Édition du 10 mars 2026

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Europe

Dix ans de La France insoumise : une perspective marxiste

En février 2026, La France insoumise [1] fête ses dix ans. Pourtant, les analyses marxistes approfondies consacrées à sa nature et à ses perspectives demeurent rares, que ce soit en anglais [2] ou en français [3]. Le présent article se propose d’identifier les traits qui caractérisent ce mouvement et de formuler une appréciation sur la manière dont les révolutionnaires devraient s’y engager.

John Mullen

Je commencerai par examiner l’influence et l’activité de La France insoumise en 2025, ainsi que son utilité pour les travailleurs et les opprimés, avant de retracer l’histoire de ses orientations politiques et de son organisation. J’analyserai ensuite les faiblesses immédiates et à moyen terme de ses idées et de ses stratégies. Enfin, j’étudierai les modalités selon lesquelles la gauche révolutionnaire en France a interagi avec La France insoumise, infiniment plus influente, ainsi que les erreurs graves qui, à mon sens, ont été commises dans ce cadre.
A mon sens, il va de soi que les marxistes révolutionnaires doivent conserver leurs propres analyses, leurs propres voix, leurs organisations et leurs initiatives, et ne sauraient dissoudre l’ensemble de leur activité dans un tel mouvement.

Réformisme et/ou révolution

L’ouvrage de 2003 de Jean-Luc Mélenchon, dirigeant le plus influent de La France insoumise, a comme sous-titre « Vers la Révolution citoyenne ». Les documents programmatiques de LFI recourent fréquemment à ces expressions de « révolution citoyenne » et de « changement spectaculaire ». Lors de la réunion de clôture de l’université d’été 2025, Mathilde Panot a cité Rosa Luxemburg [4], tandis que les analyses de Karl Marx sur le capitalisme sont enseignées et discutées lors des événements de formation de LFI. Par ailleurs, les discours de ses dirigeants appellent régulièrement à l’insurrection populaire : en août dernier, Mélenchon expliquait ainsi que, lorsqu’un gouvernement de La France insoumise sera constitué, le rôle des militants ne sera pas d’obéir, mais « d’être insoumis partout, tout le temps  » [5].

Malgré cette rhétorique, il convient de considérer La France insoumise avant tout comme une force d’un nouveau réformisme. Il ne s’agit nullement d’une invective, mais de l’application d’une catégorie marxiste. La stratégie centrale de la direction de LFI repose sur la transformation de la société française par la victoire électorale, la refonte radicale de la Constitution afin de réduire l’hyperprésidentialisme et d’élargir les droits démocratiques, ainsi que sur l’utilisation des leviers de l’État pour défendre les intérêts des classes populaires. C’est par ces moyens que LFI entend réorienter en profondeur l’économie et la société vers la protection de la planète et le bien-être social, en les détournant de la dictature du profit et de la spéculation.

L’objectif revendiqué n’est pas de démanteler les institutions étatiques existantes, de dissoudre la police et l’armée, ni de construire de nouvelles formes de démocratie ouvrière fondées sur les lieux de travail — perspectives que les marxistes révolutionnaires ont, pour notre part, tendance à défendre. Le programme de LFI comporte ainsi une section consacrée à la question de « refonder une police républicaine ». De même, son programme économique insiste sur la nécessité de créer de puissantes banques publiques, sans pour autant envisager l’expropriation des établissements bancaires existants. Enfin, des éléments centraux du keynésianisme de gauche — l’idée de relancer l’économie par l’investissement public — constituent l’un des piliers de l’orientation économique de La France insoumise [6].

Il convient toutefois d’ajouter plusieurs éléments essentiels à cette première caractérisation. Le premier est que cette catégorisation, aussi pertinente soit-elle, est avant tout celle dont disposent les marxistes ; elle n’est pas accessible à la majorité des travailleurs en France. Un très grand nombre de personnes, qu’elles soient favorables à La France insoumise ou, au contraire, fermement opposées à celle-ci, perçoivent son projet comme révolutionnaire. Il n’existe en effet aucune compréhension largement partagée, au sein de la classe ouvrière française, de la distinction pouvant être établie entre une «  révolution citoyenne » et une « révolution ouvrière ». Ce constat doit orienter l’attitude de l’ensemble des militants révolutionnaires. Se maintenir de manière ostentatoire à distance de celles et ceux qui revendiquent un changement révolutionnaire, au motif que nous défendons une autre conception de la révolution, ne constitue pas une tactique fructueuse.

Deuxièmement, bien que la solution privilégiée par la direction de l’organisation s’inscrive dans le cadre d’une reconfiguration de l’appareil d’État existant, la France insoumise se distingue nettement du réformisme traditionnel. Elle a conquis une indépendance organisationnelle complète à l’égard des partis ayant exercé le pouvoir et ayant participé à la mise en œuvre de politiques d’austérité. Les dirigeants de LFI n’invitent pas les classes populaires à suspendre les luttes en attendant les prochaines échéances électorales : LFI soutient, de manière générale, les mobilisations et la révolte populaires. Lors de son discours à l’université d’été de 2025 Jean-Luc Mélenchon a ainsi appelé à une grève générale le 10 septembre. Il a également encouragé les jeunes à rejoindre des organisations antifascistes actives, telles que « La Jeune Garde  », organisation interdite par le gouvernement Macron en mars 2025. Mélenchon déclarait alors : « J’appelle tous mes camarades insoumis à aller se grouper derrière la bannière de la Jeune Garde, pour dire ’nous n’avons pas peur !’ […] Ces jeunes gens détestent le fascisme. Je leur donne raison. Bravo, continuez ! » [7].

Au moment où j’écris ces lignes, à la fin de l’année 2025, les groupes locaux de La France insoumise sont fortement impliqués dans l’organisation de grèves et d’actions de blocage, tandis que l’un des plus jeunes députés du mouvement, Louis Boyard, a appelé les lycéens à bloquer leurs établissements [8]. En juin dernier, le discours de Jean-Luc Mélenchon, prononcé lors d’une manifestation nationale, s’est conclu par ces mots : « Vive la lutte ! La lutte est la seule chose qui nous maintient en vie et debout ! »

Sur le plan théorique également, l’idée d’une rupture avec le réformisme traditionnel est très présente. Trois idées extraites du dernier ouvrage de Mélenchon suffisent à l’illustrer. À propos de la situation contemporaine, il affirme que le capitalisme est intrinsèquement anti-écologique [9]. S’agissant du changement de société, il précise : « Il ne s’agit pas d’un rafistolage, mais d’un changement de civilisation » [10]. Enfin, concernant l’attitude nécessaire pour se rebeller efficacement, il souligne qu’« aujourd’hui, être anticapitaliste est une condition préalable pour préparer raisonnablement la survie de l’humanité » [11].
Cette radicalité attire des millions de personnes et constitue un véritable motif d’espoir. Il serait profondément sectaire, de la part des révolutionnaires, de considérer La France insoumise avant tout comme une concurrence indésirable, ou comme un simple objet à piéger au moyen d’articles «  à charge » dénonçant de manière arrogante certaines décisions tactiques, sans chercher à appréhender globalement les forces et les faiblesses du mouvement [12].

