Édition du 18 février 2020

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Québec

De la violence en soin de longue durée, des périsoignants qui se portent mal

Le scandale de St-Charles-de-Borhomée a ébranlé l’opinion publique et pour cause, la maltraitance d’un être vulnérable comme une personne âgée ou un handicapé suscite un sentiment de révolte. Par contre, depuis quelques années, certaines études viennent identifier des faits pour le moins troublant. En effet, pour certains chercheurs, nos préposées aux bénéficiaires et le personnel soignant feraient face à de la violence de façon récurrente au travail. Est-ce un phénomène banalisé par nos employeurs ?

Des chiffres qui font peur

Au cours de notre travail syndical, il n’est pas rare d’entendre des témoignages de nos camarades sur la violence qu’ils et elles vivent dans leur milieu de travail par les bénéficiaires. Nos membres peuvent vivre des agressions physiques, psychologiques et sexuelles régulièrement. Et il n’est pas rare pour les gestionnaires de répondre à nos membres « que les résidents sont malades, ce n’est pas de leur faute ». Comme si manger une claque au travail, c’est normal ! La violence verbale fait aussi partie du lot quotidien des préposées aux bénéficiaires. Tout y passe, les commentaires racistes, homophobes et injurieux accompagnent ces travailleuses dans leurs tâches. Souvent, on finit par intérioriser ces gestes et accepter de vivre cela qui pourtant, à l’extérieur de notre travail, serait considéré comme étant inacceptable. Par exemple, selon une étude faite par Isabelle Lacharme, étudiante au doctorat en psychologie à l’université du Québec à Trois-Rivière, la violence serait la principale souffrance par le personnel soignant : « Cette violence peut être physique lorsque des patients crachent, griffent, mordent, font des touchers à caractères sexuels ou lancent des objets 1 ». Malheureusement, il reste beaucoup de sensibilisation à faire auprès de nos confrères et consœurs à remplir des rapports d’accidents en cas d’agression de toutes sortes.

L’EQCOTESST, une enquête menée en septembre 2011 par des universitaires de l’Université d’Ottawa, prétend qu’un travailleur sur 5 vit de la détresse psychologique et que les travailleuses et travailleurs de la santé sont particulièrement touché par ce phénomène. Pour certaines sections locales, comme au Syndicat canadien de la fonction publique 2881, on prit le taureau par les cornes comme nous la expliqué Sophie Bibeau, déléguée sociale : « Nous avons pris très au sérieux ces chiffres, car sur le plancher, c’est palpable, on voit que nos camarades vivent de plus en plus de difficultés et qu’ils ont besoin de support et d’être dirigé vers des ressources appropriées ».
Même son de cloche du côté de la Fédération interprofessionnelle du Québec, où la présidente, Régine Laurent, affirme dans un article publié le 8 janvier 2014 dans Le Devoir : « on a un problème de détresse psychologique et c’est très clair. Il faut arrêter d’avoir cette vision comptable, ce sont des humains qui soignent des humains  ». Cette détresse psychologique serait reliée, selon la présidente de la FIQ, par l’augmentation du rythme de la cadence de travail et des projets d’optimisation. Aussi, dans ce même article, on y affirme que près de 9 millions d’heures en assurance-salaire a été versé dans le réseau de la santé. Un indicateur qui pourrait supposer, que nombre de périsoignants quitte en congé maladie pour des raisons de violence au travail.

L’approche patronale

Du côté de l’employeur, on répond que c’est une question d’approche. On forme les périsoignants avec l’approche relationnelle et la formation de pacification Omega. En fait, selon nos employeurs, en adoptant une approche humaine, le personnel soignant devrait être à l’abri de toute forme de violence. Discours ironique puisque depuis quelques années, on voit un alourdissement des usagers aux prises avec de sérieux problèmes cognitifs et des limitations physiques très importantes. En comité de relation de travail, on n’hésite pas à dire à la partie syndicale que la tendance ne s’amoindrira pas et que les travailleuses et travailleurs devront s’adapter.
Par contre, cette approche individualise le problème de violence au travail au détriment du p.a.b ou de l’infirmière. Puis, cela ne critique aucunement l’organisation du travail et les différentes restructurations organisationnelles dans les différents milieux de travail qui ont lieu en ce moment. Mais tout de même, un comité sur la question vient tout juste d’être mis en place par le ministère. Peut-être que les résultats de ce comité pourraient soulevés quelques questions.

Conclusion

Pour finir, les travailleuses et les travailleurs de la santé voient une recrudescence de la violence à leur égard. Cette violence a un impact sur leurs conditions de vie et leur santé. D’autant plus que nos employeurs tolèrent aucune violence envers les résidents et donne des réprimandes très sévères, pouvant même aller jusqu’au congédiement. Sans excuser dans de tel geste, comment le personnel soignant peut-il extérioriser cette violence qu’il accumule jour après jour, alors qu’on a tendance à la banaliser ?
C’est le rôle des différents syndicats de la santé d’appuyer leurs membres et de faire reconnaître cette problématique chez les employeurs et auprès de l’opinion publique. Expliquer les causes de cette violence serait une chose ardue, mais partir d’une critique de l’organisation du travail, serions-nous devant une piste envisageable ?

Rémi Arsenault
Sophie Bibeau
SCFP 2881

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