Édition du 3 mars 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

Critique de la demande d’exception du CCN, pour la circonscription de Gouin, telle que présentée au Conseil national de février 2026

Introduction

Le 23e Conseil national (CN) de Québec solidaire (QS) de juin 2025 a adopté une proposition pour limiter les candidatures à l’investiture, dans les circonscriptions actuellement détenues par Québec solidaire, aux femmes, aux personnes non-binaires et aux député-e-s sortant-e-s. Cette limite voulait garantir une plus grande place pour les femmes et les personnes non-binaires dans les investitures et, éventuellement, dans le caucus solidaire.

17 février 2026

Or, dans la convocation du CN de février 2026, envoyée aux instances statutaires le 21 janvier 2026, et dans le Cahier de propositions afférent, le Comité de coordination national (CCN) demande au CN d’adopter une « proposition d’exception » pour renverser cette limite pour la circonscription de Gouin puisque qu’il a « recruté une candidature exceptionnelle » [un homme] et que « l’élection de cet homme aurait un impact stratégique important et positif pour notre parti ».

Cette « proposition d’exception » et son argumentaire soulèvent plusieurs questions, les laissent sans réponses et mettent le CN devant le fait accompli : sans mandat préalable ni par le CN ni par le Congrès, une promesse a été faite à un homme, par le CCN et le Comité de coordination (COCO) de Gouin, de lui réserver la circonscription de Gouin, et ces deux instances souhaitent que le CN change la Politique nationale d’investiture (PNI) pour qu’elle corresponde à cette promesse. Ainsi, le Conseil national est-il invité à en débattre après que le CCN et le COCO de Gouin ont pris leur décision que ce sera cet homme, et personne d’autre, qui portera les couleurs solidaires dans Gouin.

Ce texte traite donc de trois aspects problématiques de cette proposition d’exception en relation avec les pratiques féministes internes, la transparence de la démarche de recrutement et le respect de la Politique nationale d’investiture.

Féminisme et inclusion

Si adoptée, la modification demandée par le CCN et le COCO de Gouin serait un net recul des pratiques féministes internes en général, et du caractère féministe et inclusif des investitures en particulier.

En prenant pour prétexte que « plusieurs approches auprès de femmes de grande notoriété partageant les valeurs de Québec solidaire, mais celles-ci n’ont malheureusement pas abouti » et en mettant de l’avant que « l’élection de cet homme aurait un impact stratégique important et positif pour notre parti », cette proposition d’exception retire en fait le droit de se présenter dans Gouin, à toutes les femmes et les personnes non-binaires, notamment à celles qui sont actuellement en réflexion concernant leur propre candidature dans Gouin. À titre de rappel, l’investiture dans Gouin est censée commencer au mois de mars 2026.

Autrement dit, cette proposition d’exception ne vise pas seulement à garantir la participation d’un homme à l’investiture de Gouin mais à son élection en écartant toutes les candidatures de femmes et de personnes non-binaires.

Qu’est-ce qui est « exceptionnel » dans cet homme ? Sans être convaincant, et derrière le recours à des termes psychologiques (par exemple, « authentiquement de gauche, partageant les valeurs de Québec solidaire, son énergie »), tout l’argumentaire de cette proposition repose en réalité sur cette soi-disant notoriété exceptionnelle. Notoriété, que le comité de recrutement, pour une raison non partagée avec le CN, n’a pas réussi à trouver chez une candidature de femme ou de personne non-binaire.

Et puis, l’argumentaire envoyé au CN pour expliquer ce recul féministe et inclusif laisse plusieurs questions sans réponse :

  • Combien de femmes et de personnes non-binaires ont été consultées par le comité de recrutement des candidatures ? Quelles sont les raisons citées par toutes ces personnes pour renoncer à se présenter dans Gouin ?
  • Combien de femmes et de personnes non-binaires ex-candidates officielles du parti en 2022 ou en 2018 ont été rencontrées par ce comité ?
  • Est-ce que les Commissions nationales (des femmes, des personnes racisées, autochtone) ont participé au démarchage des candidatures ? Quels sont leurs avis concernant la candidature de cet homme ?