Influence et activité aujourd’hui

Quelle est donc l’influence de La France insoumise aujourd’hui, et dans quelle mesure se révèle-t-elle utile aux travailleurs et aux opprimés pour renforcer leur combativité, leur confiance collective et leur conscience politique ? Commençons par l’examen des résultats électoraux. Lors de l’élection présidentielle de 2022, le candidat de LFI, Jean-Luc Mélenchon, a recueilli 7,7 millions de suffrages [13]. Il s’agit d’une progression par rapport aux 7,1 millions de voix obtenues en 2017, alors même qu’en 2022 — contrairement à 2017 — le Parti communiste présentait un candidat concurrent [14].

Les catégories populaires ont accordé un soutien plus marqué à LFI que les autres segments de l’électorat. En 2022, Mélenchon a obtenu 21,95 % des suffrages exprimés à l’échelle nationale, mais il a recueilli 28 % des voix parmi les électeurs issus de ménages très pauvres [15]. Vingt-sept pour cent des ouvriers ayant voté ont choisi LFI, contre 25 % des employés. Mélenchon a par ailleurs rassemblé plus de 30 % des suffrages des électeurs de moins de 34 ans et réalisé des scores particulièrement élevés dans les grandes villes : plus de 40 % à Montpellier et à Lille, 37 % à Toulouse, 31 % à Lyon et à Marseille, et 30 % à Paris [16]. Enfin, pas moins de 69 % des électeurs musulmans français ont voté pour Mélenchon, confirmant ainsi son statut de premier responsable politique national de premier plan à prendre réellement au sérieux la lutte contre l’islamophobie — dans ce qui demeure l’un des pays les plus islamophobes d’Europe occidentale.

En 2017, La France insoumise ne comptait que dix-sept députés à l’Assemblée nationale. Elle en compte aujourd’hui soixante-douze, auxquels s’ajoutent neuf députés européens. La grande majorité de ces élus étaient des novices de la vie politique institutionnelle, et beaucoup ont été investis en raison de leur engagement antérieur dans des mobilisations locales ou des luttes syndicales. Quelques exemples suffisent à l’illustrer. La députée européenne Anne-Sophie Pelletier s’est fait connaître comme porte-parole d’une grève dans les maisons de retraite. Farida Amrani a émergé comme syndicaliste au sein d’une administration territoriale. Jean-Hugues Ratenon s’est d’abord engagé dans la lutte contre la pauvreté à La Réunion. Muriel Ressiguier est issue d’une campagne antifasciste nationale. Sébastien Delogu a été le porte-parole d’une importante grève de chauffeurs de taxi à Marseille. Rachel Kéké a dirigé des grèves de femmes de chambre dans l’hôtellerie. Alma Dufour provenait de la direction des Amis de la Terre. Martine Étienne a milité de longues années comme syndicaliste à La Poste, tandis qu’Abdelkhader Lahmar était engagé dans la lutte contre les violences policières et le racisme institutionnel.

Le profil général qui se dégage est celui de militants et militantes de classe, issus des luttes sociales, et certainement pas celui de notables dociles ou de simples exécutants du jeu parlementaire.

Qu’en est-il du programme de la FI ? Il prend pleinement la mesure de l’urgence climatique et affirme la nécessité d’une transformation profonde de la société. Parmi ses propositions figurent le passage à 100 % d’énergies renouvelables et à 100 % d’agriculture biologique.

Le programme prévoit que le gouvernement impose un salaire maximum dans chaque entreprise, une forte hausse du salaire minimum et l’indexation de tous les salaires sur l’inflation. L’héritage maximal serait encadré par la loi. Il propose également le gel des prix des produits alimentaires de base, ainsi que la gratuité de l’eau et de l’électricité pour tous les ménages. Les crèches seraient rendues gratuites. Élaboré de manière participative, le programme complet comprend 831 mesures — bien trop nombreuses pour être détaillées ici.[17] Il ne s’agit évidemment pas d’un programme marxiste révolutionnaire, mais il est tout aussi clair qu’il s’agit d’un projet capable d’inspirer des millions de travailleuses et de travailleurs en colère contre la dictature du profit.

Changement constitutionnel

Un objectif central de la FI est l’instauration d’une «  Sixième République ». La Constitution actuelle, celle de la Cinquième République, adoptée en 1958 sous l’impulsion du général de Gaulle, accorde des pouvoirs énormes au président. En 2017, 100 000 personnes ont ainsi manifesté à Paris sous le mot d’ordre « Pour une Sixième République ». Si un candidat de la FI était élu président, il ou elle s’engage à convoquer une assemblée constituante chargée d’élaborer une nouvelle Constitution. Il est difficile de mesurer précisément la portée concrète d’un tel changement, mais cette proposition illustre clairement la volonté de l’organisation de rompre avec le statu quo (néolibéral).

 Élections locales, formation…

Les prochaines échéances électorales devraient être les élections locales de mars 2026. Lors des précédentes élections, en 2020, seuls 45 % des électeurs s’étaient déplacés. Les réseaux de la LFI espèrent donc mobiliser les abstentionnistes, notamment grâce à des campagnes de porte-à-porte à grande échelle,[18] comme cela avait été fait avec succès lors des élections législatives. La France Insoumise s’est déjà illustrée par des mesures phares telles que le retour à une gestion publique de l’eau, la gratuité des cantines scolaires ou le désarmement des agents de police municipale. [19]

Même si l’on ne trouve pas au sein de la FI le même niveau d’élaboration théorique et de débats que dans les organisations marxistes révolutionnaires, les idées y sont prises au sérieux, tout comme la formation des cadres. Le programme national de formation de la FI, l’Institut La Boétie, [20] organise régulièrement des conférences et des colloques. Récemment, des rencontres ont été consacrées à des thèmes tels que « Commencer la Révolutuion dans les communes ? » «  La double exploitation des femmes », « L’évolution de la durée de la semaine de travail depuis le XIVᵉ siècle  », «  Comment l’État sert le marché » ou encore « Quelle stratégie pour vaincre l’extrême droite ». Au-delà du public présent sur place, ces conférences ont été vues entre 5 000 et 15 000 fois sur YouTube. [21]

L’université d’été de la FI, en août 2025, a réuni près de 5 000 participant·es. [22] Les salles de réunion portaient les noms de femmes et d’hommes révolutionnaires, principalement issus de la Révolution française, de la Révolution haïtienne et des mouvements socialistes du XIXᵉ siècle. [23] Le programme était dense : réunions sur le matérialisme historique, le capitalisme selon Marx, l’exploitation aujourd’hui, la lutte contre l’islamophobie, mais aussi ateliers de formation à la prise de parole en public et aux techniques graphiques. S’y ajoutaient débats et conférences couvrant l’essentiel des grands enjeux politiques contemporains : laïcité, féminisme, luttes contre l’homophobie et la transphobie, antifascisme, violences policières, droits des animaux. Quelques jours auparavant, 550 militant·es de moins de 26 ans avaient participé à un camp de jeunes de trois jours, signe d’un investissement réel dans la formation politique de la nouvelle génération.

