Leur action a fait ressortir la pire démagogie dont Pierre Poilievre est capable, hiérarchisant les candidatures valables à ses yeux versus les autres. Quant à la réaction d’Élections Canada,elle prouve qu’il est facile d’afficher la liste des candidatures pour simplifier le vote, procédure tout à fait normale sous divers modèles proportionnels, annulant ainsi un vieil argument du camp du statu quo.
Les médias d’ici n’en parlent pas, mais ce statu quo est actuellement contesté au Royaume-Uni et en Colombie-Britannique. Les parlementaires y ont entamé des travaux qui pourraient bien mener à la fin du mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour… celui que nous devrions aussi mettre au rebut.
Pour la première fois, la Chambre des Communes britannique fait un premier pas vers le remplacement du mode de scrutin portant son nom, et c’est un événement. Qualifiées comme étant les pires de l’histoire du Royaume-Uni, les élections de 2024 ont permis au parti Labour de former un gouvernement majoritaire avec seulement 34% des voix, produisant un indice de distorsion de 24, ce qui est très élevé.
Ce réveil brutal a contribué à ce que des organisations comme Electoral Reform Society. Fair Vote UK et Make Votes Mattermettent le sujet dans l’actualité. Et il y est.
Audébut décembre 2024, un projet de loi proposant d’établir un système proportionnel pour les élections nationales et locales a été déposé (Bill 138). Le 30 janvier, les parlementaires britanniques ont débattu durant 2,5 heures sur le sujet, mais il faut maintenant que le principe du projet de loi soit adopté afin qu’une Commission parlementaire en fasse l’examen, ce qui est actuellement prévu pour le printemps. L’opinion publique étant maintenant au rendez-vous, le calendrier pourrait s’accélérer, le plus récent sondage du National Centre for Social Research rapportant que 60% de la population britannique appuie le changement du mode de scrutin, confirmant la tendance observée depuis 2021.
Du côté de la Colombie-Britannique, depuis octobre 2024, un gouvernement tout juste majoritaire a été formé par le Nouveau Parti démocratique, avec 47 des 93 sièges, versus 44 pour le Parti conservateur et 2 pour le Parti vert.
À peine 2 mois plus tard, le NPD et le Parti vert signaient une entente de collaboration, renouvelée en mars, créant notamment un comité multipartisan pour consulter et recommander un nouveau mode de scrutin. À la différence de bien d’autres gouvernements, cette promesse n’a pas servi à repousser le sujet ; le 18 juillet le Special Committee on Democratic and Electoral Reform concluait 11 journées d’auditions et son rapport sera déposé fin novembre. Malgré la saison estivale, 136 personnes et 46 organisations y ont été entendues, dont le tiers par des femmes. Les mémoires déposés ne sont pas encore disponibles, mais mon analyse du verbatim des 182 présentations démontre un très grand intérêt envers le remplacement du système électoral.
Outre les personnes et organisations s’étant exprimées uniquement sur le 2e volet de la consultation, pour un vote à 16 ans et l’éducation à la démocratie, le remplacement du système électoral a été abordé dans 140 auditions, mais surtout, 134 fois en faveur de l’implantation d’un système de la famille proportionnelle. Un appui à 96%, dont le Comité ne pourra faire abstraction !
Ce message impressionnant démontre aussi que les écueils des 20 dernières années n’ont pas eu raison du mouvement dans cette province. La plupart des présentations se sont concentrées sur les objectifs démocratiques à atteindre, mais plusieurs ont spécifié vouloir une proportionnelle mixte compensatoire, suivie du vote unique transférable (STV), confirmant le choix exprimé au référendum de 2018.
Les probabilités sont grandes pour que les travaux de ces deux parlements mènent, au début de 2026, au rejet du « modèle britannique », ce qui serait assez cocasse considérant leurs noms respectifs. Leurs processus sont très différents, mais dans les deux cas, ils devront se conclure par la modification de leur loi électorale.
Les événements du Royaume-Uni et de la Colombie-Britannique ont plus de chances d’influencer Mark Carney, François Legault ou Paul St-Pierre-Plamondon que l’allongement du bulletin de vote, mais tout doit être tenté.
Mercédez Roberge, autrice de Élections québécoises de 2022 et précédentes : s’indigner et remplacer le système électoral(2024) et de Des élections à réinventer, un pouvoir à partager (2019 - Éditions Somme toute). Présidente du Mouvement démocratie nouvelle de 2003 à 2010.
11 août 2025
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