(Ce texte a d’abord été publié dans l’édition de décembre du journal Ski-se-Dit.)
Railleur, me direz-vous ? On le serait à moins…
C’était l’euphorie pourtant, il y a dix ans, lors de la Conférence de Paris, la COP 21, avec l’adoption d’engagements concrets pour lutter contre les changements climatiques. Et c’était même la surenchère de la part du Canada par rapport à d’autres pays, alors qu’on avait envisagé des seuils encore plus ambitieux que de limiter la hausse des températures à 1,5 °C.
La COP 30 du mois dernier n’aura bien sûr rien apporté d’utile en ce qui concerne les importants défis à relever. Elle nous aura toutefois permis de jeter un œil sur les résultats obtenus quant aux engagements adoptés il y a dix ans, engagements qui étaient alors même fort modestes, il faut le souligner, au regard des défis à relever.
Constats
C’est effectivement le 12 décembre 2015, à Paris, que 196 pays se sont engagés à tout faire pour limiter l’augmentation de la température à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Les pays les plus riches s’engageaient du même coup à aider les pays les plus pauvres – et les moins responsables de l’état de la situation – à atteindre ce résultat. Aujourd’hui, dix ans plus tard, cet objectif est malheureusement jugé hors d’atteinte par la majorité des scientifiques et par le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU).
Il ne nous aura en fait fallu attendre qu’en 2024 pour que les températures moyennes atteignent ce seuil symbolique de 1,5 °C. Même s’il s’agit des données pour une seule année, la trajectoire nous mène bel et bien vers un réchauffement beaucoup plus élevé, soit de 2,8 °C de surchauffe en 2100. (Cette surchauffe serait cependant de 1,9 °C si les États respectaient rigoureusement à compter de maintenant leurs objectifs de neutralité carbone en 2050, mais ce serait donner un coup de barre que des pays comme les États-Unis et le Canada, entre autres, ne songent même pas à considérer.)
L’Accord de Paris n’aura toutefois pas servi à rien, puisque si les États du monde n’avaient pas du tout respecter leurs engagements – ce qu’ils n’ont fait que partiellement – le réchauffement prévu à la fin du siècle serait de 4 °C plutôt que du 2,8 °C maintenant anticipé. Si cette donnée peut sembler encourageante, il faut considérer que les engagements d’il y a dix ans, lors de la COP 21, étaient fort modestes. Il faut considérer aussi que les impacts d’une surchauffe graduelle, jusqu’à 2,8 °C à la fin du siècle, seraient dramatiques.
Le sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), synthétisé en 2023, établit par exemple qu’un épisode de chaleur extrême, qui survenait en moyenne une fois tous les cinquante ans avant l’ère industrielle, se produit de nos jours de façon plus intense environ cinq fois plus souvent. Lorsque le réchauffement global atteindra concrètement 1,5 °C, ce que nous avons fait une première fois l’an dernier et ce qui qui était notre objectif pour la fin du siècle, les canicules seront environ neuf fois plus fréquentes ; à 2°C, elles le seront quatorze fois plus. Cette évolution est aussi constatée pour les périodes de pluie torrentielle et de sécheresse, et pour les incendies de forêt, qui sont à la fois plus sévères, plus longs et plus rapprochés.
Plus nous tardons à adopter les mesures nécessaires pour ralentir le réchauffement de la planète, plus ce sera difficile de le faire. Ces mesures impliquent, il faut avoir le courage de l’admettre, de grands changements au niveau industriel et dans nos modes de vie. Au Canada, par exemple, il faut mettre un terme le plus rapidement possible, sinon tout de suite, à l’extraction des combustibles fossiles et adapter nos vies en conséquence. Ce sera difficile en raison des lobbies de l’industrie, des grandes banques et de nos gouvernements, et parce que nous sommes habitués à un grand confort, mais nous devons nous y mettre en grand nombre.
Crise écologique
Ces conférences mentionnées plus haut, auxquelles nous consacrons – ou prétendons consacrer – nos efforts, ne portent que sur les changements climatiques. Elles ne tiennent aucunement compte des autres aspects de la crise écologique en cours. Dans le « Manifeste pour la révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste » présenté lors de la réunion de l’International Institute for Research and Education et du Partido Manggagawa tenue à Manille aux Philippines en octobre, soit un mois avant la COP 30 de Bélem, les scientifiques identifient en fait neuf paramètres qui conditionnent l’avenir de l’humanité sur la planète.
Outre les changements climatiques, on compte les huit défis environnementaux suivants, qui ont souvent des effets les uns sur les autres :
• la pollution de l’air par les particules – à l’origine de nombreuses maladies respiratoires ;
• l’empoisonnement des écosystèmes par de nouvelles substances chimiques – nucléides radioactifs, pesticides, substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS) et autres substances cancérigènes, dont certaines s’accumulent car elles ne sont pas ou très lentement décomposables naturellement ;
• le changement d’affectation des sols et leur dégradation – déforestation, érosion, perte de nutriments, destruction des zones humides, etc. ;
• l’acidification des océans – entraînant la disparition des récifs coralliens, importants lieux de la biodiversité ;
• les ressources en eau douce ;
• la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore – la surutilisation des nitrates et des phosphates en agriculture provoque un phénomène appelé eutrophisation où la prolifération excessive d’algues appauvrit l’eau en oxygène dissous ;
• et l’état de la couche d’ozone stratosphérique – qui nous protège des rayons ultraviolets.
(Nous pourrions ajouter à cette liste, bien sûr, la pollution par le plastique, dont nous avons déjà traité dans ces pages.)
Un seuil de durabilité a été établi pour chacun de ces paramètres. Il ne s’agit pas d’une limite stricte, mais de ce que l’on pourrait considérer comme une zone dangereuse ou, pour employer un terme déjà utilisé dans ces chroniques, d’un éventuel point de non-retour. Il y a quinze ans, les chercheurs estimaient que trois seuils avaient été franchis : le CO2, la biodiversité et l’azote. Ils estiment aujourd’hui que sept d’entre eux le sont, le seul indicateur ayant évolué positivement étant l’état de la couche d’ozone grâce à la mise en œuvre d’importantes mesures de régulation. (Aucun seuil clair n’a quant à lui encore été déterminé pour la pollution atmosphérique par les particules.)
Pour aller plus loin
Les mesures qui s’imposent pour faire face aux changements climatiques et à la crise écologique sont des mesures radicales qui nécessitent un changement de paradigme. Il nous faut sortir du capitalisme, de la croissance sans fin et sans buts du capital, et envisager sérieusement des mesures de décroissance, mais des mesures de décroissance qui visent un juste partage des ressources entre les pays et les populations riches et pauvres.
En l’absence de démocratie directe, nos moyens d’action, limités, restent les mêmes : en parler d’abord entre nous, dans les médias sociaux, dans les journaux, convaincre ces derniers d’en parler aussi, de prendre position en ce sens à la lumière des faits et amener des députés et des partis progressistes à le faire aussi. La multiplication de ces gestes, au départ isolés, il nous faut l’espérer, aboutira à des courants puissants...
Sources : La Croix, L’aut’journal, Le Devoir, Presse-toi à gauche, Ski-se-Dit.
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