Par Ivonaldo Leite, 8 août 2026
Sociologue, Université Fédérale de Paraíba, Brésil
Ce réchauffement exceptionnel s’est accompagné d’un contenu thermique des océans et d’une élévation du niveau de la mer records, d’une perte de masse spectaculaire des glaciers, et de la deuxième étendue des glaces de mer la plus faible observée en Antarctique. La hausse continue des températures mondiales a entraîné une augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes, notamment des vagues de chaleur, des sécheresses, des incendies de forêt, des tempêtes et des inondations, entraînant des pertes humaines et économiques considérables.
D’autre part, le mois de juin 2026 a été le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale, selon l’observatoire climatique de l’Union européenne – Copernicus. Des milliers de décès ont été liés à cette envolée des températures, principalement en France, en Espagne et en Belgique, et plus des deux tiers des Européens – soit 410 millions de personnes – ont subi des températures dépassant les 35 °C pendant la vague de chaleur du 15 au 30 juin. Au cours des quatre dernières années, plus de 200.000 personnes sont mortes en Europe à cause de la chaleur. Sur les deux dernières décennies, la mortalité liée aux fortes températures a augmenté d’environ 30 %. En 2026, le bilan est encore provisoire, mais il est déjà alarmant. Près de 10.000 décès liés à la chaleur ont été enregistrés en quelques semaines en Europe cet été.
Une telle vague aurait été pratiquement impossible sans l’influence du changement climatique. Comme le reconnaît le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT), le changement climatique est en train de passer du statut de problème futur abstrait et statistique, dont on prend connaissance dans des rapports, à celui d’une réalité concrète et perturbatrice de la vie quotidienne.
En Amérique latine et dans les Caraïbes, les changements climatiques sont de plus en plus tangibles. Les pays des Caraïbes sont parmi les plus exposés au monde aux phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les ouragans et les inondations, tandis que les effets des changements climatiques sont toujours plus visibles en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Les régions déjà chaudes, les petits États insulaires et les pays dont l’économie repose largement sur des secteurs sensibles au climat (en particulier l’agriculture), sont touchés de manière disproportionnée.
Malgré leur contribution inférieure à 5 % des émissions mondiales de carbone, l’Amérique latine et les Caraïbes ont subi pas moins de 1 350 catastrophes naturelles imputables aux changements climatiques, qui ont touché plus de 170 millions de personnes et causé près de 30 000 décès au cours des deux dernières décennies, selon un rapport de la Commission européenne. Les dommages économiques associés à ces événements sont estimés à plus de 170 milliards de dollars.
Les changements climatiques entraînent des risques physiques directs pour les personnes et les infrastructures. Il s’agit parfois de phénomènes météorologiques extrêmes et parfois de changements plus progressifs, comme la détérioration des conditions pour l’agriculture, l’élévation du niveau des mers, la dégradation des infrastructures et la raréfaction de l’eau. Les pays d’Amérique latine et des Caraïbes qui connaissent des températures de plus en plus élevées sont davantage exposés à de tels risques.
Em réalité, le changement climatique et la perte de biodiversité sont deux des enjeux environnementaux les plus urgents et les plus interdépendants. De nombreuses études démontrent l’incidence potentielle du changement climatique sur la biodiversité à l’échelle locale comme mondiale : entre 3 et 6 millions (voire plus) d’espèces animales et végétales sont menacés, même dans des scénarios où le changement climatique est modéré. Il existe également de plus en plus de preuves que la perte de biodiversité contribue à déstabiliser la rétroaction, affectant directement la stabilité du climat. Les études montrent constamment qu’une diversité végétale accrue sur les terres peut améliorer le fonctionnement des écosystèmes, notamment le stockage du carbone, et que ces effets se renforcent avec le temps.
Face à la réalité décrite, il ne suffit pas de formuler des critiques et de dénoncer les faits. Il faut proposer une alternative. Je pense que cette alternative est un projet écosocialiste. C’est le projet d’une nouvelle civilisation fondée sur d’autres valeurs et d’autres formes de production et de consommation, une autre façon de vivre, comme le dit Michael Löwy.
En ce sens, il est nécessaire de mettre fin à l’obsolescence programmée. Parce que les produits sont faits pour ne pas être durables. L’obsolescence programmée est inhérente à la logique du capitalisme. C’est rationnel pour le capitaliste : il faut produire des marchandises qui deviennent obsolètes le plus vite possible. Par exemple : le téléphone portable qui a toujours un nouveau gadget, dont il faut acheter le nouveau modèle. C’est inhérent au capitalisme et cela produit un gaspillage monstrueux, aussi parce qu’on ne peut plus réparer les objets : l’ordinateur qui a un problème, on ne peut pas le réparer, on ne peut même pas l’ouvrir, il faut le jeter et en acheter un autre, tout nouveau. C’est la logique du système et c’est un gaspillage énorme. Donc si on en finit avec l’obsolescence programmée, si on ne produit que des produits durables et réparables, on ferait déjà un pas vers l’écosocialisme.
Le projet écosocialiste est un projet très ambitieux. Alors, l’écosocialisme ne verra jamais le jour si nous ne commençons pas à nous battre pour lui ici et maintenant. Cela exige une praxis dialectique avec un maximum de conscience possible, selon la perspective classique du sociologue Lucien Goldmann. Il faut éviter de tomber dans le fatalisme pessimiste – par exemple, celui des collapsologues qui disent que la catastrophe écologique est inévitable. La bataille n’est pas perdue.
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