Le courage et la joie
Catherine Dorion
Catherine Dorion ne prend pas à la légère la montée du fascisme chez nos voisins du Sud. Dans un style fluide, d’une lecture agréable, cet essai nous décrit la dangerosité de ce fascisme, que nous prenons encore trop à la légère, et l’importance de recréer des liens réels entre individus pour y résister. Sous forme de chroniques écrites l’an dernier, avec des retours en arrière tirés de souvenirs de famille et de nombreuses lectures, elle nous rappelle ce qu’a été le fascisme au cours du dernier siècle, sous Hitler, Staline, Pinochet et d’autres, et sa similitude avec les dérives autoritaires de Donald Trump. S’il m’est arrivé de tiquer sur quelques réalités historiques liées à la Deuxième Guerre mondiale, cet ouvrage n’en demeure pas moins un ouvrage brillant et instructif, éclairant et lucide, dont je ne peux faire autrement que de vous recommander la lecture.
Extrait :
J’ai repensé à mon aïeul Henri Malherbe, qui a subi des mois d’interrogatoires brutaux dans une prison obscure de Leningrad avant de fuir l’URSS. Il a été obsédé tout le reste de sa vie par un tableau du grand peintre russe Ilya Répine, intitulé Le visiteur inattendu, qui représente un ex-condamné, épuisé et sale, au moment où il pénètre dans sa maison à son retour d’exil. Il y est accueilli par des membres de sa famille interloqués - dérangés - par ce retour, eux qui ne l’attendaient plus et aux yeux desquels il était mort et enterré. Henri, qui avait réussi à ensevelir au fond de lui ses souvenirs de prison, a cependant voué toute sa vie un culte presque masochiste à ce tableau dont il collectionnait les reproductions. La crainte fondamentale de ne plus faire partie l’avait peut-être marqué plus profondément que celle de la mort.
La ligne de parti au Québec
Alexandre Dumas
J’ai vraiment beaucoup aimé cet essai. Il retrace l’histoire du Québec de 1867 à la fin du premier mandat de Legault en fonction de la ligne de parti, cette discipline voulant que les députés d’un même parti votent toujours en bloc en ne contredisant pas les positions officielles du parti. Inexistante au tout début, alors que conservateurs et libéraux se partageaient le pouvoir à tour de rôle, la ligne de parti s’est réellement imposée à partir de Duplessis, puis de Godbout, pour devenir en quelque sorte la norme de nos jours. Vous en apprendrez probablement beaucoup à la fois sur notre système représentatif et sur notre histoire.
Extrait :
Si un chef devait être désigné comme le principal artisan de la ligne de parti telle qu’on la connaît aujourd’hui au Québec, ce chef serait Maurice Duplessis. Joseph-Adolphe Chapleau et Omer Gouin ont fait certains efforts, mais n’ont jamais exigé une unanimité aussi absolue que celle qui caractérisera celle du « cheuf ». Sous Duplessis, la dissidence n’est plus permise. C’est un état de fait qu’on constate dès son arrivée en chambre comme chef de l’opposition.
Le Dernier Jour d’un condamné
Victor Hugo
Un homme, dont on ne connaît ni le nom ni le crime, est condamné à mort. Il rédige sous forme de journal, pendant les vingt-quatre dernières heures de sa vie, tout ce qu’il a vécu de l’extérieur et de l’intérieur depuis le verdict de son procès survenu six semaines plus tôt. Les détails de sa détention, de ses déplacements et de ses communications avec les représentants de la justice s’entremêlent avec les souvenirs de sa petite fille et de sa femme et d’autres souvenirs plus anciens. « Le Dernier Jour d’un condamné » est un roman plein d’éloquence et un vibrant réquisitoire contre la peine capitale.
Extrait :
Eh ! qu’est-ce donc que cette agonie de six semaines et ce râle de tout un jour ? Qu’est-ce que les angoisses de cette journée irréparable, qui s’écoule si lentement et si vite ? Qu’est-ce que cette échelle de tortures qui aboutit à l’échafaud ?
Un Français au Royaume des bestes sauvages
Paul Lejeune
Les Relations des jésuites sont probablement les plus importantes sources d’information que nous ayons sur les peuples autochtones et l’histoire de la Nouvelle-France au XVIIe siècle. Elles ont été écrites par des missionnaires de la Compagnie de Jésus de 1616 à 1672. L’une des plus intéressantes d’entre elles est probablement celle du révérend père Paul Lejeune, qui nous relate son périple avec une vingtaine de Montagnais (aujourd’hui Innus) pendant la chasse d’hiver de 1633 à 1634. Écrite dans le français de l’époque, elle nous décrit bien l’état précaire de ce peuple autochtone à l’arrivée des Européens. Les relations entre ce missionnaire, voulant les évangéliser, et les Montagnais l’ayant pris sous leurs ailes, avec leurs us et coutumes, souvent empreintes d’incompréhensions, sont parfois drôles, mais pour l’essentiel pleines d’humanité. Une très belle immersion dans ce monde lointain qui fut le nôtre.
Extrait :
J’ai déjà mandé que les Sauvages croyoient qu’un certain nommé Atahocam avait créé le monde et qu’un nommé Messou l’avait réparé. J’ai interrogé là dessus ce fameux Sorcier et ce vieillard, avec lesquels j’ai passé l’hiver ; ils m’ont respondu qu’ils ne sçavoient pas qui estoit le premier Autheur du monde, que c’estoit peut estre Atahocam, mais que cela n’estoit pas certain, qu’ils ne parloient d’Atahocam que comme on parle d’une chose si esloignée qu’on n’en peut tirer aucune asseurance, et défait le mot Nitatahokan en leur langue signifie, je raconte une fable, je dis un vieux conte fait à plaisir.
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