Tiré de Entre les lignes et les mots
La sécurité est une condition de survie pour un média couvrant un pays dirigé par l’un des régimes les plus répressifs au monde. L’identité et la localisation des journalistes restés en Afghanistan, les canaux de communication et les protocoles d’urgence ne peuvent être rendus publics sans mettre des vies en danger. 8AM Media applique des règles strictes : communications chiffrées, cloisonnement des informations sensibles, anonymisation des sources, évaluations des risques avant publication et soutien à la relocalisation des journalistes.
Depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, certains sujets sont devenus strictement interdits en Afghanistan : oppression des femmes, corruption, incidents sécuritaires, exécutions, etc. En guise de motif, le régime invoque qu’ils sont « contraires à l’islam » ou relevant de la « propagande occidentale ». Les journalistes qui osent franchir ces lignes rouges s’exposent à des convocations par les services de renseignement, des violences physiques, la confiscation de leur matériel et une détention arbitraire.
Alors que le pays suffoque sous le poids de la censure et de la répression, 8AM Media, plateforme à but non lucratif, revendique un journalisme d’investigation indépendant et d’intérêt public visant à exposer la réalité de l’Afghanistan. Il documente les violations des droits des femmes, l’exclusion des filles du système éducatif et les défaillances de la gouvernance talibane, mais aussi les crises humanitaires, sanitaires et environnementales, les détentions arbitraires, la torture et les exécutions extrajudiciaires, la situation des réfugiés afghans et leurs expulsions forcées, notamment du Pakistan et d’Iran. Ses enquêtes en font une source essentielle pour comprendre la réalité afghane, loin de la propagande officielle talibane.
Pour toucher le plus large public possible, la rédaction publie en dari, pachto, ouzbek et anglais. Et pour contrer ou contourner les coupures d’Internet, la censure et les pare-feux, 8AM Media multiplie les canaux de diffusion : sites miroirs, formats légers adaptés aux connexions limitées, réseaux sociaux, applications de messagerie comme WhatsApp ou Telegram et relais de la diaspora. Cette diversification est vitale quand l’accès à l’information est utilisé comme arme politique.
Mais travailler en exil a un fort coût humain et financier. La distance pèse aussi psychologiquement sur des journalistes vivant dans l’angoisse permanente vis-à-vis de leurs proches restés au pays. Quant aux membres de 8AM Media en exil au Pakistan, ils sont aujourd’hui menacés d’expulsion vers leur pays d’origine en raison de la politique de renvois massifs des réfugiés afghans, alors même qu’ils ont signé des enquêtes sensibles qui font peser des menaces sur leur liberté et leur vie.
Pourtant, 8AM Media continue de faire ce que les talibans cherchent précisément à empêcher : décrire la rugosité de la vie de l’Afghanistan d’aujourd’hui, et non la façade lisse que le régime voudrait présenter. Dans un pays où la liberté de la presse est méthodiquement étouffée, 8AM Mediaapporte chaque jour la preuve que, même en exil, le journalisme est capable d’exister et de résister.
Célia Mercier, responsable du bureau Asie du Sud de RSF
https://rsf.org/fr/dans-les-coulisses-d-une-rédaction-en-exil-8am-media-lumière-de-l-info-dans-les-ténèbres-de-kaboul
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