25 août 2026 | tiré de reporterre.net
Dix-huit mois auront suffi pour briser les pales de l’éolien offshore aux États-Unis. En 2021, Joe Biden promettait qu’à l’horizon 2030, l’éolien en mer produirait assez d’électricité pour alimenter plus de 10 millions de foyers. Mais, dès le premier jour de son deuxième mandat, en janvier 2025, Donald Trump a érigé son aversion pour ces « grandes et affreuses éoliennes » en politique d’État, s’attelant à défaire ce que son prédécesseur avait tenté de bâtir. Et ce, alors que l’éolien terrestre et en mer fournit déjà 10 % de l’électricité du pays.
Aux déclarations incendiaires a rapidement succédé une offensive de l’administration Trump II : gel des nouvelles concessions en mer, réexamen des autorisations déjà accordées, suspension de chantiers. En décembre 2025, son administration est allée jusqu’à ordonner l’arrêt de cinq grands parcs offshore alors en construction, invoquant des risques pour la « sécurité nationale » et notamment des interférences avec les radars.
« Le mal est déjà fait »
« C’est là toute la “beauté” de la stratégie de l’administration Trump II : elle a parfaitement compris comment frapper une industrie encore jeune, mais en plein essor, au moment où elle commençait à attirer des investissements, créer des emplois et renforcer le réseau électrique », constate Barbara Kates-Garnick, professeure spécialiste des politiques énergétiques à la Fletcher School de l’université Tufts (Massachusetts).
Les tribunaux avaient jusqu’ici joué les garde-fous, annulant plusieurs décisions de l’administration Trump. Mais leurs interventions, projet par projet et souvent tardives, ont peiné à enrayer une stratégie qui bouleverse déjà les choix d’investissement du secteur. « Même si l’on intervient a posteriori pour déclarer le processus illégal, le mal est déjà fait, estime Barbara Kates-Garnick. Il faudra beaucoup de temps pour que les investissements reviennent, et ils ne reviendront probablement jamais sous la même forme. »
Avec le rachat de concessions de TotalEnergies au large de la Caroline du Nord et de l’État de New York, en mars, l’administration Trump est passée à « une stratégie beaucoup plus agressive » avec « une obligation de réinvestir ces fonds dans l’amont pétrolier et gazier, dans les terminaux de gaz naturels liquéfiés [GNL] et dans la production d’électricité », explique Lizzie Bonahoom, analyste des politiques énergétiques nord-américaines chez Aurora Energy Research, un cabinet de recherche et de conseil spécialisé dans les marchés de l’énergie.
Objectifs contradictoires
Selon elle, cette « réorientation des capitaux » au sein de ces mêmes multinationales ne saurait toutefois réduire « l’offensive contre l’éolien à un simple cadeau aux géants des hydrocarbures ». Car, dans le même temps, Donald Trump leur demande de poursuivre deux objectifs contradictoires : faire baisser le prix du gaz aux États-Unis, tout en investissant dans le GNL pour en exporter davantage.
« L’éolien en mer est l’une des rares ressources à grande échelle adaptées à ces régions »
L’offensive contre l’éolien en mer menace aussi la sécurité et l’indépendance énergétiques de certaines régions. Plusieurs États côtiers de l’est des États-Unis misaient depuis des années sur cette énergie pour accompagner une demande d’électricité en forte hausse. Une étude de décembre 2025 de Charles River Associates, un cabinet international de conseil économique, financier et stratégique, montre que, sans l’énergie éolienne offshore, le risque de coupure de courant à New York augmenterait d’environ 25 % et que les coûts énergétiques en Nouvelle-Angleterre grimperaient de 10 %.
« Ces régions disposent d’options limitées : l’éolien en mer est l’une des rares ressources à grande échelle adaptées à leur configuration géographique, souligne Hillary Bright, directrice exécutive de Turn Forward, une organisation de défense de l’éolien en mer. Chaque projet annulé ou abandonné représente une capacité de production dont nous serons privés au moment où nous en aurons besoin, et il n’existe pas de solution miracle pour la remplacer. »
La situation est d’autant plus critique que les besoins en électricité explosent : les pics de consommation devraient augmenter d’environ un quart au cours de la prochaine décennie, un rythme jamais vu depuis 1995, selon une étude de l’organisme chargé de surveiller et d’évaluer la fiabilité du réseau électrique en Amérique du Nord, publiée en janvier. Cette nouvelle donne est essentiellement due à la construction massive de data centers pour soutenir l’usage croissant de l’intelligence artificielle.
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre











Un message, un commentaire ?