14 décembre 2025 | tiré de révolution permanente
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Le triomphe électoral de Kast est indéniable, mais la crise organique que traverse le Chili ne s’arrête pas pour autant. Le programme d’austérité, de coupes budgétaires dans l’État et d’attaques contre les travailleurs porté par le président élu nécessitera des offensives majeures pour être appliqué. Cela ne signifie pas qu’il dispose d’une force sans limites, et Kast le sait. C’est pourquoi il a tenté, après l’élection, d’adopter un discours « modéré », cherchant à masquer son véritable programme. Pour l’imposer, il devra affronter et vaincre des secteurs clés comme le mouvement ouvrier et le mouvement étudiant.
Face à ce scénario, il est indispensable d’organiser la résistance dans les lieux de travail et d’étude afin de faire front contre ce programme d’attaques, en tirant les leçons fondamentales des quatre années de gouvernement Boric, durant lesquelles la passivité imposée a permis l’avancée de l’extrême droite. Les grèves générales en Italie et au Portugal montrent la voie.
Les résultats
José Antonio Kast a été élu avec 7 240 006 voix, soit 58,17 %. La candidate Jeannette Jara a obtenu 41,83 % des voix, soit 5 205 791 suffrages.
Le patronat a célébré cette victoire. Le président de la National Multi-Guild, Juan Pablo Swett, a affirmé sa disponibilité à collaborer avec la nouvelle administration. De son côté, la présidente du lobby de l’industrie salmonicole, Loreto Seguel, a exprimé son soutien au futur gouvernement et sa volonté de travailler en étroite collaboration. « Le nouveau gouvernement fait face au défi de mener une politique d’État pour l’industrie du saumon, afin de permettre son développement durable », a-t-elle déclaré.
La victoire de Kast s’inscrit dans la progression mondiale de l’extrême droite. Le dirigeant républicain revendique Giorgia Meloni comme référence internationale et, en Amérique latine, il s’alignera sur des gouvernements d’extrême droite comme celui de Javier Milei, qui l’a déjà félicité sur le réseau social X, ou celui de Daniel Noboa en Équateur. Tous sont subordonnés à la ligne politique de Donald Trump, principal représentant international de l’impérialisme américain, qui a relancé une offensive accrue contre l’Amérique latine, notamment par des attaques contre le Venezuela et des menaces d’interventions militaires, remettant au goût du jour la doctrine Monroe, qui considère le continent comme une arrière-cour.
Kast a axé sa campagne sur des mesures autoritaires au nom de la sécurité, sur des attaques contre les populations migrantes et sur des coupes dans le secteur public. Mais ce résultat électoral ne peut être compris sans analyser le bilan du gouvernement de Gabriel Boric : la mise en veille des mouvements sociaux, des travailleurs et de la jeunesse, avec la complicité des directions syndicales et des organisations sociales, qui ont préféré se constituer en base de soutien du gouvernement plutôt que de renforcer l’organisation par en bas. À cela s’ajoutent des revirements permanents et des renoncements programmatiques qui ont démoralisé sa base sociale et favorisé l’ascension de l’extrême droite.
Un gouvernement arrivé au pouvoir en promettant de profondes transformations sociales, en faisant campagne contre les AFP et les ISAPRES, et en affirmant vouloir « arrêter le fascisme », s’est finalement transformé en coalition avec l’ancienne Concertación. Il a sauvé les ISAPRES, mis en œuvre une réforme des retraites qui a revitalisé les AFP, renforcé l’appareil répressif de l’État avec un nombre historiquement élevé de prisonniers politiques mapuches, militarisé le Wallmapu et cédé des secteurs clés de l’économie et de la sécurité à l’agenda d’une droite enhardie.
Cette orientation s’est encore renforcée durant la campagne de Jeannette Jara, qui, pour le second tour, a confié la direction de son équipe à des figures historiques de la Concertación telles que Carlos Ominami, Francisco Vidal ou Paulina Vodanovic, largement rejetées par la majorité de la population.
Première déclaration de Jara : un discours tourné vers une opposition « institutionnelle »
Jeannette Jara a rapidement reconnu sa défaite en appelant à l’unité et à la défense des accords transversaux, se positionnant dans une opposition « constructive et respectueuse ». Elle a ainsi confirmé la continuité de la politique de compromis avec la droite menée par le gouvernement Boric, en appelant à la construction d’une opposition dite « propositionnelle ».
