pour Rémy Knafou, géographe et auteur de l’essai Hypertourisme. Le tourisme à l’épreuve de sa démesure (éd. du Faubourg, mars 2026), « Paris est devenu un produit dérivé pour la chanteuse ». En effet, toute la campagne de promotion de sa résidence a été faite au cœur de la capitale française. La tour Eiffel a par exemple été privatisée pour annoncer qu’elle était prête à reprendre la scène après six années sans tournée, entrecoupées par sa prestation marquante lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris.

Elle donnera donc tous ses concerts en région parisienne et des centaines de milliers de personnes venues du monde entier afflueront pour la voir. Ce séjour prolongé à Paris est justifié par des raisons de santé, la chanteuse de 58 ans souffrant depuis plusieurs années du syndrome de la personne raide [1]. Elle doit ainsi mieux récupérer entre chaque représentation.

Explosion des déplacements en avion

Les résidences similaires de chanteurs ne sont pas rares, au contraire, elles sont de plus en plus privilégiées : Adele a fait construire un stade provisoire pour 10 dates à Munich en 2024 — ses seules en Europe lors de cette tournée —, quand la tournée étasunienne de Harry Styles en 2026 se résumera à 30 concerts à New York. « Le principe de résidence transforme le rapport aux concerts. Ce ne sont plus les artistes qui se déplacent, mais le public qui converge vers les artistes, créant une forte concentration de flux », dit Rémy Knafou.

Et c’est un problème. Selon une étude sur le volet environnemental de la tournée mondiale de Taylor Swift publiée en avril 2024 par Greenly, le déplacement des spectateurs représente un coût exponentiel. En Océanie, l’artiste la plus écoutée au monde s’est produite seulement à Melbourne et à Sydney. « La demande de vols vers ces destinations est devenue telle qu’Air New Zealand a pris la décision de proposer plus de liaisons entre la Nouvelle-Zélande et l’Australie, spécifiquement à l’occasion de ces dates », note le rapport.

« Ces mégaconcerts en résidence sont le symbole de l’hypertourisme »

« Aujourd’hui, ces mégaconcerts en résidence sont le symbole de l’hypertourisme, constate Rémy Knafou. Les artistes encouragent leurs fans à voyager, parfois à l’autre bout du globe. C’est une aberration de faire circuler autant de public. Alors oui, il y aura des conséquences positives pour le milieu de l’hôtellerie ou de la restauration, mais au grand dam de l’écologie. »

« Il est moins coûteux sur le plan environnemental de faire déplacer les artistes et leurs équipes que de faire voyager tout un public », rappelle le géographe. Greenly explique en effet que l’empreinte carbone du public écrase à « elle seule toutes les économies combinées [de la résidence] ». Les tournées mondiales habituelles sont toutefois elles aussi polluantes, le transport des équipes, de leur matériel et des décors représentant d’importantes émissions de gaz à effet de serre, tout comme le déplacement des spectateurs vers les salles de concert, bien que moins lointain.

Rêver moins grand

Dans son rapport sur les défis liés à la musique live dans les villes européennes, publié en février 2025, la manageuse artistique Cécile Moroux évoque une alternative possible face à l’explosion des mégaconcerts : le retour aux salles de concert de petite et moyenne taille. « Ces espaces plus modestes offrent un cadre à taille humaine. Cette approche favorise non seulement des pratiques respectueuses de l’environnement, mais offre également une alternative face au gigantisme de l’industrie du divertissement », développe-t-elle.

Si les résidences rapportent beaucoup plus d’argent que les tournées classiques, « ce modèle économique est irresponsable, il faut en venir à bout », affirme Rémy Knafou. Pour Greenly, ce système remet surtout « le calcul climatique entre les mains de celles et ceux qui choisissent de venir de loin pour assister à l’événement, ou de s’en priver », déresponsabilisant ainsi les promoteurs de ces spectacles gigantesques.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Arts culture et société

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...

Abonnez-vous à la lettre