Democracy Now, 20 juillet 2026
Traduction, Alexandra Cyr
Introduction
- Nous nous entretenons avec Mme F. Albanese rapporteur spéciale des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés. Nous traiterons de l’impunité israélienne devant les lois internationales. Malgré un mandat d’arrestation émis par la Cour pénale internationale, le Premier ministre israélien, M. B. Netanyahu, a récemment rendu visite au Président Trump, (sans être inquiété). Si les États-Unis ne sont pas membre de ce tribunal « cela ne veut pas dire qu’ils doivent protéger un quelqu’un qui transgresse les lois internationales » déclare Mme Albanese qui s’est associée aux nombreux appels internationaux demandant que M. Netanyahu soit arrêté. Et elle ajoute : « Les États-Unis contribuent activement à démanteler l’architecture internationale des lois criminelles qui ont été installées depuis les procès de Nuremberg jusqu’à maintenant, elle s’émiette sous nos yeux ».
Elle commente aussi les « pogroms » perpétrés par les colons israéliens et l’armée israélienne dans les territoires occupés. Elle souligne la complicité de la Grèce, de l’Italie et de la France qui malgré qu’ils soient membres de la Cour pénale internationale autorisent B. Netanyahu à les traverser durant ce récent voyage : « Cela peut sembler peu dans le contexte de génocide existant mais les actions comptent comme chaque crime compte et pour lequel les responsabilités seront mesurées ».
Amy Goodman : (…) je suis accompagnée de Anjali Kamat qui a longtemps été producteur à D. Now et qui revient parmi nous après tant d’années de production et de participation aux entrevues. Sois le bienvenu, Anjali.
Anjali Kamat : Je suis très heureux d’être de retour ici. Merci. Et que tous nos auditeurs-trices ici et partout dans le monde soient les bienvenus.es.
Le Président Trump et le Premier ministre Netanyahu se sont rencontrés à la Maison blanche mardi (14 juillet) pour la première fois depuis leur attaque conjointe contre l’Iran il y a 5 mois. La rencontre a duré 90 minutes et ils n’ont fait aucun commentaire publiquement. M. Netanyahu a publié une courte vidéo peu après la fin de la rencontre :
M. B. Netanyahu : « Je viens de terminer une excellente rencontre avec le Président Trump. Et quand je dis excellent ce n’est pas du bout des lèvres, ce fut une conversation entre deux vrais partenaires dans le soutien mutuel et la compréhension des buts communs pour nous assurer que l’Iran n’ait pas d’armes nucléaires et d’autres buts également. C’est une des meilleures conversations que j’aie eue avec le Président américain notre ami, le Président Trump ».
A.G. : Après leur réunion, les deux hommes ont assisté aux funérailles du Sénateur républicain, Lindsay Graham. Pendant ce temps des manifestants.es se sont regroupés.es devant la Maison blanche pour protester contre la visite de M. Netanyahu. Voici le commentaire d’un activiste américain d’origine iranienne du nom de Bita :
Bita : « Il est responsable du déclenchement de la guerre illégale contre mon pays d’origine l’Iran, qui est constamment bombardé. Chaque fois qu’il vient ici, notre peuple, notre pays sont bombardés encore une fois. Nous sommes ici pour nous assurer que nos voix sont fortes et qu’il sache que nous ne voulons pas le voir ici. Il n’est pas le bienvenu. Nous savons que c’est un criminel de guerre. Nous voulons que les bombardements s’arrêtent ».
A.K. : Cette visite de M. Netanyahu se passe alors que les opérations militaires s’accélèrent dans les territoires occupés où une montée de la violence des colons est observée. Mardi, le Ministre de la défense israélien, M. Israël Katz, a annoncé qu’il avait ordonné aux troupes de prendre le contrôle d’un quatrième camp de réfugiés.es en Cisjordanie et d’en expulser les Palestiniens.nes qui y résident. Israël continue ses attaques mortelles à Gaza où la crise humanitaire ne cesse de croitre. Et l’administration Trump a autorisé le séjour de M. Netanyahu aux États-Unis malgré le mandat d’arrestation de la Cour pénale internationale le visant pour crimes de guerre à Gaza.