Gabriel Boric a téléphoné à Kast près d’une heure après l’annonce officielle des résultats par le Servel, appelant à l’unité nationale. Il a affirmé être fier de la démocratie chilienne et s’est dit entièrement disponible pour accompagner la transition du pouvoir « dans le respect des valeurs républicaines », annonçant une rencontre avec le président élu dès le lendemain.
Kast : un premier discours tourné vers le « centre » pour masquer son véritable programme
Dans son discours d’après-élection, Kast a multiplié les signaux en direction du « centre politique », saluant l’ancienne Concertación ainsi que les ex-présidents Frei, Lagos et Bachelet, allant jusqu’à adresser un salut à Jara. Il a centré son propos sur l’idée d’un « gouvernement d’urgence » pour rétablir l’ordre et la croissance, cherchant à se présenter comme le président de « tous les Chiliens » et à promouvoir un discours d’unité nationale.
Cependant, il a d’ores et déjà annoncé que 2026 serait une « année difficile, très difficile », en raison de l’état des finances publiques, préparant ainsi le terrain aux ajustements budgétaires et aux attaques sociales à venir. Son programme réel signifie davantage de souffrances pour la classe ouvrière et les secteurs opprimés, comme l’illustrent ses menaces contre les enseignants et son affirmation selon laquelle « l’idéologie doit disparaître des universités ».
Contre la peur et la résignation : renforcer l’organisation collective par en bas pour affronter l’extrême droite
Ce résultat électoral donnera à Kast la confiance nécessaire pour tenter d’imposer son programme antisocial et hostile aux majorités. Mais son gouvernement sera traversé de contradictions. Il est indispensable que les grandes centrales syndicales, comme la CUT, et les organisations étudiantes, telles que la CONFECH, appellent à faire face à chaque attaque et élaborent un véritable plan de lutte, rompant avec des années de passivité.
Plus largement, la crise organique et institutionnelle demeure ouverte au Chili, dans un contexte international particulièrement instable : crise de l’hégémonie américaine, intensification des rivalités entre grandes puissances, ralentissement économique, et phénomènes barbares comme le génocide en cours en Palestine ou la guerre en Ukraine.
Ces dynamiques exercent une pression directe sur le Chili, économie ouverte et fortement dépendante des fluctuations internationales et des tensions sino-américaines dans la région. Par ailleurs, le Congrès sera plus fragmenté que jamais, sans majorité absolue pour aucun bloc.
Mais un élément fondamental de la situation internationale réside dans l’irruption de nouveaux processus de lutte de classes : les grèves ouvrières en Italie, en solidarité avec la Palestine et contre l’économie de guerre et l’austerité, qui ont affronté frontalement le gouvernement Meloni — référence de Kast —, la grève au Portugal qui a mis en difficulté un gouvernement de droite, ou encore les mobilisations massives contre Trump aux États-Unis. Face à l’avancée de Kast, il est essentiel de ne pas céder à la résignation et de s’inspirer de ces exemples.
Au Chili, la force sociale pour affronter l’extrême droite existe. L’histoire récente l’a démontré : les mobilisations étudiantes de 2011 sous le gouvernement Piñera ont imposé le débat sur l’éducation gratuite ; les mobilisations pour No + AFP et le mouvement féministe ont révélé un immense potentiel de lutte ; la révolte populaire a, elle aussi, mis en lumière la puissance de la mobilisation de masse. Il est crucial de tirer les leçons de ces expériences pour revenir plus forts.
À partir d’aujourd’hui, il est nécessaire de renforcer l’organisation à la base, en s’inspirant des grèves européennes, des luttes au Pérou, en Asie ou en Équateur, qui ont su résister aux offensives des gouvernements capitalistes. Il faut rompre avec la passivité imposée sous le gouvernement Boric, renouer avec l’organisation collective, coordonner les luttes en cours, construire la plus large unité autour de causes communes — comme celle de Julia Chuñil ou la solidarité avec la Palestine — et renforcer le mouvement étudiant, le mouvement féministe et le mouvement ouvrier.
Pour cela, une indépendance politique totale vis-à-vis du gouvernement Boric est indispensable. L’indépendance de classe est la leçon centrale de ces quatre années, au cours desquelles Boric a gouverné dans la continuité de l’ancienne Concertación. Nous ne pouvons pas croire que des négociations au sommet, des manœuvres parlementaires à l’écart du peuple ou des accords avec la droite et le patronat permettront d’arrêter le gouvernement Kast.
La voie de la mobilisation, de l’organisation et de l’indépendance politique est la seule capable d’initier la résistance à l’extrême droite. Cette tâche s’impose dès aujourd’hui. Nous mettons à disposition les ressources et la portée de notre organisation pour y contribuer.
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