Édition du 3 mars 2026

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Médias

Coups de pression, agressions et menaces : une semaine dans la peau des journalistes

En une semaine, coups de pression, menaces verbales et physiques ont empêché plusieurs journalistes de Mediapart et d’autres médias d’effectuer leur travail. Cela doit cesser.

Tiré du blogue de l’auteur.

Les faits qui suivent se sont tous déroulés cette semaine, en France. La liste n’est pas exhaustive mais ne laisse pas d’inquiéter.

Vendredi 6 février, Samia Dechir, journaliste rédactrice vidéo à Mediapart, accompagnée de notre pigiste Juliane Rolland à la caméra, a voulu interroger Rachida Dati sur la compatibilité d’un renvoi au tribunal (pour corruption et trafic d’influence, dans l’affaire Renault) avec sa candidature à la mairie de Paris. Son agenda de campagne n’est pas public. Mais nous avons repéré un déplacement dans le quartier de Montmartre.

Notre consœur, micro à la main siglé et bien identifiée par le staff de la candidate, tente d’y interpeller Rachida Dati : « Serez-vous la candidate de la prob… ? » Samia n’a pas le temps de finir sa phrase qu’elle est ceinturée par un des membres de la campagne. Violemment ceinturée. Notre consœur demande ensuite à l’individu de ne pas recommencer pour des raisons évidentes, mais qu’il faut manifestement préciser : il n’a pas le droit de l’entraver dans son travail, ni même de la toucher de cette façon. L’homme s’excuse-t-il pour ce geste déplacé ? Au contraire : il menace Samia de porter plainte contre elle pour intimidation. Pour une réponse sur l’exemplarité de Rachida Dati, on repassera.

Deux jours plus tôt, la même équipe vidéo de Mediapart s’est rendue à Segré-en-Anjou Bleu (Maine-et-Loire) pour interroger Jean-Eudes Gannat, candidat sans étiquette d’extrême droite, sur la compatibilité de sa candidature avec son renvoi devant le tribunal correctionnel, dans son cas, pour provocation à la haine raciale. En cause, une vidéo postée en 2025 sur ses réseaux sociaux où il filme à leur insu cinq réfugiés afghans qu’il compare à des « cousins des talibans ». « Peut-on être candidat et en attente d’un procès un mois et demi après l’élection ? », osent demander nos consœurs.

Jean-Eudes Gannat leur répond, mais tente d’arracher leur micro au cours de l’interview et les traite de « procureures aux cheveux courts ». Quelques minutes plus tard, il poste une vidéo sur les réseaux sociaux, où il se filme et filme nos consœurs, qu’il traite de « chiens de garde du système » et de « p’tites dames qui voudraient jouer les procureures », déclenchant de nombreux commentaires d’insultes sexistes et lesbophobes.

Jeudi, ce n’est pas un politique mais un journaliste qui s’en prend à l’un de nos collègues. Le directeur de la rédaction de CNews, Thomas Bauder, dont Mediapart, sous la plume de David Perrotin et Mathilde Mathieu, a révélé la condamnation en première instance pour violences sur ses trois enfants, invective l’un des auteurs de l’enquête sur le réseau social X.

« Quelle a été votre enfance, David Perrotin, pour que vous viennent cette névrose obsessionnelle et cette haine aveugle ? Dites-le-nous. Quant à mes enfants, ne parlez pas en leur nom, ils n’ont que faire de vous. Le jour venu, pour “venger ma race”, ils vous cracheront au visage », écrit-il, en réponse à un post factuel de notre journaliste, indiquant la réaction de la haute-commissaire à l’enfance, Sarah El Haïry.

Mediapart accepte volontiers la contradiction et publie les droits de réponse des mis en cause lorsqu’ils respectent les conditions de publication, comme ce fut le cas pour Thomas Bauder. Mais nous n’acceptons pas les menaces, d’où qu’elles viennent.

Les désaccords sont légitimes et la critique de la presse nécessaire. Mais afficher aujourd’hui nommément un·e journaliste sur un réseau tel que X, comme l’a fait cette semaine la députée européenne Rima Hassan avec un journaliste du Parisien, pose question : cela génère des effets de meute et du cyberharcèlement favorisés par l’algorithme, auxquels aucune personne défendant des idéaux progressistes ne saurait souscrire.

Longtemps, les atteintes à la presse étaient l’apanage du FN devenu RN, parti connu pour interdire l’accès à ses événements aux journalistes de Mediapart et de « Quotidien ». Force est de constater que le parti d’extrême droite n’est plus le seul, et depuis déjà quelque temps, à piétiner le droit à l’information (journaliste du Monde interdit d’entrée à l’université d’été de La France insoumise, accès de plus en plus restreints aux déplacements de la présidence de la République).

Récemment, Rachida Dati – encore elle ! – a refusé l’accès à l’un de ses meetings aux journalistes du Monde et de Marianne « au prétexte que la demande avait été mal ou pas formulée », raconte le quotidien du soir. Idem pour deux photographes de l’association Divergence et une journaliste de Radio Nova, sortie, elle, au beau milieu de l’événement.

Jean-Michel Aulas, candidat à la mairie de Lyon, blackliste lui aussi certains médias. Plusieurs titres qui suivent sa campagne n’ont pas été avertis d’un déplacement dans le quartier de La Duchère : Mediacités et Rue89 Lyon, deux partenaires de Mediapart, mais aussi Le Monde, Libération ou encore la Tribune de Lyon. Dans un communiqué publié mercredi 4 février, le club de la presse a dénoncé le « tri » des journalistes et une « méthode [qui] pose question en pleine période de débat public en vue du choix des futurs dirigeants des collectivités locales ».

Nous protestons vivement contre ces agissements inacceptables. Les journalistes doivent pouvoir exercer leur mission d’information sans craindre pour leur sécurité physique ni leur santé mentale. Le droit à l’information n’est ni superflu ni négociable. Il est un pilier de notre démocratie, trop souvent oublié par celles et ceux qui prétendent le défendre.

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