Édition du 29 septembre 2026

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Comptes rendus de lecture du mardi 8 septembre 2026

Souvenirs d’une exilée espagnole 1936-1975
María Sesé Savisé
Traduit de l’espagnol

Je vous recommande chaudement la lecture de ces souvenirs d’une exilée espagnole qui furent rédigés dans les dernières années de la vie de María Sesé Savisé. L’auteure n’avait que 14 ans lors du soulèvement franquiste au cours duquel furent arrêtés et exécutés, parmi de nombreux autres, deux de ses trois frères (le troisième devant perdre la vie dans un accident). Sa famille habitait Angües, un village d’environ 1000 habitants, là où s’était implantée la Confédération nationale du travail (CNT) et où furent mis en place d’importantes mesures collectives pour subvenir au besoin de chacun. La répression franquiste s’accentuant, ce fut rapidement la fuite d’un lieu à un autre, dans le nord de l’Espagne, avec son père, sa mère et quelques autres, avec la faim au ventre, le froid, la misère... jusqu’à ce qu’ils puissent enfin rejoindre la France où devaient se poursuivre leurs pérégrinations.

Extrait :

Le temps nous réunit, nous sépare, nous réunit à nouveau et la vie nous donne à voir et à comprendre, entre autres choses, qu’aucun peuple, aucune nation ne peuvent grandir ou prospérer en multipliant les prisons et les cimetières.

L’armée canadienne n’est pas l’Armée du salut
Francis Dupuis-Déri

Francis Dupuis-Déri, que j’aime bien, a beaucoup écrit sur la démocratie, le masculinisme et la militarisation et la guerre. « L’armée canadienne n’est pas l’Armée du salut » est un essai très intéressant et fort utile dont les observations s’appliquent autant aujourd’hui qu’à l’époque de sa publication en 2010 – et c’est particulièrement vrai dans le contexte des continuelles pressions du gouvernement des États-Unis pour que de nombreux pays, dont le Canada, augmentent de façon considérable leurs dépenses militaires. L’auteur y condamne les « guerres humanitaires », décrétées par les États-Unis et leurs alliés, qui rendent les rapports entre les nations et les guerres plus injustes encore. Il nous offre aussi un portrait beaucoup plus honnête du Canada dans le domaine militaire que celui qu’on nous offre souvent. J’y ai aussi beaucoup apprécié la lettre d’un antimilitariste à l’ancien maire de Québec Régis Lebeaume.

Extrait :

Quand les politiciens participent à des spectacles militaires dans l’espace public, que ce soit des funérailles, des festivals aériens ou navals, des parades dans les rues et des remises des clefs d’une ville à un régiment qui aurait « droit de cité », ils font la promotion de l’armée, du militarisme et de la guerre. Qu’ils ne s’étonnent pas, ensuite, s’il y a des soldats qui perdent leur vie — pour le bénéfice de qui ? — dans des guerres injustes. Et qu’ils ne s’étonnent pas de croiser des antimilitaristes en colère.

Un homme et son péché
Claude-Henri Grignon

J’ai relu «  Un homme et son péché  », ce roman publié en 1933 qui aura tant marqué notre imaginaire. (Il aura bien sûr été aidé en cela par un feuilleton radiophonique de 1939 à 1946, par une série télévisée rediffusée plusieurs fois depuis 1956 et par des films). C’est un court roman du terroir et de la colonisation qui ressemble bien à notre littérature – peu nuancée – de l’époque. Il se déroule près de Saint-Adèle dans les Laurentides et a comme principal personnage un avaricieux, Séraphin Poudrier. J’ai bien aimé le relire, mais je ne pense pas qu’il vaille la peine, encore une fois, d’en raconter l’histoire…

Extrait :

Tous les samedis, vers les dix heures du matin, la femme à Séraphin Poudrier lavait le plancher de la cuisine, dans le bas côté. On pouvait la voir à genoux, pieds nus, vêtue d’une jupe de laine grise, d’une blouse usée jusqu’à la corde, la figure ruisselante de sueurs, où restaient collées des mèches de cheveux noirs. Elle frottait, la pauvre femme, elle raclait, apportant à cette besogne l’ardeur de ses vingt ans.

Le Roman de Renart
Pierre de Saint-Cloud, Richard de Lison, le prêtre de la Croix-en-Brie et de nombreux autres auteurs anonymes

Le Roman de Renart est une œuvre collective du Moyen Âge qui a grandement influencé notre littérature. Plus d’une trentaine d’auteurs y auraient collaboré sur plus de 75 ans. Trois d’entre eux ont été identifiés de façon à peu près certaine : Pierre de Saint-Cloud, Richard de Lison et le prêtre de la Croix-en-Brie. Le Roman de Renart met en scène des animaux, le principal d’entre eux étant le goupil, Maître Renart, dont le nom propre deviendra par la suite le nom commun du goupil (avec un « d » au lieu du « t »). Cette œuvre anthropomorphiste nous en apprend beaucoup sur les mœurs médiévales. Outre Renart, on y retrouve entre autres le loup Ysengrin, l’ours Brun, la renarde Hermeline, le coq Chanteclerc, le chat Tybert, le sanglier Beaucent, le lièvre Couart. Et les hommes, du point de vue des animaux, sont les vilains - ce que j’ai trouvé plutôt drôle. Une très intéressante lecture que je voulais faire depuis longtemps.

Extrait :

En vérité, mon cher Tybert, dit-il, le monde est bien méchant : on n’y connaît plus la charité ; on ne songe qu’à tromper les autres comme si la mauvaise foi n’était pas toujours punie.

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Bruno Marquis

Bruno Marquis est un lecteur qui s’est impliqué dans plusieurs organismes voués à la protection de l’environnement, à la paix et à l’élimination de la pauvreté chez les enfants au cours des vingt dernières années. Il publie actuellement une chronique sur l’environnement dans le mensuel Ski-se-Dit. Il a aussi tenu régulièrement une chronique dans le webzine tolerance.ca.

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