Il faut toutefois relever une absence frappante : malgré de nombreuses réunions consacrées aux questions internationales et anticoloniales (Kanaky, Mercosur, rivalités entre la Chine et les États-Unis, etc.), l’expression « impérialisme français  » n’apparaît nulle part dans le programme. Nous reviendrons plus loin sur ce point.

Par ailleurs, des écoles de cadres sont régulièrement organisées pour les militant·es, le plus souvent sous la forme de cycles de huit stages d’un week-end chacun, autour des thèmes du matérialisme, de « l’ère du peuple » et de l’humanisme dans le monde. [24] Un effort particulier est fait pour toucher des camarades issues des milieux populaires : lors de la dernière session (70 participant·es), 45 % n’avaient jamais fréquenté l’université.
Travail parlementaire

L’action menée au Parlement par les 71 député·es de la FI vise un double objectif : montrer que le mouvement est en capacité de gouverner le pays, et faire du Parlement un outil d’éducation politique de masse, compte tenu de la large médiatisation des débats. Dans cette logique, la courtoisie parlementaire traditionnelle est régulièrement bousculée. En mai 2024, le député LFI Sébastien Delogu a ainsi été suspendu pour avoir brandi un drapeau palestinien dans l’hémicycle. Les député·es FI ont également projeté au Parlement des documentaires sur le génocide à Gaza et demandé une minute de silence pour les victimes de meurtres racistes commis par la police. Déjà en 2017, lorsque le gouvernement Macron avait diminué les aides au logement de cinq euros par mois, en expliquant que cette somme était négligeable, Jean-Luc Mélenchon s’était présenté à l’Assemblée avec un sac de courses, pour montrer concrètement ce que représente une telle somme pour des familles pauvres.
Ces interventions, très relayées médiatiquement, participent à une même bataille politique : faire comprendre que la réaction néolibérale n’a rien d’inéluctable.

Les élections occupent une place centrale dans la stratégie de La France insoumise, et c’est l’une des raisons de sa popularité. Beaucoup constatent que les élections peuvent changer concrètement la vie. L’élection de Trump a rapidement aggravé la situation pour le peuple américain. À l’inverse, dans ma ville proche de Paris, Montreuil, l’élection d’un maire communiste soutenu par la FI s’est traduite par la construction de logements sociaux. Ce n’est pas le cas dans des communes voisines comme Neuilly ou Boulogne-Billancourt, dirigées par des maires conservateurs.

Certes, aucune réforme majeure en faveur de notre classe n’a été votée par un gouvernement français depuis longtemps. Mais les conquêtes passées restent dans les mémoires : la retraite à 60 ans en 1981, la semaine de 35 heures en 2002, ou encore le mariage pour les couples gays et lesbiens en 2013. Elles nourrissent l’espoir que les élections puissent, à nouveau, ouvrir la voie à de véritables transformations sociales.
Cet espoir était encore renforcé par le formidable mouvement de grève de 2023, qui, malgré son ampleur, n’a pas empêché Macron de repousser l’âge légal de départ à la retraite de deux ans. [25] L’histoire montre que l’intérêt pour les voies électorales tend à s’accroître après l’échec de mobilisations d’ampleur. Cette dynamique est d’autant plus forte que la gauche française — y compris sa composante révolutionnaire — reste largement incapable d’analyser collectivement les raisons de la défaite de 2023. [26]

Les travailleur·ses constatent aussi très concrètement que les élections peuvent, au moins temporairement, enrayer la dérive réactionnaire. En 2024, lors des élections législatives, la pression venue de la base pour la constitution d’un front électoral unifié de la gauche a été absolument massive. Tous les sondages, sans exception, annonçaient l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement fasciste. Le fait que l’extrême droite ait finalement terminé troisième en nombre de sièges a donc représenté une victoire tactique majeure, éloignant pour un temps le Rassemblement national de la perspective immédiate du pouvoir.

Mais le soutien dont bénéficie La France insoumise ne repose pas uniquement sur son action électorale ou parlementaire. Le mouvement a également gagné en crédibilité par ses prises de position sur de nombreuses questions qui dépassent le cadre strict de l’activité législative. Je voudrais m’arrêter sur trois d’entre elles, qui constituent de véritables tests pour les organisations de la gauche radicale — des terrains où la pression de l’establishment est telle que beaucoup finissent par s’aligner sur la ligne dominante : la Palestine, les violences policières et l’islamophobie.

Palestine, violences policières et islamophobie

Les élus de La France insoumise ont utilisé leur position institutionnelle pour se mobiliser contre le génocide en cours en Palestine. [27] En juin 2025, la députée européenne insoumise Rima Hassan était la seule élue à bord du Madleen, aux côtés de militants et de journalistes. La Flottille de la liberté qui a suivi en septembre comptait plusieurs responsables de LFI, parmi lesquels Thomas Portes (39 ans, cheminot et député), Emma Fourreau (25 ans, députée européenne et militante écologiste) et Marie Mesmeur (31 ans, députée). Partout en France, les groupes de la FI sont aujourd’hui pleinement engagés dans le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien.

La question des violences policières est, en général, celle sur laquelle les forces réformistes rentrent le plus rapidement dans le rang. C’est pourquoi les prises de position des dirigeants de LFI lors de la révolte qui a traversé les quartiers populaires en France après le meurtre raciste de Nahel Merzouk, abattu par la police en 2023, ont marqué une rupture. [28] La FI a tenu à parler de « révolte » et non d’« émeutes  ». Jean-Luc Mélenchon déclarait alors : « Les chiens de garde [des médias] nous ordonnent d’appeler au calme. Nous appelons à la justice ! […] Suspendez le policier meurtrier. »

Comme beaucoup de lecteurs le savent, l’islamophobie occupe en France une place encore plus centrale dans les stratégies gouvernementales que dans la plupart des autres pays européens. Ces dernières années, des ministres ont affirmé que les universités françaises étaient dominées par des « islamo-gauchistes », ou ont prétendu que des lycéens portant des tuniques nord-africaines participaient à une forme de cinquième colonne infiltrée. Une pression considérable est exercée sur les fédérations sportives afin qu’elles interdisent la participation des femmes portant le hijab. 

La droite a pu faire de l’islamophobie le pivot de son discours car la gauche, y compris l’extrême gauche, a maintenu pendant très longtemps des positions désastreuses sur le sujet. [29] Encore l’an dernier, presque aucune mobilisation n’a eu lieu lorsque des athlètes françaises portant le hijab ont été exclues des Jeux olympiques.

