Édition du 26 mai 2020

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Asie/Proche-Orient

Crimes de guerre en Syrie et négociations : le régime Assad prend pour cible centres de soins, personnel soignants, blessés...

Depuis 2011, nous n’avons eu de cesse de souligner que le caractère même de la dictature du clan mafieux Assad était mis au jour ne serait-ce que par un seul trait de ses objectifs réfléchis : détruire les cliniques et les hôpitaux ; tuer le personnel soignant ; enlever des blessé·e·s dans des lieux de soins et les torturer à mort ; arrêter et tuer des soignants ; détruire des centres de soins de Médecins sans frontières (MSF). Cette année, sept de ces centres de MSF ont été attaqués, faisant 16 morts dans le personnel soignant. Tous ces actes relèvent au moins de « crimes de guerre ».

Depuis février 2016, chaque convoi d’aide humanitaire – certes absolument nécessaire – arrivant, à grand-peine, dans une ville assiégée, bombardée, affamée – pour la vider de ses habitants – est présenté comme « une avancée significative ». N’insistons même pas sur la disproportion criante entre les besoins de la population et les « convois d’aide ».

Un fait, souvent omis dans le passé, est aujourd’hui reconnu : « Il ne resterait que 250’000 civils coincés dans la ville, contre les 2,5 millions d’habitants avant la guerre. Les troupes loyalistes [à Bachar] menacent désormais d’encercler les quartiers rebelles [la seule voie « libre » de sortie d’Alep est en train d’être étranglée, depuis ce 1er mai 2016]. Une partie de la ville connaîtra alors le même sort que les autres zones assiégées et affamées, où l’aide humanitaire parvient au compte-gouttes. Les médicaments et le matériel chirurgical sont systématiquement déchargés des camions de l’ONU par des soldats syriens. Et les saisies de cargaisons exhibées comme des trophées de guerre ». (Le Temps, 30 avril 2016). Aussi bien des reportages de BBC World que d’Al Jazeera (en langue anglaise) avaient illustré le contrôle d’une « aide » qui ne doit pas permettre de soigner – ne serait-ce que de façon minimale – les victimes des bombardements systématiques.

« Négociations de Genève » et « trêves » ont avant tout permis au pouvoir du clan Assad de renforcer ses positions militaires, à chaque étape. Les Russes viennent d’envoyer 3000 soldats ayant le « statut de mercenaires ». Sergueï Lavrov, le patron de la diplomatie russe, n’hésite pas à déclarer qu’un boycott par l’opposition – dont les représentants sont soigneusement sélectionnés, entre autres par la Russie et les Etats-Unis – « ne serait pas une grande perte » (Le Figaro, article de G. Malbrunot, du 2 mai 2016).

Quant aux propositions de l’histrion Staffan de Mistura sur une prétendue « composition gouvernementale de transition », Thomas Pierret – auteur de Bass et islam en Syrie – les met à vif : « En Syrie, les fonctions et les titres comptent moins que les liens familiaux. Bachar el-Assad tire son pouvoir du fait qu’il a de nombreux cousins dans les services de sécurité et de renseignement et que son frère tient la garde républicaine. Tout le monde se fiche de savoir qui sera le vice-président. »

L’attitude de ceux qui sont aujourd’hui qualifiés de « détenteurs des clés de la situation en Syrie » (Russie, Etats-Unis et alliés plus ou moins proches de ces derniers), au même titre que l’actuel processus de négociation ne sont qu’un concentré d’une politique qui vise à « exproprier un peuple de sa révolution ». Or, sa détermination, sous diverses formes, révèle l’intensité d’une volonté de se défaire d’une dictature en place, au même titre que celle que Daech voudrait imposer. La première est devenue le véritable partenaire des négociations. La guerre contre la seconde (Daech), le seul véritable ennemi, justifie tout le dédain de la dite communauté internationale envers un peuple soumis à l’enfer

La réalité du combat pour la vie et la survie des populations résistantes nous est rapportée par les deux documents publions par ailleurs [1].

* http://alencontre.org/moyenorient/syrie/syrie-alep-declaration-des-comites-locaux-de-coordination-en-syrie-lettre-des-medecins-dalep.html
Notes

[1] Disponibles sur ESSF (article 37864), « Les Syriens n’abandonneront pas leurs objectifs » – Attaques contre Alep et négociations de Genève et (article 37862), Syrie : Lettre ouverte de médecins d’Alep.

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