Il est important de rappeler aussi que la parité accorde au moins 50 % des postes élus aux femmes membres du parti et que c’est un seuil minimal et non maximal. Et il faut toujours interpréter la parité pour accorder plus de place aux femmes dans les instances, notamment dans les investitures et éventuellement, dans le caucus. Dire qu’il y aura des femmes candidates dans d’autres circonscriptions, pour justifier cette exception accordée à un homme, reste fondamentalement discriminatoire envers les femmes et les personnes non-binaires : comparativement à Gouin, certaines de ces circonscriptions auraient de faibles probabilités d’être conservées. Bien sûr, les intentions de vote peuvent changer d’ici octobre 2026, mais c’est aujourd’hui qu’il faut décider de cette exception.

Recrutement et transparence

D’abord, il est important de souligner que le comité de recrutement des candidatures n’est pas un comité statutaire ni relevant de la Politique nationale d’investiture (PNI). Il n’est pas le Comité électoral dont la composition est adoptée par un CN ou un Congrès. Voilà pourquoi il est raisonnable de considérer, que la composition et le fonctionnement du comité du recrutement restent à la discrétion du CCN ou à celle du Comité exécutif du parti.

En 2025, le comité de recrutement a décidé d’un ensemble de règles pour son fonctionnement et pour le démarchage des candidatures en 2026. Ces règles ne mentionnent pas la notoriété comme critère requis chez les candidatures potentielles. De plus, et sauf erreur, ces règles n’ont pas été adoptées par un CN ni par un Congrès.

Quant aux arguments présentés pour justifier cette proposition d’exception, ils restent vagues, comme par exemple : « Plusieurs approches auprès de femmes de grande notoriété partageant les valeurs de Québec solidaire ont été faites, mais celles-ci n’ont malheureusement pas abouti » et laissent encore plusieurs questions sans réponses : comment le CCN définit cette notoriété ? Comment peut-on identifier cette notoriété chez une personne ? Quelles sont les causes de ce manque d’aboutissement ? Après les premières constatations de l’échec des approches de recrutement, quels sont les correctifs qui ont été apportés à ces dernières avant de les poursuivre ?

De même, comme le Conseil national de février 2026 n’a pas encore reçu, au moins un rapport d’étape du comité de recrutement de candidatures, d’autres questions restent sans réponses :

Quels sont les critères utilisé par le CCN pour choisir les personnes siégeant au comité de recrutement ?

  • Quels sont les critères de démarchage que ce comité a utilisé ?
  • À quelle date ce comité est-il entré en fonction et qui sont les personnes qui siègent sur ce comité ?
  • Quels sont les critères utilisés par ce comité pour classer les circonscriptions gagnables en 2026 ?
  • Quels sont les critères utilisés par ce comité pour mettre en lien une circonscription gagnable avec une personne « notoire » ?
  • À quelle date le comité de recrutement a-t-il décidé qu’il ne cherchera plus de candidatures de femmes ni de personnes non-binaires pour Gouin ?

Et finalement, il est assez décevant de demander aux délégations, « bien humblement », de faire confiance à la décision d’un comité non statutaire, non élu et dont les membres ne sont pas connus du reste du parti.

Investiture et démocratie

Dans la Lettre aux associations publiée le 3 décembre 2025, et plus tard dans une autre publiée le 5 février 2026, le CCN annonce que les investitures dans Montréal, donc incluant celle de Gouin, commenceront en mars 2026 : « Les associations peuvent commencer leur processus d’investitures à partir du mois qui leur est assigné dans le calendrier. [...] Par exemple, une association de Montréal, ne pourrait pas commencer son processus d’investiture avant Mars 2026, mais peut entamer les démarches plus tard au printemps. »

Appuyer une candidature, c’est la choisir. La proposition d’exception montre clairement que le CCN et le COCO de Gouin, deux instances élues, n’ont même pas attendu le lancement de l’investiture dans Gouin, ni sa fin d’ailleurs, et ont décidé le 21 janvier 2026 que, à toute fin pratique, la course est déjà finie, que « nous avons recruté une candidature exceptionnelle » et « l’élection de cet homme aurait un impact stratégique important et positif pour notre parti ». Est-il démocratique de faire de telles affirmations sans que les membres de Gouin n’aient encore rien décidé ?