Ce sont des décennies de luttes menées par des militants musulmans et leurs alliés qui ont contraint la gauche radicale et révolutionnaire à avancer, lentement mais réellement, sur cette question. En 2010, le journal du Nouveau Parti anticapitaliste qualifiait encore dans un éditorial les femmes portant le niqab d’« oiseaux de mort ». Il y a à peine six ans, l’université d’été de la FI invitait un « expert  » de la laïcité revendiquant « le droit d’être islamophobe ». Depuis, les lignes ont bougé. Aujourd’hui, la France insoumise est généralement perçue comme la force politique la plus clairement engagée contre l’islamophobie. Le discours d’ouverture de Jean-Luc Mélenchon à l’université d’été 2025 en a fait un axe central : « Le cœur du combat, c’est de refuser le racisme et l’islamophobie, qui ne sont que les outils du système pour nous dominer… Quelle que soit la religion de votre voisin, vous avez les mêmes intérêts ». [30] Aucune autre personnalité publique de cette envergure n’a tenu un tel discours en France. Ces prises de position lui ont valu d’importantes campagnes de diffamation, l’accusant notamment d’être proche des Frères musulmans, entre autres. La droite est même allée jusqu’à mettre bruyamment en place une commission d’enquête parlementaire pour “révéler” ces prétendus “liens”. L’initiative a fait flop, mais les gros titres ont, eux, bien servi la droite dure.

Cela ne signifie pas que tout soit réglé. Des désaccords importants persistent au sein de la FI, notamment sur l’abrogation de la loi raciste de 2004 interdisant le port du voile islamique aux lycéennes. L’influence d’une interprétation anti-croyants du principe de la laïcité reste forte.
Une des réponses avancées par Jean-Luc Mélenchon face au racisme institutionnel est la notion de « créolisation ». Inspirée des travaux d’Édouard Glissant, philosophe noir martiniquais, cette idée part du constat que la France contemporaine est le produit d’un riche métissage multiethnique, qu’il faut non seulement reconnaître mais revendiquer, et qui peut servir de socle à une nouvelle forme d’unité populaire. Du point de vue des marxistes, l’enjeu principal n’est pas tant de savoir si cette notion est théoriquement irréprochable — elle mérite évidemment débat — que de mesurer le pas en avant qu’elle représente par rapport aux doctrines assimilationnistes et islamophobes qui ont très longtemps dominé la gauche française.

Histoire des idées de La France insoumise

Le corpus d’idées éclectique qui structure La France insoumise s’est élaboré au fil de plus de quarante années d’engagement politique de Jean-Luc Mélenchon et de ses proches. [31] Étudiant, il rejoint le Parti socialiste au moment de sa refondation, au début des années 1970. Il passe par un groupe trotskiste, avant de s’en détourner, lassé par la politique des petits cercles. À l’époque, l’état d’esprit au PS est résumé par une formule célèbre de son nouveau dirigeant, François Mitterrand : «  Ceux qui ne veulent pas rompre avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, ne peuvent être membres du Parti socialiste. » [32]

Mélenchon est marqué par plusieurs événements majeurs : l’occupation de l’usine LIP au début des années 1970, la révolution portugaise de 1974, mais aussi l’expérience chilienne. Il est un temps membre du MIR, organisation d’extrême gauche chilienne, avant le coup d’État militaire de 1973.

Le Parti communiste français, pourtant encore très puissant, ne l’attire guère. Le PCF peine à intégrer les enseignements des nouveaux mouvements sociaux — révolte étudiante, féminisme, écologie, luttes antiracistes. Lorsque le mouvement Solidarnosc en Pologne suscite l’enthousiasme de celles et ceux qui aspirent à un changement réel, sa direction adopte une attitude réactionnaire, allant jusqu’à soutenir la proclamation de la loi martiale par Jaruzelski en 1981.

Après le tournant austéritaire des gouvernements Mitterrand, Mélenchon organise un courant de gauche au sein du Parti socialiste. Il devient sénateur, puis ministre délégué pendant deux ans. En 2005, lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, il rompt publiquement avec la ligne officielle du PS en s’engageant pour le « non », avant de quitter définitivement le parti en 2008.

Les forces se réclamant explicitement du marxisme ne constituent pas, à ses yeux, une alternative crédible. Le PCF continue d’arborer la faucille et le marteau, tout en devenant toujours moins radical. Les organisations trotskistes, quant à elles, lui apparaissent marginales et souvent enfermées dans des logiques sectaires. Le parcours politique de Mélenchon est ainsi celui d’un intellectuel militant évoluant dans un pays où les traditions marxistes ont produit des apports réels, mais aussi ont de lourdes limites. [33]

Mélenchon était convaincu qu’il fallait inventer autre chose. On a souvent souligné les emprunts qu’il aurait faits au « populisme de gauche » théorisé par l’universitaire belge Chantal Mouffe. [34] Cette influence a cependant été surestimée. Dans un long entretien filmé avec Mouffe, disponible sur YouTube, les convergences existent, mais les divergences apparaissent tout aussi nettes. [35] Mélenchon a, par ailleurs, lui-même insisté à plusieurs reprises sur l’importance des références issues de certaines traditions de la gauche sud-américaine dans l’élaboration de sa pensée.

Le « Parti de gauche », qu’il fonde en 2009, ne devient jamais une organisation de masse. Mais, à travers différentes expériences d’alliances électorales au sein de la gauche radicale, La France insoumise s’impose progressivement comme le centre de gravité de la gauche française. [36] La FI innove sur le terrain symbolique : pas de faucille ni de marteau, mais la lettre grecque phi ; le « peuple  » plutôt que le prolétariat ; les « insoumis » plutôt que les « socialistes » ou « communistes ». Le succès relatif de ces choix s’explique en partie par les connotations négatives qu’ont acquises en France, y compris chez les radicaux, les symboles communistes traditionnels et le mot même de « socialisme ».

Mais l’ascension rapide de la FI ne peut se comprendre uniquement à travers ces innovations discursives et symboliques. L’explication principale se situe ailleurs. Son émergence est le produit de deux phénomènes. D’une part, la généralisation d’une conscience politique de classe en France à la suite des grandes grèves politiques de 1995, 2006, 2010, 2013, 2019 et 2023 (contre les attaques sur les retraites et le droit du travail), ainsi que des révoltes populaires de 2005, 2018 et 2024 (contre les violences policières ou la pauvreté rurale). D’autre part, la faiblesse et la division de la gauche marxiste, incapable de transformer cette prise de conscience croissante en un recrutement massif. [37]

Aujourd’hui, au-delà de la présence d’une série d’orateurs et d’oratrices talentueux — Manon Aubry, par exemple, et bien sûr Mélenchon lui-même [38] — la FI se distingue par un dynamisme et une jeunesse précieux. Elle sait populariser des formules politiques efficaces, comme le slogan « Macron et Le Pen : un duo, pas un duel !  ». Mais son atout principal réside dans sa capacité à écouter, à dialoguer et à recruter au sein des mouvements explosifs que la crise de la société française fait régulièrement surgir : les Gilets jaunes, le mouvement contre les violences policières, ou encore les réseaux musulmans de gauche.

