Tiré de The rabble
Traduction de Johan Wallengren
Le 1er juin 2026 / De : Gabriella Calugay-Casuga
Les défenseurs des travailleurs agricoles migrants ont informé le Premier ministre Mark Carney qu’ils déposeraient une plainte auprès du Comité des droits de l’homme des Nations unies en décembre, à l’occasion de la Journée internationale des migrants. La plainte mettra en évidence ce que ces défenseurs qualifient d’inaction du gouvernement face aux décès évitables de travailleurs agricoles migrants.
La plainte sera déposée par Justice for Migrant Workers (J4MW), un collectif politique bénévole basé à Toronto et Vancouver fort de plus de 20 ans d’expérience dans le domaine de la mobilisation.
« Ce que nous constatons, c’est que le travail agricole, de par sa nature même, est violent, dangereux, déshumanisant et salissant », déplore Chris Ramsaroop, organisateur de longue date au sein de J4MW. « Structurellement, nous créons des lieux de travail, comme dans l’agriculture, où la vie des gens – en particulier celle des travailleurs issus de minorités ethniques – n’est pas valorisée. Nous voulons mettre en lumière cette réalité. »
L’Organisation internationale du travail (OIT) classe le travail agricole parmi les professions les plus dangereuses au monde. Les travailleurs sont exposés aux produits agrochimiques et peuvent également subir des blessures lors de la manipulation de machines lourdes. L’OIT estime que 170 000 personnes travaillant dans l’agriculture meurent chaque année.
Ces risques, combinés au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) du Canada, qui a été qualifié de terreau fertilepour les formes contemporaines d’esclavage, ont rendu les travailleurs agricoles migrants particulièrement vulnérables aux risques de blessures et de décès. En plus d’être exposés aux dangers du travail agricole, les travailleurs agricoles migrants sont aux prises avec des niveaux élevés d’anxiété et de stress en raison de la séparation familiale, de la précarité et des conditions de travail qui sont susceptibles de porter atteinte à leur intégrité et à leur dignité et de la précarité de leur emploi à bas salaire et de leur statut d’immigrant.
« Le racisme et la suprématie blanche sont au cœur de la création de ces programmes », a déclaré Monsieur Ramsaroop. « Dans les années 60, quand la question de la pénurie de main-d’œuvre était débattue, les politiciens prônaient la liberté, la dignité et le respect. Ils expliquaient que quand il s’agissait des Européens blancs, ils n’étaient pas en mesure d’exercer un contrôle sur la main-d’œuvre, ni d’imposer des restrictions ou de gérer le recrutement. Nous n’avons eu aucun scrupule à créer les conditions que nous savons, d’abord pour les travailleurs noirs de la Jamaïque, puis pour les travailleurs du monde entier. »
Dans sa lettre adressée au bureau du Premier ministre, J4MW a indiqué qu’il continuerait à exiger des enquêtes sur les décès de travailleurs agricoles migrants, à réclamer des investigations et à se battre pour la justice.
« Nous refusons d’accepter un système où la servitude par contrat n’est pas seulement un héritage, mais une pratique claire et assumée à travers tout le pays », a écrit l’organisation dans sa lettre.
Le bureau du Premier ministre a reçu la demande de commentaires de rabble.ca, mais n’a pas été en mesure de répondre dans les délais.
M. Ramsaroop a déclaré qu’il n’avait pas été impressionné par les réponses passées du gouvernement aux doléances de J4MW.
« Les réponses qu’on reçoit sont génériques et il n’y a pas eu de changement réel », a-t-il déclaré. « Ce n’est pas seulement que le gouvernement refuse d’agir. Le gouvernement soutient fortement le complexe agro-industriel. »
Il a formulé le vœu que la plainte auprès du Comité des droits de l’homme des Nations unies pousse le gouvernement à enfin prendre les mesures nécessaires.
« Historiquement, les progressistes ont échoué et ont succombé aux clichés de la suprématie blanche », a ajouté M. Ramsaroop. « À l’heure actuelle, alors que nous réclamons des changements, il s’agit de garantir que les gens puissent vivre libres et égaux. Ce n’est pas juste parce qu’ils viennent de pays du Sud ou qu’ils sont racialisés qu’ils doivent être confrontés à un ensemble d’exclusions différenciées et profondément racistes. »
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