La Coalition Avenir Québec ou quand Christine Fréchette veut faire oublier le bilan d’un gouvernement réactionnaire
Sur le terrain du coût de la vie, la seule mesure annoncée par le gouvernement Fréchette pour contrer la hausse du panier d’épicerie et des loyers visait les acheteurs d’une première résidence, une mesure trop étroite pour répondre réellement à la pauvreté vécue par les locataires et les personnes âgées. Sur le logement, alors que l’opposition réclamait un moratoire sur les évictions face à l’aggravation de la crise, le gouvernement a fait la sourde oreille. En santé, la trajectoire caquiste continue d’ouvrir la porte au privé et à la sous-traitance, une orientation que dénoncent les grandes centrales syndicales du réseau, qui réclament au contraire la revalorisation des CLSC comme points d’ancrage d’un système public, gratuit et universel. Les promesses d’un meilleur accès aux soins de santé ont été oubliées.
Sur le plan démocratique et syndical, le gouvernement a restreint la portée de l’action syndicale et a eu recours à des bâillons répétés en fin de session pour faire adopter des projets de loi contestés. En matière de condition féminine, si les groupes de terrain saluent l’adoption de la loi Gaby Renaud, ils signalent un manque persistant de places d’hébergement.
Sur la question nationale, la CAQ défend une posture autonomiste, revendiquant des pouvoirs accrus auprès d’Ottawa sans être parvenue à obtenir de gains significatifs. Sur l’environnement, le bilan gouvernemental est marqué par l’affaiblissement des cibles de réduction des GES et par le ralentissement de la transition hors des véhicules thermiques. En fait, la CAQ promet la croissance et un extractivisme négligeant complètement les limites de la planète.
Le Parti québécois, un projet de souveraineté ne remettant pas réellement en question le pouvoir canado-américain sur le territoire
Sous la direction de Paul St-Pierre Plamondon, le Parti québécois mise sur la question nationale, présentée comme le véritable enjeu de l’élection. Sur le plan économique, le parti s’engage à réformer le système d’aides publiques pour alléger le fardeau administratif et fiscal des PME. Son programme ne prévoit pas de redistribution structurelle de la richesse. Sur l’environnement, le Plan dévoilé en août 2026 consacre l’objectif de carboneutralité en 2050 et rehausse la cible intermédiaire de réduction des GES à 42,5 % pour 2034, tout en refusant explicitement de placer l’État au centre des solutions et en misant sur des incitatifs favorisant les véhicules électriques et le chauffage écoénergétique. L’ensemble de ces mesures s’inscrit dans la défense d’un capitalisme vert qui a démontré son incapacité à faire face à la crise climatique. En matière d’immigration, le programme du PQ prévoit de plafonner à environ 50 000 le nombre d’étudiants internationaux, de réduire sensiblement l’immigration temporaire et de maintenir l’immigration permanente à 35 000 par année. La rhétorique de PSPP sur les dangers de l’immigration pour l’avenir de la nation québécoise, présentée comme un facteur majeur de crise, a des effets délétères. Sur la question nationale enfin, le chef péquiste a lui-même situé un Québec souverain dans le prolongement des alliances économiques et militaires nord-américaines, une position qui articule l’indépendance à un nationalisme identitaire restrictif en matière d’immigration plutôt qu’à une rupture avec le cadre économique existant.
Le Parti libéral du Québec, la défense de l’unité canadienne et de l’héritage de Jean Charest en matière d’attaques contre l’État social
Devenu chef en février 2026, Charles Milliard hérite d’un parti qui assume pleinement son fédéralisme et se présente comme le gardien de l’unité canadienne, dans la continuité de l’héritage de Jean Charest. Sur le coût de la vie, le discours libéral attribue les difficultés du panier d’épicerie et du logement à la « bureaucratie CAQ » qui ralentirait les approvisionnements et les permis, et le parti mise sur une révision des taux d’imposition jugés moins compétitifs que ceux des autres provinces, assortie d’allègements fiscaux aux entreprises censés bénéficier indirectement aux salarié·e·s. En santé, le PLQ plaide pour une meilleure gestion administrative du réseau plutôt que pour un réinvestissement massif ou une remise en cause du recours au privé. Le logement demeure abordé essentiellement sous l’angle de la simplification réglementaire pour stimuler la construction privée, en phase avec les demandes de l’industrie immobilière.
Le Parti conservateur du Québec, le représentant de la droite extrême
Éric Duhaime pousse l’ensemble du débat politique vers la droite avec un programme d’ultralibéralisme économique assumé. En santé, le parti propose de libéraliser le réseau et de réintroduire les agences de main-d’œuvre privées. Il s’agit de la rupture la plus nette avec le consensus historique en faveur d’un système public québécois de santé. Sur l’environnement, le parti veut éliminer le marché du carbone et le Fonds vert, exploiter sans retenue les hydrocarbures québécois et miser sur l’énergie nucléaire ; il défend une ligne climato-sceptique assumée. Sur le coût de la vie, le PCQ propose une réduction progressive de la taxe sur la masse salariale des entreprises, associant la baisse du fardeau des ménages à un désengagement de l’État plutôt qu’à une redistribution de la richesse. La question nationale et la condition féminine demeurent secondaires dans l’argumentaire conservateur.