L’analyse marxiste ne consiste pas à distribuer des notes sur vingt aux différentes organisations de la gauche, mais à évaluer leur rôle, leur utilité et leur potentiel. J’ai montré en quoi La France insoumise a contribué à l’élévation de la conscience politique des travailleurs et à la recomposition de la gauche. J’examinerai plus loin les opportunités que cette situation ouvre aux marxistes. Il est cependant nécessaire, au préalable, d’analyser certaines limites et contradictions des idées et des pratiques de la FI.

Peuple ou prolétariat ?

La théorie du changement social défendue par Jean-Luc Mélenchon et par d’autres dirigeants de La France insoumise repose sur un diagnostic précis : le marxisme révolutionnaire n’aurait pas fonctionné. Sa version léniniste serait, selon eux, largement dégénérée en stalinisme ; sa version trotskiste se serait enfermée dans un sectarisme sans portée réelle. À l’instar de nombreux lecteurs de cette revue, je ne partage pas cette analyse. Mais une théorie du changement qui parvient à mobiliser des millions de personnes mérite d’être prise au sérieux et discutée, d’autant plus lorsqu’elle a donné naissance à un mouvement puissant, qui s’est montré à de nombreux égards utile aux travailleurs et aux opprimés.

La première question à examiner est celle du choix stratégique de s’adresser au « peuple » plutôt qu’aux «  travailleurs  ». En 2023, lorsque des millions de personnes sont descendues dans la rue contre le report de l’âge de la retraite, et que la FI — qui touche un public de plusieurs dizaines de millions de personnes — appelait «  le peuple  » à bloquer le pays jusqu’au retrait de cette attaque, il aurait été considéré, à juste titre, sectaire que les marxistes, dont l’audience est infiniment plus restreinte, se contentent de dénoncer l’usage du mot « peuple » plutôt que celui de « classe ouvrière ». Utilisé comme terme de slogan, « peuple » constitue souvent une formulation relativement inoffensive. [39]

En revanche, comme catégorie d’analyse de la société capitaliste, le terme pose de réels problèmes. La notion de « classe ouvrière » met en lumière un fait central : le pouvoir des exploités réside d’abord sur les lieux de travail, là où se crée la substance même du système, le profit. Cette réalité apparaît avec une force particulière en période de crise. Ce qui a réellement terrifié la bourgeoisie française en 1968, ce n’est pas l’ampleur du mouvement étudiant, mais bien la grève générale de dix millions de travailleurs.

Les limites de l’usage exclusif de la notion de « peuple » deviennent encore plus nettes lorsqu’il s’agit de politique étrangère. En politique intérieure, le « peuple » peut agir : dans la rue, par la grève, à travers une multiplicité de formes de résistance. Mais sur la scène internationale, l’acteur central envisagé par la direction de la FI pour transformer la situation est… l’État français. 

Les prises de position de la FI sur la politique étrangère peuvent pourtant être courageuses et justes. Lorsque le Niger a expulsé l’armée française en 2023, Mélenchon fut presque le seul responsable politique invité à la télévision à rappeler que cette décision relevait seulement du gouvernement nigérien. Mais l’horizon stratégique proposé reste celui d’un État français « vertueux  », menant des initiatives de paix et de justice à l’échelle mondiale. Pour les marxistes, une telle perspective n’est pas réaliste.

Certes, les dirigeants de la FI ont joué un rôle positif en relayant les revendications des mouvements progressistes dans les départements et territoires d’outre-mer, comme à Mayotte ou en Kanaky. Mais la FI ne mène pas de campagne ouverte et systématique contre l’impérialisme français. L’intervention militaire de la France au Mali, de 2013 à 2022, a par exemple été présentée comme « une erreur », tandis qu’une intervention des Nations unies était avancée comme solution de rechange. [40]

Cette faiblesse internationaliste apparaît de manière encore plus frappante dans le soutien longtemps exprimé par Mélenchon au maintien de l’arsenal nucléaire français. Interrogé en 2020, il déclarait ainsi :

« La dissuasion reste un outil irremplaçable pour la France tant qu’il n’existe pas d’alternative militaire. […] Il ne peut être question de demander aux Français de désarmer les premiers. Ce sont ceux qui possèdent le plus d’armes nucléaires qui doivent commencer, à savoir les États-Unis et la Russie. » [41]

Même si Mélenchon est revenu partiellement sur cette position ces dernières années, le désaccord demeure profond. Il ne s’agit pas d’un détail, mais d’une divergence stratégique majeure sur la nature de l’État, de l’impérialisme et des conditions réelles d’un internationalisme conséquent.

Patriotisme de gauche

Jean-Luc Mélenchon et la direction de La France insoumise défendent régulièrement une forme de patriotisme de gauche. Celui-ci est très différent du nationalisme de droite, mais il n’en demeure pas moins problématique. Lorsque Marine Le Pen affirme que la « véritable » tradition française serait judéo-chrétienne, et que d’autres courants fascistes dénoncent une prétendue invasion visant à remplacer les «  vrais  » Français, la FI répond que la tradition française authentique est celle de 1789, de 1936 et de 1968, et qu’il est temps de prendre au sérieux la devise républicaine « liberté, égalité, fraternité  ». Il serait absurde et politiquement dangereux de mettre ces deux discours sur le même plan. [42]

Il est également vrai que La Marseillaise n’a pas la même charge symbolique que des hymnes nationaux monarchistes tels que l’hymne britannique « God Save the King ». Le chant français appelle les citoyens à s’armer contre la tyrannie, célèbre l’irrigation de nos champs par le sang aristocratique, et fut repris aussi bien par les Communards que par la Résistance antifasciste face au régime de Vichy. Ces références appartiennent à une tradition populaire et subversive réelle.

Pour autant, le patriotisme de gauche reste, du point de vue marxiste, une impasse. Le problème principal n’est pas l’usage de symboles hérités de la Révolution française, mais le déplacement qu’il opère : au lieu de clarifier les intérêts de classe, il tend à les brouiller. Les travailleurs français devraient-ils se réjouir lorsqu’une entreprise française remporte un contrat face à une entreprise étrangère, au nom de l’« intérêt national » ? En 2021, lorsque l’Australie a annulé une commande de sous-marins militaires construits en France pour se tourner vers d’autres fournisseurs, Jean-Luc Mélenchon a accusé Emmanuel Macron d’avoir « capitulé » et « trahi la France ». [43] De telles prises de position rendent plus difficile la défense d’une perspective internationaliste fondée sur des intérêts communs entre les peuples et entre les travailleurs, par-delà les frontières.