D’ailleurs, toutes les instances et les structures du parti, statutaires ou ad hoc, doivent être vigilantes et s’assurer dans leur fonctionnement et dans leur prise de positions publiques d’éviter les apparences de partialité et de favoritisme. Dans l’argumentaire de la proposition d’exception, le CN est informé que le COCO de Gouin « a été emballé et s’est joint à la proposition [d’exception] ». Selon la PNI, le COCO de l’association locale ne peut pas officiellement et publiquement choisir une candidature ou l’appuyer.

Demander de changer les critères de représentativité adoptés par le 23e Conseil national pour favoriser la candidature de cet homme est vraiment un choix fait à la place des membres. Également, le CCN et le COCO de Gouin n’ont pas respecté leur devoir de neutralité et d’impartialité tel que requis par la PNI puisque leur utilisation de la convocation du Conseil national pour annoncer leur appui à cet homme est une contravention claire à cette Politique.

Pour donner plus de poids à l’utilisation de la « notoriété », l’argumentaire de la proposition d’exception mentionne les candidatures de Françoise David et Gabriel Nadeau-Dubois dans Gouin. Mais, ce que semble oublier cet argumentaire est que, à cette époque, tous les membres du parti, femmes, non-binaires et hommes, conservaient leur droit de présenter leurs candidatures à l’investiture dans Gouin contre ces deux personnes. Ce que la proposition d’exception interdit carrément. Mais, qu’est-ce qui empêche le CCN et le COCO de Gouin de respecter les délais annoncés et lancer une investiture dans Gouin selon la PNI ?

Dans les faits, si la proposition d’exception est adoptée, elle éviterait à l’homme en question l’obligation de participer à une vraie campagne d’investiture et lui garantirait un couronnement. Certes, les membres pourront voter pour la chaise vide, mais ce sera toujours un couronnement.

Et finalement, sachant que le mandat de recrutement a été accordé selon les statuts du parti et la PNI en vigueur et non selon leur modification potentielle en cas d’une candidature « notoire » et « exceptionnelle », est-ce que la personne responsable nationale des processus d’investiture juge conforme à la PNI cette décision du CCN et du COCO de Gouin de soutenir publiquement la candidature de cet homme ?

Conclusion

Ce texte montre que, si adoptée, la « proposition d’exception » affectera négativement le caractère féministe et le fonctionnement démocratique des investitures. Il met en évidence de graves problèmes de transparence et de respect de la Politique nationale d’investiture. Principalement, cette proposition retire en fait le droit de se présenter dans Gouin, à toutes les femmes et aux personnes non-binaires, notamment à celles qui sont actuellement en réflexion concernant leurs propres candidatures dans Gouin.

Cette proposition doit être battue par le Conseil national le 21 février prochain. D’ailleurs, vu l’échec de trouver une candidature féminine ou de personnes non-binaires, la compétence démocratique exige des personnes siégeant sur le comité de recrutement de démissionner et de laisser la place à d’autres.

Le parti peut garder Gouin solidaire avec une femme ou une personne non-binaire en impliquant réellement et démocratiquement les membres de cette circonscription dans la campagne électorale en commençant par l’investiture. C’est le parti qui a gagné cette circonscription en 2012 et le fera encore en 2026 !

Liste de signataires

Hassoun Karam
Élizabeth Germain
Ginette Lewis
Gérard Pollender
Josée Chevalier
Bernard Rioux
Guillaume Ducharme
Julie Desjardins
Pierre-Olivier Émond
Pour ajouter votre nom à ces signatures : écrire à redaction@pressegauche.org

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