Édition du 22 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Asie/Proche-Orient

Depuis 2 semaines, l’Iran brûle. Le brasier a surpris plus d’un

Les « réformateurs » fidèles aux fondements de la République islamique s’enferment dans le mutisme. Alors qu’ils avaient largement dominé les protestations en 2009 lors des élections truquées ayant conduit à la présidence de Ahmadinejad.
Les Mojahdedin du peuple se voient dépassés par l’ampleur d’un mouvement spontané qui n’affiche point les portraits de leurs leaders.

tiré de Entre les lignes et les mots

La galaxie de la gauche iranienne est sonnée que le peuple occupe le pavé selon des logiques incompatibles avec les grandes théories connotées dans les cafés en Europe, aux USA, en Australie ou au Canada.

Les syndicats iraniens réfléchissent encore s’il faut enclencher des grèves massives ou pas.

Les nostalgiques du règne des Pahlavi n’entendent plus les slogans « paix à ton âme, Reza Shah ».

Seul le mouvement hétéroclite des étudiants et collégiens s’est rangé du côté de la protestation. Le ministère de l’éducation ayant pris la précaution de fermer les cours en présentiel… En outre, nombreux sont les commerces kurdes ayant fermé boutique.

Quant aux partis du Kurdistan iranien, ils doivent résister aux bombardements intenses des pasdaran sur leurs camps à l’intérieur de l’Irak. Ils sont probablement les mieux placés pour une orientation de la lutte. Leur influence reste néanmoins limitée à la région kurde.

Israël excelle par son attentisme. Le groupe des pays occidentaux ne semble pas avoir saisi l’ampleur du mouvement et ne veut surtout pas compromettre un éventuel accord sur le nucléaire iranien. L’Ukraine semble être la priorité absolue. La Russie aussi a d’autres chats à fouetter que de se positionner sur la nouvelle révolution iranienne. Elle ne cassera en aucun cas son alliance avec les ayatollahs. La Chine n’a pas intérêt à froisser un allié de poids qui ne s’est guère soucié du sort des Ouïgours. L’Arabie saoudite et la Turquie ne prennent pas de risque et observent la situation.

La nouvelle révolution iranienne est symbolisée par l’assassinat de Jina (son prénom kurde) Amini. Son accoutrement ne semblait pas être conforme à la doctrine des chasseurs de mœurs « déviantes ». Elle a perdu la vie, vraisemblablement, suite aux coups reçus pendant son arrestation. Elle venait du Kurdistan. Ce détail est de taille. Puisque cette révolte se distingue par une forte identité féministe et kurde. Cette double oppression caractérise un mouvement exceptionnel.

Le slogan « femme, vie, liberté » est né dans le sillage de la révolte des femmes de Rojava. Une région kurde (en Syrie), confrontée aux affres d’un islamisme qui se différencie peu des maîtres chancelants de Téhéran.

Femmes et hommes crient ce slogan dans tout le pays. Les autres minorités ethniques en Iran scandent ces trois mots, parfois en idiome kurde. Les formes d’organisation de cette lutte exemplaire sont très décentralisées. Pas de leader, pas de parti, pas de syndicat, sans plateforme ni lieu bien défini. Le jour, une simple balade d’une femme (jeune ou âgée) avec le foulard brandi comme étendard pour laisser les cheveux au vent recueille les applaudissements. La nuit venue, les slogans fusent dans les innombrables tours d’habitation. L’illusion des élections sous l’égide de la République islamique, point de semblant de coloration partisane, nulle trace d’une coordination nationale. Voici la force d’une lame de fond qui traverse tout le pays, même dans les villes pieuses de Qom et de Mashad. Des lieux tels que préfectures, domicile des imams du vendredi, écoles coraniques, sièges des miliciens du régime, les casernes des pasdarans et les portraits géants des dignitaires sont pris pour cibles des cocktails molotov. Plus aucun mollah ne se hasarde seul dans les rues. Les tags fleurissent sur les murs. La tête du régime est pointée.

La réaction des forces répressives n’est pas à son comble. D’aucuns relèvent la division dans les rangs du régime. D’autres pointent une féroce attaque sur tous les fronts qui va s’abattre sur le pays. Le guide du régime n’a pas encore pris une position officielle. On le croit gravement malade. Un de ses fils serait son poulain désigné.

La rue est occupée par le nouveau féminisme iranien, pays anciennement bastion d’une misogynie crasse. La montée en puissance des mouvements kurdes ne réjouit ni les plus chauvins des iraniens, ni la Turquie, ni l’Arabie saoudite. Un mouvement sans leader ni organisation serait suspecte pour les idéologues de la « révolution ». Quand le peuple opprimé balaie 43 ns de théocratie, l’attentisme est synonyme de complicité.

Elles et ils scandent « gare à vous quand on sera armé ». Le nouvel ouragan moyen-oriental balaie bien des réticences et pessimismes. Des villes et quartiers entiers échappent désormais au contrôle du régime. La coupure des connexions internet est une vaine tentative de répression qui n’a aucune efficacité face à un mouvement décentralisé. Anonymous a réussi à paralyser nombre de sites officiels.

Gloire posthume à Jina Amini, victime d’une théocratie qui ne voit en la femme que sa seule fonction de reproduction. La double oppression que subissent les Kurdes et autres minorités ethniques en Iran met face à ses démons l’idée d’un empire perse révolu.

Jina s’est sacrifiée, ses cheveux au vent ont été l’étincelle qui a provoqué le feu à la barbe des ayatollahs.

Jamshid Pouranpir

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