Gouvernements de gauche

De toute évidence, l’un des principaux points de désaccord entre les marxistes révolutionnaires et les partisans d’une « révolution citoyenne » porte sur les limites de l’action d’un gouvernement de gauche, compte tenu de la pression extrême que la classe dirigeante peut exercer sur lui. La capitulation du gouvernement Syriza en Grèce en 2015, l’expérience des gouvernements Mitterrand en France dans les années 1980 ou celle de Wilson en Grande-Bretagne dans les années 1960 ne sont que quelques exemples, parmi tant d’autres, d’échecs historiques. Les débats sur cette question se poursuivent au sein de LFI, mais souvent sans réelle contribution des marxistes.

Mélenchon a consacré plusieurs conférences à l’expérience des gouvernements Mitterrand des années 1980, dont l’une portait le titre évocateur de « La révolution suspendue ». [45] Il y expose de manière détaillée ce que le gouvernement de gauche a effectivement accompli, les raisons du tournant vers l’austérité, et les conditions qui permettraient, selon lui, à un futur gouvernement de gauche de réussir là où celui-ci a échoué. Ces interventions auraient pu servir de point de départ à un débat riche et approfondi avec les marxistes révolutionnaires en France. Pourtant, comme on le verra plus loin, l’attitude dominante de l’extrême gauche a trop souvent consisté à rejeter en bloc toute discussion sérieuse avec la gauche réformiste.

La question de l’antifascisme mérite également une attention particulière, tant elle est centrale dans la période actuelle. La France insoumise mène un travail quotidien pour délégitimer les idées et les pratiques du Rassemblement national, en montrant qu’il constitue un ennemi mortel pour les pauvres et les opprimés. Elle insiste aussi que soutenir la droite contre les fascistes constitue un impasse (d’où son slogan : “ Le Pen et Macron - un duo, pas un duel !). Elle a organisé d’importantes manifestations contre l’extrême droite.

Malheureusement, pourtant, la FI ne reconnaît pas la nécessité d’une campagne nationale d’action directe de masse visant à empêcher concrètement les fascistes de se réunir, de défiler et de s’implanter. Sur ce terrain, elle adopte cette position faible largement partagée par la majorité des organisations marxistes en France.

Structure et démocratie

L’une des avancées les plus importantes de La France insoumise est sans conteste son indépendance organisationnelle totale vis-à-vis du principal parti traditionnel de la gauche de gouvernement, le Parti socialiste. Mais la forme même de l’organisation est également singulière. Les dirigeants de la FI ont fait le choix de la constituer comme un mouvement plutôt que comme un parti, sans système d’adhésion formelle donc.

Plusieurs raisons expliquent ce choix. D’abord, l’expérience du Front de gauche, qui avait rassemblé partis, courants et individus pendant plusieurs années après 2008, avait été lourdement handicapée par des conflits internes permanents. Ensuite, une large partie des mouvements sociaux en France entretenait — et entretient toujours — une méfiance marquée à l’égard des partis politiques traditionnels. Troisièmement, les dirigeants de la FI souhaitaient éviter les guerres de factions durables qui ont miné de nombreuses organisations de gauche, tant au sein du Parti socialiste que dans les groupes issus de la Quatrième Internationale. [46] Enfin, ils estimaient que le développement des nouvelles technologies permettait désormais d’accomplir en ligne une grande partie de ce qui nécessitait auparavant un appareil partisan lourd.

Plutôt que des sections de parti, la FI a mis en place plusieurs milliers de « groupes d’action » locaux, dotés d’une large autonomie. Mon groupe local à Montreuil, aux portes de Paris, s’implique dans de nombreux combats. Il a fait pression sur le maire communiste pour qu’un drapeau palestinien soit hissé sur l’hôtel de ville, soutenu les grèves des employés de la municipalité, mené campagne pour la démission ou la destitution de Macron et préparé les élections locales. Dans le même temps, il participe à des activités plus classiques du réformisme de gauche en France : collectes pour les banques alimentaires, dons de fournitures scolaires pour les familles populaires, organisation de caravanes « Connaissez vos droits  », etc.

À la fin de l’année 2025, au moment où j’écris ces lignes, des groupes d’action partout dans le pays organisent des réunions publiques sur la Palestine, des collectes solidaires de fournitures scolaires, des campagnes d’inscription sur les listes électorales, des campagne d’affichages ou des distributions de tracts pour le mouvement « Bloquons tout  », ainsi que du porte-à-porte. Si l’activité parlementaire est considérée comme centrale par la direction de la FI, et si la mise en visibilité des nombreuses causes défendues à l’Assemblée est une priorité, la participation aux luttes fait pleinement partie de l’ADN des groupes d’action.

La FI a été très critiquée à gauche pour ne pas avoir mis en place un parti traditionnel, avec droits de tendance, conférences régionales, comités nationaux élus, etc. Il est indéniable que l’image publique du mouvement est largement portée par ses députés. Mais, dans la pratique, les groupes d’action locaux disposent d’une réelle liberté pour déterminer les campagnes qu’ils jugent prioritaires. Le mouvement organise régulièrement des conférences nationales auxquelles participent des sympathisants désignés par tirage au sort, et publie des brochures sur une vingtaine de questions politiques majeures. Les décisions sont généralement prises par consensus plutôt que par vote, le manifeste-programme faisant office de ciment politique et de référence commune.

Il ne me paraît pas particulièrement utile, pour les révolutionnaires en France, de consacrer trop de temps à décrire par le menu la manière dont nous organiserions un parti de masse si nous étions cent fois plus influents que nous ne le sommes aujourd’hui. L’absence de structure partisane classique comporte des inconvénients évidents, mais elle présente aussi des avantages réels, notamment pour les révolutionnaires. Chacun peut y participer tout en restant membre d’une autre organisation de gauche, en produisant des publications indépendantes, en organisant les réunions qu’il juge utiles, etc. On trouve ainsi des militants actifs de la FI qui sont membres du Parti communiste ou de diverses organisations d’extrême gauche.

Stratégies des révolutionnaires [47]

Comment les marxistes organisés ont-ils réagi à la dynamique de la France Insoumise ? L’attitude dominante de l’extrême gauche en France a été de considérer La France insoumise comme une concurrence indésirable. Les organisations révolutionnaires sont parfois disposées à travailler avec la FI dans le cadre de campagnes ponctuelles, voire d’alliances électorales occasionnelles. En revanche, il est extrêmement rare qu’elles engagent un travail critique sérieux sur le mouvement : critiques argumentées des livres de Mélenchon, articles équilibrés — et non des textes « pièges » — ou organisation de débats contradictoires avec des représentants de la FI. [48]

Un exemple est révélateur : une excellente librairie radicale parisienne, proche du Nouveau Parti Anticapitaliste, invite régulièrement des auteurs et militant e s à présenter des livres ou des idées. Je n’ai trouvé aucune trace de l’invitation d’une personnalité de la FI. Deux petites organisations font toutefois exception : le Parti communiste révolutionnaire et la Gauche révolutionnaire, qui travaillent en lien étroit avec les réseaux de la FI, parfois même en leur sein.[49]