En somme, la droite néolibérale est un « réalisme au service des riches »
La résistance syndicale et populaire est multiforme, mais il faut porter cette résistance sur le terrain de la lutte politique
Face aux attaques que préparent les partis néolibéraux dans le cadre des élections d’octobre 2026, les mouvements sociaux québécois convergent vers un front de résistance dont la cohérence dépasse la simple juxtaposition sectorielle. Le mouvement syndical en constitue l’ossature : les neuf principales centrales, unies, ont dénoncé l’offensive antisyndicale du gouvernement de la CAQ, qui a cherché à réduire la portée politique de l’action syndicale et à restreindre le droit de grève. La CSN et la CSQ font de l’éducation une priorité nationale face au sous-financement chronique. La FTQ se porte à la défense des travailleuses et travailleurs migrants, alors que la CSD s’oppose au projet de recul de l’âge d’admissibilité au RRQ. Cette mobilisation syndicale rejoint une revendication démocratique transversale portée par seize organisations, syndicales et communautaires confondues, pour l’instauration d’un scrutin proportionnel dès 2026. Le mouvement du logement, structuré autour du FRAPRU et de la COLOC — plus de cent vingt organisations —, dénonce la flambée des loyers en exigeant le contrôle des loyers, dix mille logements sociaux par année et l’inscription du droit au logement dans la Charte, pendant que la Coalition solidarité santé combat la marchandisation annoncée du système de santé et réclame une assurance médicaments véritablement universelle. Le mouvement des femmes, par la voix de la Marche mondiale des femmes et de la Fédération des femmes du Québec, articule cette lutte à une critique plus large du capitalisme patriarcal, colonial et raciste, rejoignant ainsi le mouvement autochtone, dont l’APNQL, qui dénonce le mépris des gouvernements et des partis néolibéraux semant la haine contre les Premières Nations. Le mouvement étudiant et le mouvement de lutte contre la pauvreté, portés respectivement par la Coalition Interjeunes, l’UEQ et la FECQ d’une part, le Collectif pour un Québec sans pauvreté et le FCPASQ d’autre part, exigent une réforme fiscale progressive et un réinvestissement massif dans les services publics plutôt que dans la précarisation continue des populations les plus vulnérables. Enfin, le mouvement environnemental, à travers le Front commun pour la transition énergétique et la Coalition large sur l’énergie, s’oppose à la déréglementation énergétique en cours et réclame une planification publique et démocratique de la transition, capable d’atteindre la carboneutralité sans reporter le fardeau sur les classes populaires. Ce qui se dessine ainsi, à travers la diversité des enjeux, c’est une contestation d’ensemble de l’offensive austéritaire et privatisatrice des partis au pouvoir, où les revendications sectorielles convergent vers une exigence commune : un réinvestissement massif dans les services publics, une redistribution réelle de la richesse et un approfondissement démocratique, tant électoral que national.
Le défi de Québec solidaire — arrimer sa campagne politique à la résistance ouvrière et populaire
Québec solidaire doit profiter de cette campagne électorale pour contribuer au développement de cette résistance et à son unification, en portant ses revendications sur la scène électorale.
La campagne électorale de QS ne peut se réduire à des « stratégies de communication » se contentant de porter d’intéressantes revendications pour contrer le discours néolibéral. Québec solidaire s’est défini comme un parti des travailleurs et des travailleuses (voir son récent manifeste). Les intérêts des travailleurs et des travailleuses ne peuvent être défendus uniquement par des discours, même si ce travail n’est pas négligeable. Mais c’est en participant aux luttes, en s’associant aux combats qui sont aujourd’hui menés par les différents mouvements sociaux et en faisant preuve d’une solidarité sans faille que QS démontrera qu’il est un véritable parti des travailleurs et des travailleuses.
Les militant·e·s de Québec solidaire doivent agir, dans le cadre de cette campagne électorale, comme des soutiens actifs des mouvements sociaux et de leurs luttes. C’est seulement à cette condition que la nature de parti des travailleurs et des travailleuses sera largement connue, et qu’un vote pour ce parti pourra apparaître aux militant·e·s de ces mouvements comme la possibilité de la continuation de leurs combats sur le terrain politique et institutionnel. Ces activités ne sont pas du temps gaspillé : c’est le dépassement du travail de bouton de veste et la démonstration que les député·e·s que les électeurs et électrices vont élire se serviront de leur poste et de leurs ressources parlementaires pour soutenir l’organisation des travailleurs et des travailleuses et défendre leurs droits.
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