Édition du 17 février 2026

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Comptes rendus de lecture du mardi 3 février 2026

Quand le monde dort
Francesca Albanese
Traduit de l’italien

Vous vous souvenez sans doute de Francesca Albanese, cette juriste, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens, qui aurait légitimement dû se mériter le dernier prix Nobel de la Paix – si ce prix n’avait malheureusement été instrumentalisé ? Elle nous livre avec « Quand le monde dort  » un recueil émouvant, qui mêle sa voix à plusieurs autres, sur l’insupportable injustice que vivent au quotidien les femmes, les hommes et les enfants palestiniens depuis de nombreuses décennies et plus particulièrement depuis le début du génocide en cours. Un bouquin lucide et courageux qui nous interpelle profondément !

Extrait :

L’histoire de la Palestine illustre cruellement comment les pratiques internationales peuvent perpétuer l’injustice, même en présence d’un corpus juridique solide. Dans le paysage politique actuel, où les États oscillent entre l’angoisse “post-Oslo”, l’oubli volontaire ou la myopie assumée, je tiens à rappeler ceci : la priorité demeure le respect des obligations internationales et non la définition abstraite de ce que devrait être la paix. Mettre fin à l’occupation, stopper la colonisation et bloquer toute annexion : telles sont les exigences inscrites dans le droit international.

L’humanité en péril
Fred Vergas

Fred Vergas, qui est surtout connue pour ses excellents romans policiers, nous offre ici un admirable état des lieux de la planète sur le plan environnemental. Elle y aborde tous les aspects de la crise environnementale, du réchauffement climatique à la pollution des sols, de l’eau, des océans, et plus encore, avec des données et des références, dans un effort de vulgarisation appréciable. Elle nous dresse un portrait complet, sinon exhaustif de la situation, de ce qui nous est caché, des pistes de solution, des fausses solutions, de l’état de nos ressources, des technologies et techniques envisagées pour résoudre une partie des problèmes et de ce que nous pouvons faire et de ce que nous devons faire, dans les plus brefs délais, pour changer le cours des choses. Je vous en recommande assurément la lecture.

Extrait :

Trop longtemps nous avons cru à leur mobilisation, à leurs efforts. Trop longtemps nous avons été confiants. Trop longtemps nous avons cru "qu’ils feraient quelque chose" et que nos affaires s’arrangeraient. Trop longtemps nous avons déposé notre destin entre leurs mains inertes. Leurs mains ? Justement. N’oublions pas que les gouvernants marchent main dans la main et doigts entremêlés avec les multinationales - paralysés par elles ? - et les plus puissants lobbies du monde, lobbies de l’agroalimentaire, lobbies des transports, lobbies de l’agrochimie, lobbies du textile et j’en passe, vous ne les connaissez que trop.

C’était demain
Edward Bellamy
Traduit de l’anglais

Ce roman est un chef-d’œuvre d’idéalisme et un grand classique de la littérature américaine, Il dresse le portrait d’une société humaniste du XXIe siècle dans laquelle un jeune homme prospère du XIXe siècle, Julian West, est mystérieusement transporté de son monde de conflits et d’indigence à un univers de paix et d’abondance, un lieu où règnent l’harmonie, la coopération, la justice et la démocratie, le plein emploi et la prospérité. L’introduction de Normand Baillargeon et Chantal Santerre, qui nous rappelle qu’un autre monde est encore possible, est également intéressante.

Extrait :

Je sais que ces principes paraîtront cruels et inhumains aux hommes du vingtième siècle ; mais voici les deux raisons qui les expliquent : d’abord, on croyait le mal irrémédiable, on se déclarait incapable d’améliorer la route, de modifier les harnais, la voiture même, la distribution du travail ou de l’attelage. On se lamentait généreusement sur l’inégalité des classes, mais on concluait que le problème était insoluble. Le second empêchement à tout progrès était cette hallucination commune à tous les voyageurs d’en haut, qui consistait à voir, dans ceux qui traînaient la voiture, des gens pétris d’une autre pâte qu’eux. Cette maladie a existé, il n’y a aucun doute, car j’ai moi-même voyagé, dans le temps, sur le haut du coche et j’ai moi-même été atteint du délire commun. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que les piétons, qui venaient de se hisser sur la voiture et dont les mains calleuses portaient encore les traces des cordes qu’ils tiraient tout à l’heure, étaient les premières victimes de cette hallucination. Quant à ceux qui avaient eu le bonheur d’hériter de leurs ancêtres un de ces sièges rembourrés, leur infatuation, leur conviction d’être substantiellement distincts du commun des mortels, n’avaient plus de limites.

La vallée assiégée
Pierre Louis Lapointe

Je voulais lire ce bouquin depuis plusieurs années. Il retrace une époque oubliée de la ville de Buckingham (qui fait maintenant partie de Gatineau) et de la région de la Basse-Lièvre, celle du monopole qui a exercé pendant près d’un demi-siècle la compagnie James MacLaren, Cette compagnie y a contrôlé l’économie à compter de 1901 en éliminant la concurrence et en empêchant la construction de chemins de fer dans le but de pouvoir continuer d’offrir de bas salaires – et de mauvaises conditions de travail – à ses employés. Ce qu’il est navrant d’apprendre, c’est que tout cela s’est fait, pendant ces longues années, avec l’aval des pouvoirs municipaux, provinciaux et fédéraux – James MacLaren étant dans ce dernier cas un proche du premier ministre Wilfrid Laurier. L’épisode le plus sombre de cette domination s’est soldé, le 8 octobre 1906, par l’assassinat de deux travailleurs, Thomas Bélanger et François Thériault, tués dans un guet-apens par des tireurs embauchés par la MacLaren. Un ouvrage intéressant, instructif et fort bien documenté !

Extrait :

Les blessures de Bélanger confirment les rumeurs selon lesquelles on le désigne comme cible dans les jours qui précèdent l’embuscade. Sa photographie circule parmi les policiers et on le montre du doigt aux membres de l’agence Thiel. Le journaliste de l’Ottawa Free Press est formel : « Il était un homme ciblé  » ! Cinq projectiles atteignent Bélanger. Une balle traverse sa poitrine, perçant un poumon et le coeur et déchirant un trou béant dans son côté gauche ; une autre frappe le haut du crâne et vient sortir par l’oeil droit ; une troisième l’atteint près de l’oreille gauche ; une autre se loge dans son bras, et une dernière effleure une de ses jambes.

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Bruno Marquis

Bruno Marquis est un lecteur qui s’est impliqué dans plusieurs organismes voués à la protection de l’environnement, à la paix et à l’élimination de la pauvreté chez les enfants au cours des vingt dernières années. Il publie actuellement une chronique sur l’environnement dans le mensuel Ski-se-Dit. Il a aussi tenu régulièrement une chronique dans le webzine tolerance.ca.

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