L’un des rares articles analytiques consacrés à la FI dans Anticapitaliste, le journal du Nouveau Parti anticapitaliste, publié en 2023, s’intitulait « Des pieds d’argile ». Il reprenait à son compte une idée ridicule, largement diffusée par la droite : celle selon laquelle la « personnalité » de Mélenchon serait le centre de gravité de La France Insoumise. [50] Philippe Poutou, candidat du NPA à l’élection présidentielle, est même allé jusqu’à participer ponctuellement à la campagne de dénigrement contre la FI, suggérant que Mélenchon serait à la fois carriériste et complaisant envers Poutine. [51] De son côté, Lutte Ouvrière affirme que la FI n’a rien à voir avec les intérêts des travailleurs. [52] D’autres critiques de gauche se contentent de dénoncer, de manière très vague, le style de leadership ou la personnalité de Mélenchon. [53]

S’opposer à la FI

En 2017, puis à nouveau en 2022, deux candidats d’extrême gauche se sont présentés à l’élection présidentielle face à Mélenchon. En 2022, Philippe Poutou, pour le NPA, menait campagne sous le slogan « Urgence anticapitaliste. Nos vies valent plus que leurs profits », tandis que Mélenchon défendait le slogan « Un autre monde est possible ». Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière, se présentait sous le mot d’ordre «  Le camp des travailleurs », alors que Fabien Roussel, pour le Parti communiste, avait choisi «  La France des jours heureux ».

Cette décision des révolutionnaires de s’opposer électoralement à un mouvement de masse de la gauche de rupture conduit par Mélenchon ne pouvait qu’alimenter des réflexes sectaires. Pour l’électorat populaire, les différences entre les candidatures de Poutou et de Mélenchon étaient difficiles à percevoir : les affiches et les tracts du NPA mettaient d’ailleurs en avant des réformes très proches de celles proposées par la FI. [54] 

Le résultat fut sans appel : Poutou recueillit 270 000 voix, et la séparation entre une énergie militante réelle, celle du NPA, et la principal force politique contestant le statu quo s’est révélée profondément préjudiciable. [55]

Campagnes de dénigrement

Sans surprise, Jean-Luc Mélenchon a été la cible de campagnes de dénigrement virulentes et répétées. Les médias de droite, ainsi que des responsables ou proches du Parti socialiste, l’ont accusé tour à tour d’antisémitisme, de complaisance envers le terrorisme, de xénophobie ou encore de proximité avec Poutine. L’extrême gauche française, à de rares exceptions près, [56] a refusé de consacrer la moindre énergie à la défense de Mélenchon face à ces attaques. En réalité, il y a eu deux campagnes de dénigrement parallèles : l’une venant de la droite, l’autre de la gauche, affirmant que la FI n’existerait que pour servir l’ego et la carrière de Mélenchon.

De manière générale, les débats de l’extrême gauche française sur La France Insoumise ont démontré une mauvaise foi impressionante. Les caricatures grossières abondent. Mélenchon est souvent présenté comme un carriériste mégalomane. Or, l’un des aspects les plus frappants de son rôle au sein de la FI a été l’énorme énergie qu’il a consacrée au recrutement et à la formation de nouveaux dirigeants, souvent issus des mouvements sociaux. Rima Hassan, Mathilde Panot, Danièle Obono, Emma Fourreau, Marina Mesure, Sébastien Delogu, Ugo Bernalicis ou Thomas Portes viennent immédiatement à l’esprit. L’âge moyen des députés FI est aujourd’hui de 43 ans : cinq ans de moins que la moyenne de l’Assemblée nationale et dix ans de moins que celle du groupe socialiste. [60] Enfin, le grand meeting de clôture de l’université d’été 2025 n’a pas été animé par Mélenchon, mais par une nouvelle génération de responsables politiques.

 Conclusion

En résumé, la situation française se caractérise par un niveau très élevé de conscience de classe défensive, l’existence d’une organisation politique dynamique, radicale et de masse, dotée d’un cadre militant relativement ouvert, autorisant la double appartenance et d’autres formes de liberté. Cette organisation prend les idées au sérieux et a émergé dans un contexte où la confusion idéologique est devenue la norme plutôt que l’exception dans l’ensemble de la société. Autrement dit, du point de vue des révolutionnaires, les conditions sont exceptionnellement favorables.

L’approfondissement de la crise du capitalisme à l’échelle mondiale fait surgir de nouveaux mouvements de masse — les Gilets jaunes et La France Insoumise en France, Your Party au Royaume-Uni, pour ne citer que ces exemples. Face à ces dynamiques, il serait désastreux de se satisfaire du statu quo. Les révolutionnaires doivent s’immerger dans ces espaces, y intervenir activement et contribuer à leur évolution.

Nombre de lecteurs de cette revue, comme moi-même, sont convaincus qu’un parti révolutionnaire de masse est indispensable pour renverser le capitalisme. Ils constateront aussi que, presque partout, un tel parti n’en est qu’à un stade embryonnaire, au mieux. La question décisive est donc : comment les révolutionnaires entrent-ils en contact avec des couches larges de la population récemment radicalisées ? Pour ma part, dans la mesure où la FI autorise la double appartenance, je pense que les révolutionnaires devraient rejoindre ses groupes d’action. Mais même ceux qui estiment avoir de bonnes raisons de ne pas le faire devraient redoubler d’efforts pour travailler avec la FI, et débattre une série de questions stratégiques qu’ilq ont jusqu’ici été largement ignorées.

Il s’agit de s’impliquer pleinement dans un mouvement insurgé, d’y construire de la confiance, d’y tisser des réseaux durables, sans jamais renoncer au travail indispensable de clarification politique qui fait partie intégrante de notre tâche.

La France Insoumise s’est nettement déplacée vers la gauche au cours des cinq dernières années. [61] Quelle trajectoire suivra-t-elle désormais ? Connaîtra-t-elle une radicalisation qualitative, ou bien la dynamique actuelle sera-t-elle brisée par l’arsenal dont dispose le capital ? Finira-t-elle comme force subalterne d’un gouvernement de gestion loyale du système, ou constituera-t-elle une étape vers une remise en cause plus profonde du capitalisme ? Rien n’est écrit d’avance. Seule la pratique permettra de trancher ces questions — et l’intervention des marxistes révolutionnaires y jouera un rôle.

John Mullen est marxiste révolutionnaire, vit en région parisienne et participe au groupe d’action local de La France Insoumise. Son site web est randombolshevik.org.
Cet article a été publié en anglais, en janvier 2026, dans la revue trimestrielle du Socialist Workers Party britannique, International Socialism (https://isj.org.uk/france-insoumise/ ). Il a été légèrement adapté lors de la traduction.
 
