L’an V de la révolution algérienne
Frantz Fanon
Il y a longtemps que je voulais lire Frantz Fanon. J’ai entrepris de le lire intégralement, de façon chronologique, plutôt que de m’attaquer d’abord à son œuvre la plus connue et la plus citée, « Les damnés de la terre ». « L’an V de la révolution algérienne », son deuxième ouvrage après « Peau noire, masques blancs », analyse en profondeur la transformation qui s’opérait au sein du peuple algérien engagé dans la révolution. Il nous fait découvrir le caractère cruel et déshumanisant du colonialisme et le courage et la détermination des révolutionnaires et du peuple algériens. Contrairement à son premier ouvrage, il est d’une lecture facile et agréable. Fanon est mort d’une leucémie en 1961. Il ne connaîtra pas la libération et l’indépendance de l’Algérie – après 132 ans d’occupation française – le 5 juillet 1962.
Extrait :
Le colonialisme français n’a voulu autre chose depuis 1954, que casser la volonté du peuple, briser sa résistance, liquider ses espoirs. Il n’a reculé depuis cinq ans devant aucun radicalisme, ni celui de la terreur ni celui de la torture. En brassant ces hommes et ces femmes, le colonialisme les a regroupés sous un même signe. Également victimes d’une même tyrannie, identifiant simultanément un ennemi unique, le peuple objectivement dispersé, réalise son unité et fonde dans la souffrance une communauté spirituelle qui constitue le bastion le plus solide de la révolution algérienne.
Deux hommes de bien
Arturo Pérez-Reverte
Traduit de l’espagnol
C’était mon deuxième roman de Pérez-Reverte et je l’ai bien aimé lui aussi. Nous sommes à la fin du XVIIIe siècle. Deux membres de l’Académie royale d’Espagne – deux hommes de bien – sont mandatés pour se rendre à Paris et en rapporter les 28 tomes de l’Encyclopédie, alors interdite dans leur pays. Le bibliothécaire don Hermógenes Molina et l’amiral don Pedro Zárate, entreprennent ainsi de Madrid à Paris un long voyage semé de dangers. Par des routes infestées de brigands, faisant halte dans des auberges inconfortables, les deux académiciens arrivent à Paris, où ils découvrent avec étonnement les rues de la capitale française, ses salons, ses cafés, ses librairies, ses mœurs libertines et ses agitations politiques…
Extrait :
Tous font de même. Le bruit des roues de la berline devient plus sec en roulant sur le pavé d’une rue qui a l’air d’être l’artère principale de l’endroit ; le couchant, qui passe du rouge au noir, est oblitéré par d’épais nuages au-dessus des toits des maisons proches. La localité de moyenne importance compte deux ou trois mille foyers, deux convents et quelques tours d’églises. Sur la place où la voiture fait halte, il y a un gîte d’étape et une auberge d’apparence correcte devant laquelle descendent les voyageurs qui s’étirent, pendant que le cocher décharge les bagages. Tandis que don Hermógenes accompagne la veuve Quiroga, le lieutenant et don Pedro se dirigent vers la mairie pour signaler la tentative de détroussement subie dans la rouvraie. Quand ils en ressortent, il fait nuit. Tout en marchant sous les arcades en direction de la lanterne qui signale la porte de l’auberge, seul éclairage des environs, le jeune officier et l’académicien croisent un cavalier solitaire, drapé d’ombre, qui traverse la place au pas en laissant flotter la rêne sur le cou de sa monture.
Les égarés
Frédérick Tristan
« Les égarés » est un roman entraînant qui se déroule avant la Seconde guerre mondiale et qui soulève la question de la fausseté de l’image publique, puis celle de la solitude des hommes. Jonathan Varlet cherche à se donner une identité propre au sein de son monde instable. Charismatique et sociable, il se crée un personnage à la mesure de son ambition en signant l’œuvre d’un ami écrivain. Cette œuvre lui permettra, en partie grâce à sa personnalité, d’obtenir le Prix Nobel de littérature. Mais une telle fiction, une telle tromperie, peut-elle assouvir ?
Extrait :
Qu’importe le boitement du monde pourvu qu’à travers les pires ténèbres, il ne cesse de marcher vers la lumière. Puis-je l’écrire ? Nous sommes prédestinés pour le bonheur. Tandis que tout prouve le contraire, j’ose penser que nous sommes prédestinés pour le bonheur. Alors que des millions d’hommes meurent et vont mourir dans la honte et le mépris, voici la seule chance de survie qui nous reste : tendre une main de refus et d’affirmation face aux fusils qui nous visent et répéter jusqu’au dernier souffle, fût-ce sous la torture, que l’homme est prédestiné pour le bonheur.
Ron Hubbard : Le gourou démasqué
Russell Miller
Traduit de l’anglais
Ce bouquin de Russell Miller fait autorité depuis sa première publication il y a une trentaine d’années pour ce qui est de dénoncer cette secte qu’est l’« Église de scientologie » et son fondateur Ron Hubbard. Je ne saurais trop en recommander la lecture à ceux qui s’intéressent aux sectes de toutes sortes et probablement aussi, dans ce cas, à la plus puissante et à la plus pernicieuse d’entre elles. Comme le résume l’éditeur, faux journaliste, explorateur mythomane, aventurier pour revues populaires, Ron Hubbard possédait un aplomb, un magnétisme, une puissance de conviction qui, en dépit de ses mensonges les plus éhontés, finissaient souvent par impressionner ses interlocuteurs. Auteur de romans de science-fiction, il élabore une méthode pseudo-analytique, la « dianétique », et en fait une « religion ». Le mythomane, devenu gourou, multiplie alors les voyages, les livres, les conférences. La scientologie s’affirme depuis comme une secte puissante et riche qui ne lésine pas sur les moyens et dont le principal porte-parole, entièrement embrigadé, n’est nul autre que l’acteur américain Tom Cruise.
Extrait :
Il pouvait se permettre de telles largesses, comme Kima Douglas allait bientôt le constater : « Pendant que nous étions aux Bahamas, nous avons appris je ne sais comment que la Suisse allait changer son régime fiscal d’une manière susceptible d’affecter l’argent que nous avions là-bas. Le vieux en a perdu la tête. En l’entendant hurler, je suis accourue et je l’ai trouvé qui arpentait sa cabine en criant à tue-tête : "Vous ne savez pas ce qu’ils nous font ? Nous allons tout perdre, tout perdre !" » Après qu’elle l’eut calmé, Kima suggéra qu’il suffirait de déplacer l’argent. Trois heures plus tard, elle était avec deux autres scientologues dans un avion à destination de Zurich, munie d’une procuration d’Hubbard les autorisant à transférer les fonds au Liechtenstein.
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