Le Livre noir du Canada anglais
Normand Lester
« Le Livre noir du Canada anglais » a en fait donné lieu à trois bouquins, publiés respectivement en 2001, 2002 et 2003. Dans le premier, qui devait au départ être le seul, l’auteur nous décrit les « libertés britanniques » de 1791-1811, les années 1820-1838, le soulèvement racial de La Gazette à Montréal en 1949, l’épisode « Moi, Maria Monk », la pendaison de Louis Riel, l’orangisme comme façon de vivre, les années 1867-1918, les crimes contre les Japonais, l’antisémitisme, et le Plan Roosevelt pour régler la question des Canadiens Français et des Juifs. Cet ouvrage éclairant sur d’importants épisodes de notre histoire jure avec l’histoire officielle, consensuelle et souvent mielleuse, de nos livres d’histoires.
Extrait :
L’acte de Québec redonne à la province de Québec les frontières de la Nouvelle-France, sauf pour la vallée du lac Champlain. Il reconnaît le droit civil français, le droit de l’Église catholique de préserver son culte et surtout le droit de percevoir la dîme, et le remplacement du serment du Test par un serment anodin. De plus, l’acte reconnaît comme légitime le vieux régime seigneurial. Les Anglais viennent d’acheter les seigneurs et les curés, qui sont désormais acquis à la couronne britannique. Quand Carleton arrive d’Angleterre, le 18 septembre 1774, il est accueilli par cinquante seigneurs canadiens et tout le haut clergé. L’ère de la collaboration des élites canadiennes commence. Les affairistes anglais sont ulcérés ; comment l’Angleterre peut-elle reconnaître de tels droits à une race de dégénérés ? Et des papistes de surcroît !
Pour l’amour de ma mère et pour remercier les mamans
Boucar Diouf
J’aimais beaucoup Boucar Diouf et ce bouquin me l’a fait aimer plus encore. Boucar Diouf nous y parle de sa mère, mais aussi beaucoup de lui-même, de sa jeunesse au Sénégal, de sa venue ici, de son amour du Québec. C’est un beau témoignage de tout ce que sa mère lui a apporté dans la vie et de la place des mères dans la vie de chacun, d’un point de vue humain d’abord, mais aussi d’un point de vue scientifique – avec un chapitre portant précisément sur le sujet. Une lecture qui fait beaucoup de bien !
Extrait :
Cette belle femme sur la couverture, c’est ma mère, photographiée en 1965, alors qu’elle était enceinte de son petit Boucar. Je dis cela un peu à la blague, mais c’est la seule photo de mon enfance, probablement parce que j’ai l’impression de me retrouver dans les yeux de ma mère. Je crois que mon premier vrai portrait d’enfant a été croqué une seule fois, quand j’avais sept ans. Les photographes n’étaient pas légion dans ma jeunesse rurale au Sénégal. Je suis le sixième d’une famille de neuf et je suis immensément heureux d’avoir atterri chez mes parents. Bien que j’adore mon père, je tiens surtout à raconter l’histoire de ma mère dans ce livre, pour dire à quel point son passage sur cette terre aura été une bénédiction d’abord pour sa famille, ensuite pour sa communauté. On a tendance à sanctifier presque par réflexe les figures médiatisées, mais beaucoup de vies extraordinaires passent pour ordinaires, des vies qui partent parfois dans l’anonymat. Je suis certain qu’une personne vous vient en tête en lisant ce passage. Pour moi, l’œuvre de ma mère mérite d’être écrite.
Le Journal d’une femme de chambre
Octave Mirbeau
Publié il a cent vingt ans, ce magnifique roman social demeure encore très populaire aujourd’hui. S’il intéresse toujours, c’est qu’il nous révèle sans beaucoup de scrupules les dessous de la bourgeoisie et des classes dominantes. Célestine, femme de chambre, y évoque toutes les places qu’elle a faites depuis des années, comme soubrette, dans les maisons les plus huppées. Elle en retient que « si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. »
Extrait :
Il suffit qu’on me parle doucement, il suffit qu’on ne me considère point comme un être en dehors des autres et en marge de la vie, comme quelque chose d’intermédiaire entre un chien et un perroquet, pour que je sois, tout de suite, émue,… et, tout de suite, je sens revivre en moi une âme d’enfant… Toutes mes rancunes, toutes mes haines, toutes mes révoltes, je les oublie comme par miracle, et je n’éprouve plus, envers les personnes qui me parlent humainement, que des sentiments d’abnégation et d’amour… Je sais aussi, par expérience, qu’il n’y a que les gens malheureux, pour mettre la souffrance des humbles de plain-pied avec la leur… Il y a toujours de l’insolence et de la distance dans la bonté des heureux !…
Les Voisins
Claude Meunier et Louis Saia
Louis Saia est décédé la semaine dernière. Le compte rendu de cette pièce de théâtre, écrite avec Claude Meunier, a été fait il y a quelques années. J’avais ramassé cette petite pièce de théâtre à la sortie de la Bibliothèque Guy-Sanche de Gatineau, parmi les livres d’occasion que laissent les passants. Il était plein de notes de cours dans les marges et on doit donc l’étudier au secondaire ou au cégep. C’est une pièce en deux actes d’une centaine de pages. Elle a d’abord été écrite en 1980, puis revue au début des années 2000. Je l’ai lue tout d’une traite. C’est très drôle, mais je dois admettre qu’on finit par se lasser à la longue de ce genre d’humour un peu trop caricatural de la vie de banlieue. C’est une pièce plus encline à entretenir des stéréotypes qu’à susciter la réflexion...
Extrait :
Bernard. Hé ! monsieur ! As-tu vu ça moman ? Ç’a l’air qu’y ont tué la "Marraine" de Miami.
Jeanine. La marraine de qui ?
Bernard. La femme du "Parrain". C’est écoeurant, a même reçu deux balles dans sa sacoche.
Jeanine. Pauvre elle. Y l’ont pas manquée...
Bernard. Ça, c’t’à part des treize balles qui y ont tirées dans’ tête... Sont pas chanceux en plus, c’est même pas elle qu’y visaient.
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