A.G. : Mme Francesca Albanese, rapporteur spéciale des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés, nous rejoint maintenant. On lui interdit l’entrée aux États-Unis à cause de ses critiques publiques contre Israël. Elle a subi une flopée de sanctions presque toute l’année dernière. Un juge les a abrogées temporairement mais elles ont été rétablies. Elle est l’autrice de When the World Sleeps : Stories, Words and Wounds of Palestine.
Merci beaucoup Francesca d’être avec nous depuis l’Italie. Pour commencer : c’était inhabituel mercredi, je pense que c’était la septième visite à Washington du Premier ministre Netanyahu depuis le retour du Président Trump au pouvoir. C’était la première depuis le début de leurs attaques conjointes contre l’Iran. Et c’était très intéressant d’entendre ce Premier ministre dire, dans une vidéo, que ça avait été la meilleure conversation entre ces deux dirigeants. Pour une rare fois, le Président Trump n’a pas invité les journalistes à la Maison blanche ni pour une photo ni pour des échanges après cette rencontre. Apparemment, les conversations ont porté sur l’Iran. À ce moment-là, les forces armées israéliennes ont lancé une opération de grande envergure en Cisjordanie. Comme nous venons de le dire, le ministre israélien de la défense a déclaré qu’ils prenaient possession d’un quatrième camp de réfugiés.es. Pouvez-vous évaluer la situation et le sens de cette rencontre ?
Francesca Albanese : Qu’un dirigeant porteur d’un mandat d’arrestation de la Cour pénale internationale soit à la Maison blanche corrobore le niveau de complicité qu’utilise l’administration américaine. C’est de l’intimidation diplomatique. Mais, encore une fois, depuis la dernière visite de B. Netanyahu aux États-Unis, la liste des crimes survenus, que l’armée israélienne et aussi des civils.es ont commis contre les Palestiniens.nes, n’a fait que s’allonger. Elle a été documentée par les organisations de défense des droits humains israéliennes et palestiniennes, par les commissions d’enquête des Nations Unies, par d’autres comités et par moi-même à titre de rapporteur spéciale.
Qu’est-ce que cela veut dire ? J’entends souvent l’argument à l’effet que les États-Unis ne sont pas membres de la Cour pénale internationale. Mais ça ne change rien. Ça ne veut pas dire qu’ils doivent protéger une personne qui se soustrait à la loi internationale. C’est ce qui s’est produit, c’est ce qui se produit. Et, en plus, ce n’est pas qu’une personne qui défie la loi, c’est le complice d’autres infractions à d’autres lois internationales avec qui les États-Unis s’engagent pour attaquer l’Iran et les Palestiniens.nes de diverses façons. Cela nous dit, en résumé, que les États-Unis contribuent activement à défaire l’architecture des lois internationales mises en place après les procès de Nuremberg. Elle s’émiette au-dessus de nos têtes en ce moment. Personne ne devrait s’en réjouir y compris les citoyens.nes américains.es qui croient n’avoir rien à faire avec ce qui se passe en Palestine ou en Israël. C’est le lot de tous et toutes.
A.K. : Je voudrais que nous nous arrêtions sur un « clip » du Maire de New York, Zohran Mamdani. La semaine dernière, dans un message vidéo, il a demandé au gouvernement fédéral américain d’arrêter le Premier ministre israélien précisément sur la base du mandat d’arrestation émis contre lui par la Cour pénale internationale :
M. le maire Mamadani : Je l’ai déclaré, je suis d’accord avec la Cour qui juge que M. Netanyahu doit être arrêté et jugé pour ses crimes comme je le ferais pour n’importe qui portant les mêmes accusations. Mon administration a révisé toutes les issues légales possibles sous ce jugement pour déterminer si la ville de New York devrait exécuter le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale contre M.Netanyahu. Il est clair que nous n’avons pas l’autorité légale indépendante pour le faire. Mais le gouvernement fédéral l’a et je l’appelle à approuver la Cour et à le faire. Et je veux également être clair : Benjamin Netanyahu n’est pas le bienvenu à New York pas plus que n’importe quel autre criminel en fuite.