Références
Articles et livres
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Vidéos
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Mélenchon, Jean-Luc, 2025b, « Le moment politique », discours liminaire prononcé lors de l’université d’été de l’organisation, 22 août 2025.  https://www.youtube.com/watch?v=Uk3Pj2i0vIY&
Mélenchon, Jean-Luc, 2025c, « Trois heures pour penser le XXIe siècle avec Jean-Luc Mélenchon » Interview organisée par Verso Books (sous-titres en anglais) https://youtu.be/JJUpHvEunoA?si=tCkwJGPRMBcFI___
Mélenchon, Jean-Luc, 2025d, Interview sur Radio France Inter août 2025 https://youtu.be/PCMm7tmuyzI 
Mouffe, Chantal et Mélenchon, Jean-Luc, 2016, « L’heure du peuple » https://www.youtube.com/watch?v=FtriFMxsOWw
Nouveau Parti Anticapitaliste, 2025, « Que faire de l’État – débat entre Olivier Besancenot et Hadrien Clouet », https://www.youtube.com/watch?v=cmSeJXkVRHA&
Panot, Mathilde, et autres, 2025, Réunion de clôture de l’université d’été 2025 https://www.youtube.com/watch?v=dqCa8r6TOLw
 
Notes

[1] https://lafranceinsoumise.fr/
[2] Mais voir Bekhtari, 2017, et Mullen 2022. 
[3] Pour un débat en français sur LFI, voir Lordon 2025 et Salles-Papou 2025.
[4] Panot, Mathilde, et autres, 2025.
[5] Conférence de Mélenchon à l’université d’été de l’organisation, Mélenchon, 2025b.
[6] Mélenchon interviewé sur France Inter en août 2025, Mélenchon, 2025d.
[7] France Info, 2025.
[8] L’article de Catherine Curran Vigier dans Rebel, la publication du Socialist Workers Network en Irlande, met en évidence le rôle très positif de La France insoumise (Curran, 2025).
[9] Mélenchon, 2025a, p. 67.
[10] Mélenchon, 2025a, p. 42.
[11] Mélenchon, 2025a, p. 69.
[12] Cela m’a semblé être le fondement de l’article de Denis Godard, du groupe Autonomie de classe, publié dans International Socialism 154 (Godard, 2024), qui m’a amené à répondre dans International Socialism 155 (Mullen, 2025).
[13] Voir Orr, 2022 pour une analyse détaillée.
[14] Le candidat du PCF visait clairement un espace à droite de LFI et a obtenu 800 000 voix. Résultats complets Clarke et Voce, 2022.
[15] Ipsos, 2022. 
[16] Fondation Jean Jaurès, 2022. 
[17] Détails complets du programme dans La France Insoumise, 2025.
[18] Cela n’a pas été une tradition militante en France au cours des cinquante dernières années.
[19] Il y a actuellement 27 000 agents de police municipale dans le pays, dont 58 % sont armés.
[20] Nommé d’après un écrivain du XVIe siècle qui dénonçait la tyrannie. Site web : https://institutlaboetie.fr/
[21] Les discours et interviews de Mélenchon sont vus entre 50 000 et 350 000 fois ; les jeunes leaders comme Mathilde Panot dépassent souvent les 200 000 vues.
[22] Voir mon bref rapport dans Mullen, 2025b, et le calendrier complet dans La France Insoumise, 2025b.
[23] Le choix des personnalités à honorer de cette manière est évidemment significatif : les révolutionnaires socialistes du XXe siècle sont absents.
[24] Extrait d’un flyer envoyé par e-mail.
[25] Voir Kimber, 2023.
[26] Voir Kimber, 2023 et Mullen, 2023a.
[27] Les dirigeants de la FI dénoncent le génocide, même si de nombreux dirigeants, comme Mélenchon, ont tendance à croire qu’une solution à deux États est encore possible.
[28] Voir Mullen, 2023b. 
[29] L’année dernière encore, un groupe de personnalités éminentes du Parti socialiste a publié une lettre ouverte intitulée « Nous, socialistes, continuons à refuser le terme d’islamophobie ». Marianne, 2025.
[30] Mélenchon, 2025b, discours à l’université d’été.
[31] Dans une longue interview, Mélenchon revient en détail sur son parcours politique au fil des décennies. Mélenchon, 2025c.
[32] Birch, 2015.
[33] International Socialism a publié en 1983 un article détaillé sur le travail des trotskistes français à l’époque des gouvernements Mitterrand. Fournier, 1983.
[34] Une présentation critique tirée du journal du NPA : Vion, 2017.
[35] Mouffe et Mélenchon, 2016.
[36] L’interview de 2024 avec un membre du Nouveau Parti anticapitaliste (Jaffard, 2024) le montre clairement.
[37] Mullen, 2025a.
[38] Voir Europe 1 2017
[39] La popularité du nom « Parti du peuple » dans les discussions au Royaume-Uni cette année concernant le nom du nouveau parti de Sultana et Corbyn est un signe du potentiel mobilisateur de ce terme.
[40] France Insoumise 2022
[41] D’après Mélenchon, 2020. Ma traduction.
[42] Cette grave erreur est visible dans Raguet, 2016. 
[43] France Info, 2021.
[44] Ce que Mélenchon a vivement dénoncé.
[45] Mélenchon, 2021. Cette conférence a été vue 100 000 fois sur YouTube.
[46] Au sein de la Ligue communiste révolutionnaire dans les années 1990, l’ambiance était littéralement : « Votre faction peut rédiger l’éditorial du journal cette semaine, si notre faction peut rédiger le tract pour la manifestation de samedi ».
[47] Il est intéressant de voir qu’en Grande-Bretagne, alors que Your Party se met lentement et difficilement en marche, les critiques sectaires à l’égard de cette initiative se multiplient et peuvent, d’une certaine manière, être comparées au débat qui a lieu à gauche en France au sujet de LFI.
[48] Le débat de 9 heures du mercredi à l’université d’été du NPA 2025 entre le meilleur orateur du NPA, Olivier Besancenot, et l’un des députés les moins connus de FI, est littéralement l’exception qui confirme la règle. NPA, 2025.
[49] Le Parti ouvrier indépendant, un peu plus important, a été impliqué dans la FI dès le début.
[50] Le Moal, 2023.
[51] Poutou, 2016.
[52] Lutte Ouvrière, 2017.
[53] S’il est vrai qu’il peut parfois se montrer quelque peu professoral (moins ces derniers temps), beaucoup trouvent cela moins choquant que le style « Je travaillais dans une usine, tu kiffes ? » de Poutou, le candidat présidentiel du NPA.
[54] Retraite à 60 ans, augmentation du salaire minimum, plan pour l’énergie verte, semaine de 32 heures, etc.
[55] Supertino, 2022.
[56] Voir Parti Communiste Révolutionnaire, 2025 et Michel, 2024.
[57] Kimber, 2023.
[58] Choonara, 2023.
[59] Giudicelli et Sewell, 2017. Cette position est détaillée plus en détail dans Giudicelli, 2017.
[60] Houeix et Makooui, 2022.
[61] Provoquant en effet le départ de quelques députés parmi les anciens, qui recherchaient une option moins radicale. 

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John Mullen

Blogueur anticapitaliste basé à MOntreuil (France)

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