L’art de la fausse générosité
Lionel Astruc
Un livre à lire que j’ai dévoré et dont je ne saurais trop recommander la lecture… Un livre à lire absolument, en fait ! Comme l’explique le bouquin, la sombre image de Bill Gates subit une métamorphose au début des années 2000 : cet emblème de l’accumulation de richesses devient, aux yeux des médias, le plus grand donateur planétaire, une icône de la générosité. Cette communication millimétrée cache pourtant une histoire effrayante et un mouvement qui se répand parmi les super-riches : le « philanthrocapitalisme ». Cette stratégie associe l’évitement fiscal et la fausse charité et transforme la fortune de quelques milliardaires en pouvoir. Ceux-ci empiètent ainsi sur le rôle des États et menacent la « démocratie ». La Fondation Gates incarne ce « charity business ». Elle est au centre d’un montage au service de multinationales nocives pour l’environnement, la santé et la justice sociale. Ce récit d’investigation en apporte la démonstration en suivant, depuis leur source, les flux financiers qui alimentent des actions dites « caritatives ». Le long de ce fleuve, chacun des affluents apporte son lot de paradis fiscaux, de conflits d’intérêts, de pratiques illicites et finalement d’emprise sur des enjeux vitaux. Le trust de la Fondation Gates finance les OGM, l’armement, les énergies fossiles, la grande distribution et les laboratoires pharmaceutiques. L’ensemble sert la vision de Bill Gates, qui voue un culte à la technologie comme solution à la crise écologique, nourrit une obsession pour les vaccins et méprise l’agroécologie et les médecines naturelles. Sachons distinguer, derrière ce savant Mécano financier, sa simplicité : il nous dépossède des ressources et des pouvoirs qui nous appartiennent. Que l’État cesse de se plier aux pratiques d’une poignée de multimilliardaires et protège enfin les citoyens et la planète !
Extrait :
En effet, l’argent versé à la Fondation n’est pas utilisé directement : il est d’abord investi par son trust (son fonds d’investissement). L’argent que la Fondation consacre à son activité caritative provient donc des investissements faits par le trust dans des entreprises. En d’autres termes, le trust gère les actifs de la dotation et investit dans des entreprises, tandis que la Fondation distribue les dividendes réalisés aux projets subventionnés. Or, les entreprises qui font fructifier l’argent de la Fondation contribuent largement à la pauvreté, à l’injustice sociale et économique dans le monde. Elles sont pour la plupart extrêmement critiquées pour leur participation aux violations des droits humains, du travail et de l’environnement, et à l’évitement fiscal.
Peau noire, masques blancs
Frantz Fanon
Il y a longtemps que je voulais lire Fanon, ce grand psychiatre et essayiste, mort jeune en 1961, dont l’œuvre sur le colonialisme fait depuis référence. J’ai entrepris de le lire intégralement, de façon chronologique, plutôt que de m’attaquer tout de suite à son œuvre la plus connue, « Les damnés de la terre ». Bien qu’assez théorique, « Peau noire, masques blancs » est une fort intéressante analyse psychologique de ce que le colonialisme nous a légué. Ce qui s’applique entre noirs et blancs dans le contexte racial et colonialiste, s’applique aussi, nous en prenons conscience à la lecture du livre, entre plusieurs autres groupes.
Extrait :
Je suis un homme, et c’est tout le passé du monde que j’ai à reprendre. Je ne suis pas seulement responsable de la révolte de Saint-Domingue.
Chaque fois qu’un homme a fait triompher la dignité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte.
En aucune façon je ne dois tirer du passé des peuples de couleur ma vocation originelle.
Je voulais vivre
Adélaïde de Cermont-Tonnerre
Ce roman s’est mérité le dernier prix Renaudot. Il nous raconte, sous un angle nouveau, la vie de Milady, personnage féminin du roman « Les Trois Mousquetaires » d’Alexandre Dumas, représentée, dans ce classique, comme une espionne au service du cardinal de Richelieu, une manipulatrice, une séductrice et une meurtrière. Dumas en avait fait sans ménagement l’ennemie des mousquetaires et une femme fatale. Un peu moins de deux cents ans plus tard, Adélaïde de Clermont-Tonnerre s’emploie à la réhabiliter, en imaginant sa vie de femme depuis ses origines, ses écueils et son courage, dans un monde d’hommes, tant au niveau des personnages que de la littérature elle-même. Un très bon roman, assurément, pour ceux qui raffolent des romans de cape et d’épée.
Extrait :
Je contemplai un instant les fenêtres illuminées du château. Cette illusion de noblesse et de grandeur me fit soudain horreur parce que je savais, moi, qu’elle était bâtie sur les espoirs brisés et le corps martyrisé des femmes de notre famille.
Politique de la passion
Norman Bethune
Traduit de l’anglais
J’ai lu ces lettres et autres écrits de Norman Bethune avec beaucoup de plaisir. Bethune est une grande figure de notre médecine et un authentique révolutionnaire. On lui doit d’importantes avancées dans la lutte contre la tuberculose, dont il fut lui-même atteint, en chirurgie et en médecine sociale, ce qui devait, pour notre bonheur, aboutir à nos systèmes d’assurance-maladie. Anti-impérialiste, il s’est engagé avec détermination dans la lutte antifasciste en Espagne et dans la révolution chinoise. Un grand homme, vraiment !
Extrait :
La gare s’appelait Goasi. Nous y avons passé la journée pendant que notre commandant, le major Li, négociait avec les habitants du village le déchargement du riz et son transport en charrette sur 320 kilomètres jusqu’à notre point de départ, sur le fleuve Jaune. Belle journée chaude. Étendus au soleil, nous regardions la voie ferrée en direction nord, nous attendant à chaque instant à voir surgir les Japonais au détour du virage. Aucun soldat, personne sauf une centaine de blessés marchant sur la voie. Nous avons 400 sacs de riz – un trésor. Il ne faut pas qu’il tombe aux mains de l’ennemi. Nous avons marché jusqu’au village tout proche. Tous ses habitants ont fui sauf quelques vieillards.
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