A.K. : Francesca, sur Fox News, M. Netanyahu a déclaré que la position du Maire Mamdani équivalait à : « fomenter la haine ». Et vous avez posté sur X alors qu’il était en route vers Washington, que : la France, la Grèce, l’Italie répétait leur position. Ces trois pays membres du Club de Rome ont ouvert leur espace aérien à ce fugitif en dépit de leur obligation de coopérer avec la Cour internationale. Je demande qu’on investigue sur une possible complicité ». Dites-nous ce que vous voulez que ces pays fassent de même que les États-Unis.
F.A. : C’est très simple. Il n’y a pas de demie mesure, la loi internationale s’applique telle quelle. (…) Ou c’est la règle de la loi ou c’est le barbarisme.
Je suis d’accord avec ce que le Maire de New York a dit et pas par sympathie mais parce que ses propos sont dans la légalité et moralement corrects. Nous ne pouvons regarder tout ça paresseusement ou rester à niaiser face à l’impunité. C’est pourquoi, au début de cette entrevue, quand vous m’avez demandé ce que je pensais de cette visite d’un accusé sous mandat d’arrêt du Tribunal pénal international, (je vous ai dit que) c’est de l’intimidation. C’est de l’intimidation diplomatique. Le Maire de New York n’a peut-être pas le pouvoir d’exécuter ce mandat, il n’est pas un chef d’État, mais il en a appelé aux autorités fédérales compétentes de le faire.
Il n’importe pas que ça se fasse aujourd’hui ; il y a quelqu’un qui préfère ne pas respecter la loi, agir en dépit de la loi. Nous devons persister à exprimer haut et fort notre dissidence et appeler à se conformer à la loi internationale. C’est ce que je continue à faire en Européenne comme Européenne. Tant pis si on me ridiculise, si on m’attaque avec des campagnes de haine et de salissures. Ma peau s’endurcie comme celle de tous ceux et toutes celles qui ont à défendre la justice et les droits humains.
Mais nous devons aussi nous rappeler des obligations de ces États dont la Grèce, l’Italie et la France comme je l’ai dit. Si mon décompte est correct, c’est la troisième fois que ces pays autorisent le Premier ministre Netanyahu à survoler leur espace aérien alors qu’il est visé par ce mandat d’arrêt. Nous devenons, nous tous et toutes Européens.nes complices de leurs agissements en tous cas moralement. C’est inacceptable. C’est pour cela que ces autorités devraient être soumises à une enquête. Ça n’a l’air de rien pendant qu’un génocide a lieu mais chaque action compte tout comme compte chaque crime pour lequel il faut trouver sur qui repose la responsabilité.
A.K. : Passons maintenant à la Cisjordanie. Vous avez publié récemment sur les réseaux sociaux qu’il y a des « POGROMS » contre des civils.es sans défense partout sur ce territoire, pendant que Gaza est sous le feu. Des citoyens.nes israéliens.nes s’associent à l’armée. Vous écrivez : « il n’y a pas que B. Neranyahu et quelques pommes pourries. C’EST ISRAËL ».
F.A. : Absolument. C’est ce que les Israéliens.nes disent. Je veux souligner qu’un nombre croissant d’organisations, de forces politiques, de journalistes israéliens.nes ont sonné l’alarme depuis plus d’un an spécialement ces derniers jours tant la situation est hors de contrôle. Il y a quelques jours, la coalition A Land for All, a déclaré que les forces israéliennes ne pouvaient pas assurer la protection de qui que ce soit à cause des colons. Qui sont-ils ? Ce sont des civils.es israéliens.nes qui se conduisent comme des voyous, comme des escadrons, tuant, battant, attaquant des familles palestiniennes (pour s’emparer) de leurs propriétés. L’armée les laisse aller, les soutient.
