Ni vivants ni morts
Federico Mastrogiovanni
Traduit de l’espagnol
Cette enquête fouillée qui s’est étendue sur plusieurs années et comprend de nombreux entretiens avec les parents des victimes, des experts, des activistes et des journalistes démontre que la disparition forcée des personnes est au Mexique un outil de pouvoir terriblement cruel et efficace, qui fait taire toute possibilité de contestation. L’auteur de ce très bon bouquin est allé au fond des choses. Le trafic de drogue dont on nous parle tant, nous explique-t-il, n’est qu’un rideau de fumée. Le véritable donneur d’ordres des enlèvements et des assassinats est l’armée, dans le but de créer un « haut niveau de terreur », de faire taire quiconque s’oppose à l’exploitation des matières premières – minières, pétrolières et gazières – et de chasser les populations pour faire place nette. Un autre de ces livres qui nous permet de comprendre bien des choses.
Extrait :
Je ne suis pas mexicain, mais je vis et travaille au Mexique depuis des années. J’ai sillonné ce pays, côtoyé ses habitants, en compagnie des personnes les plus banales et parfois les plus marginales. J’ai beaucoup parlé, et écouté encore plus. Tel est mon travail : écouter, puis raconter des histoires, des récits, des expériences, écrire des chroniques. Je me suis intégré à la vie quotidienne de ce pays en partageant la vie quotidienne de nombreux habitants. Et je me suis rendu compte qu’il était littéralement impossible d’ignorer l’ampleur des disparitions forcées, une pratique déjà si évidente, si banalisée, si massive. C’est un danger tellement proche que tous les Mexicains, ainsi que les touristes et les étrangers qui, comme moi, travaillent dans ce pays, le vivent comme un épouvantable cauchemar, dont beaucoup ne se réveillent pas.
Les boeufs sont lents mais la terre est patiente
Pierre Falardeau
Le départ de Falardeau, il y a un peu plus de seize ans, a laissé un vide. C’est avec beaucoup de plaisir qu’aujourd’hui encore on revoit ses films et relit ses textes. L’essai « Les bœufs sont lents mais la terre est patiente », qui regroupe des lettres, des articles et des projets de films, écrits pour la plupart après le référendum de 1995, est un véritable délice intellectuel pour tous ceux qui ont apprécié et aimé ce grand cinéaste. Un bon bouquin qu’on se plaît à redécouvrir.
Extrait :
Aujourd’hui, par exemple, je n’ai que mon calice de crayon et une calice de feuille de papier pour m’opposer aux Américains qui bombardent en Irak. C’est dérisoire face aux bombes téléguidées, aux chasseurs supersoniques, aux porte-avions nucléaires. C’est minable face à la parole des criminels qui contrôlent le discours médiatique. Là-bas des gens meurent, des hommes, des femmes, des enfants. Je me sens triste. Je me sens mal. Je me sens vide.
La fin de l’histoire
Luis Sepúlveda
Traduit de l’espagnol
Les romans de Luis Sepúlveda sont souvent liés à la dictature chilienne d’Augusto Pinochet mise en place avec l’aide décisive des États-Unis en 1973. Ils sont toujours très près de la réalité des événements. « La fin de l’histoire » est un autre très bon roman qui nous fait découvrir ou redécouvrir sur le sujet des réalités qu’on mentionne peu de ce côté-ci de l’Amérique : la Villa Grimaldi, la DINA (la Direction nationale du renseignement), l’Oficina, l’ELN (l’Armée de libération nationale), etc. Comme le dit ce bon et grand écrivain, « la littérature raconte ce que l’histoire officielle dissimule ».
Extrait :
Posant l’Uzi sur ses genoux, Espinoza évoqua alors sa jeunesse, ses rêves similaires, la femme qu’il avait aimée et perdue, le fils perdu lui aussi, et de la pire manière. Quant le cercle de ses camarades s’était réduit autour de lui, il avait reçu l’ordre de partir en exil, d’abord au Mexique puis, un mois plus tard, en Union soviétique, afin de recevoir une formation de cadre militaire de haut niveau. La dictature avait des conseillers américains, et la plupart des officiers du renseignement avaient été formés à l’Escuela de Las Américas, au Panama. Le parti l’avait choisi pour intégrer le service de renseignement de la future armée révolutionnaire. La compartimentation était absolue. Il ne devait pas se soucier de sa famille, car le parti subvenait à ses besoins. Il étudiait depuis deux ans à l’académie Rodion Malinovski, sous la tutelle du colonel du KGB Stanislav Sokolov quand, par le biais d’un autre Chilien tout juste arrivé à Moscou, il apprit le terrible sort qu’avait connu sa famille. Sa femme et leur fils étaient tombés entre les mains d’un commando des Opérations spéciales. Les soldats avaient attaché la mère et l’avaient forcée à assister aux tortures de son fils. Ils ne la touchèrent pas mais transformèrent l’enfant en un amas de chair et de sang, jusqu’à ce qu’il meure au cours d’une session de torture. Alors ils s’étaient occupés d’elle et, après lui avoir arraché le peu d’informations qu’elle pouvait leur donner, l’avaient fait disparaître.
L’Ontario français, quatre siècles d’histoire
Paul-François Sylvestre
J’ignore si on utilise ou étudie ce livre d’histoire dans les écoles françaises de l’Ontario, mais si ce n’est pas le cas, on devrait le faire. « L’Ontario français, quatre siècles d’histoire », qui a été publié au cours de la dernière décennie, retrace merveilleusement bien l’histoire de la présence française en Ontario jusqu’à maintenant depuis les premiers établissements de la Nouvelle-France dans les Pays-d’en-Haut. Organisé de façon chronologique, mais aussi thématique, il nous explique avec précision les nombreuses luttes et différents événements qui ont influé et continuent d’influer sur la présence française en Ontario. J’ai beaucoup apprécié que l’on y souligne le rôle fondamental des communautés religieuses en éducation (et dans d’autres domaines aussi), rôle qui a grandement contribué à la continuation du fait français en Ontario.
Extrait :
Pour plusieurs historiens, les États généraux du Canada français constituent un point tournant dans l’identité franco-ontarienne. Il importe d’abord d’examiner le contexte socio-politico-culturel qui a présidé à cet événement des années 1960. Nous avons déjà vu que des Québécois se sont massivement établis en Ontario, notamment dans les comtés de Prescott et Russell, au point où l’élite anglo-saxonne n’hésitait pas à parler d’une « French invasion » ou d’une « Quebec invasion ». Nous avons aussi vu que de nombreuses communautés religieuses envoyaient leurs sœurs et frères du Québec pour œuvrer en Ontario, pour maintenir une vie francophone. Pour leur part, certains évêques ontariens faisaient appel à leurs collègues québécois pour obtenir des curés francophones. Souvenez-vous du cas de Mgr Lynch qui écrivit à Mgr Fabre pour obtenir un curé pouvant desservir les francophones de Toronto (l’abbé Philippe Lamarche : paroisse du Sacré-Coeur).
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