J’ai enquêté à ce sujet. Je n’étais pas une experte des territoires occupés il y a quatre ans. J’étais une experte de la Palestine. Maintenant, je sais ce qui se passe à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem est mieux que quiconque parce que c’est mon travail. J’y vois tous les jours. Et s’il y a un génocide je ne peux l’éviter.
Je peux vous dire que les pogroms sont constants, que les colons en sont les acteurs.trices, des citoyens.nes israéliens.nes armés.es depuis octobre 2023. Immédiatement avant le 7 octobre 2023, il y a eu 12 pogroms, c’est-à-dire une attaque d’un escadron armé contre des Palestiniens.nes dans leurs villages. Personne n’en faisait cas. Maintenant, nous portons attention, c’est mieux. Mais c’est parce que la situation est hors de contrôle. Je ne cesse de répéter que je ne parle pas que pour les Palestiniens.nes, je parle pour toute les populations de ces territoires y compris les Israéliennes qui clairement sont au courant de ce qui se passe. Malheureusement, le poids des lobbys pro Israël et pro apartheid dépasse tous les autres qui ne peuvent se faire entendre.
A.G. : Je voulais très doucement, vous demander (ce que vous pensez) du dirigeant d’opposition israélien, M. Lapid, qui a déclaré : « Je n’ai jamais pensé qu’au cours de ma vie nous parlerions de terrorisme juif. Mais ceci est une terreur juive », à propos des colons israéliens.nes de la Cisjordanie. Ce n’est pas vous, Francesca qui a dit cela, c’est ce politicien israélien. Et bien sûr l’armée israélienne agit avec ces colons.
F.A. : Ça m’avait échappé. Merci. Finalement, M. Lapid et moi sommes d’accord. Le fait est que nous aurions dû dire cela il y a des mois, des années déjà. Ce que M. Lapid dit prouve que la situation est vraiment hors de contrôle.
Et, encore une fois, ce n’est pas le fait que de B.Netanyahu, la moitié du gouvernement est mêlé à la colonisation. Je ne peux pas lire l’Hébreu mais j’ai reçu des clips d’universitaires et de militants.es israéliens.nes en Hébreu qui ne cessent de sonner l’alarme, face à des appels qui réclament du sang, « pas des maisons, mais du sang ».
Avant de terminer, je veux rappeler que la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem est sont occupés illégalement. Impossible pour Israël, pour les colons ou les sodats.es d’invoquer le droit de se défendre parce que la Cour de justice internationale a ordonné à Israël de mettre fin à l’occupation.
J’encourage donc chaque citoyen.ne américain.e qui a le cœur à la bonne place, qui a les valeurs américaines à cœur, de ne pas détourner le regard parce que ce qui se passe l’est avec le soutien criminel des États-Unis, avec vos taxes.
A.G. : Très vite, il ne nous reste que 20 secondes. Que dites-vous du fait que les États-Unis se soient retiré de la session du Conseil de sécurité de l’ONU mardi, alors que l’ambassadeur français eut fait ses remarques acerbes contre le vote américain contre le prolongement du mandat de M. Volker Türk comme haut- commissaire aux droits humains. Plus tard, sur X, la France a écrit : Les États-Unis avaient l’habitude de défendre les droits humains, ce n’est plus le cas ».
F.A. : Je ne pense pas que les États-Unis avaient l’habitude de défendre vraiment les droits humains mais, c’était mieux que ça. Et clairement, ils n’en sont plus là. Pas seulement parce qu’ils mènent une campagne depuis le « bureau pour la paix » (à Gaza) jusqu’à la position prise au Venezuela, envers Cuba, Israël et l’Iran. Ils mènent une campagne pour démanteler l’ordre multilatéral qui avait été mis en place avec leur soutien après la deuxième guerre mondiale.
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