Prologue
Le néolibéralisme et la mondialisation ont radicalement bouleversé les rapports économiques, politiques et sociaux entre les États, les institutions, les entreprises et les individus. Ils ont entraîné la financiarisation de l’économie, la déréglementation et la libéralisation les marchés, une réduction du rôle de l’État et favorisé des accords de libre-échange en plus d’encourager la privatisation des services publics. Ils ont contribué de manière outrancière à une concentration de la richesse et aggravé les inégalités sociales et économiques entre les pays pauvres et riches. Ils ont également provoqué la délocalisation de milliers d’emplois, contribué à une augmentation dramatique des inégalités, des laissés-pour-compte et des déshérités.
Mondialisation de la misère
Concernant la mondialisation de la misère, voici ce que le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) nous apprend. La Banque mondiale et le FMI ont 80 ans de néocolonialisme financier et d’imposition de politique d’austérité au nom du remboursement de la dette. Le soutien de la Banque mondiale à des régimes dictatoriaux s’exprime par l’octroi d’un appui financier ainsi que par une assistance tant technique qu’économique. Toutefois, lorsque des régimes dictatoriaux prenaient fin, elle a systématiquement exigé des régimes démocratiques qui leur succédaient qu’ils assument les dettes contractées par leur prédécesseur ; ce fut, entre autres, le cas du Chili et des Philippines. La Banque mondiale et le FMI suivaient l’agenda « caché » du « Consensus de Washington ». Une politique visant à la fois à garantir le maintien du leadership des États-Unis à l’échelle mondiale et à débarrasser le capitalisme des limites qui lui avaient été imposées dans l’après Seconde Guerre mondiale. Cet agenda vise la soumission des sphères publique et privée de toutes les sociétés humaines à la logique de la recherche du profit maximum dans le cadre du capitalisme. Sa mise en pratique implique la reproduction de la pauvreté (non sa réduction) et l’augmentation des inégalités. En définitive, toujours selon le CADTM, se sont les pays en (sous) développement qui fournissent des capitaux aux pays (sur) développés. – Quelle arnaque et surtout quelle injustice ! –
« La misère, c’est comme la lutte, c’est arrangé et c’est payant ». GR
Subprimes de la misère
La félonie créatrice de la titrisation concoctée par les banques consista à transformer des actifs peu liquides (dettes, prêts hypothécaires) en titres négociables (actions, obligations) sur les marchés en offrant ainsi l’illusion trompeuse de placements sûrs. L’insatiable appétit du système bancaire (Lehman Brothers a fait faillite, Citygroup, Bank of America, JP Morgan Chase, Goldman Sachs et Morgan Stanley), des banques internationales (Deutsche Bank, Royal Bank of Scotia, Crédit Suisse et Société Générale), des prêteurs hypothécaires mis sous tutelles (Fannie Mae et Freddie Mac) et des constructeurs automobiles (Ford, et Chrysler et General Motors ont dû déclarer faillite), ainsi que l’irresponsabilité crasse et injustifiable des agences de notation, surnommées les « Big Three » (Fitch Ratings, Moody’s et Standard & Poor’s), ont été tenues responsables de la crise des Subprimes, en 2007 et 2008. Cette crise, pourtant annoncée par des signaux d’alerte lancés par le FBI et des employé-e-s, entraîna une récession mondiale aux conséquences financières et humaines catastrophiques causant des faillites bancaires et personnelles. Elle jeta à la rue plus de 9 millions de ménages américains suite à la saisie de leur maison, dont ils ont d’ailleurs dû continuer à en assumer l’hypothèque et on assista alors à un resserrement du crédit. Près de 9 millions d’américains-e-s ont ainsi perdu leur emploi, plus de 6 millions de personnes ont subi une saisie automobile et on estime à 30 millions de personnes touchées à travers le monde. Cette crise mondiale a occasionné des pertes de l’ordre de 500 milliards $ obligeant ainsi une recapitalisation à hauteur de 300 milliards $ qui été assumé par les États et les banques centrales.
« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat ». Thomas Jefferson, 3e président des États-Unis
Misère de la richesse et de la pauvreté
Selon Oxfam Québec : « La richesse acquise par les milliardaires du monde entier au cours de l’année 2025 suffirait à donner 250 dollars à chaque habitant·e de la planète, tout en laissant ces milliardaires s’enrichir encore de quelque 500 milliards de dollars. Les 12 milliardaires les plus riches du monde possèdent plus de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité́, soit plus de quatre milliards de personnes ». En comparaison, la fortune colossaled’Elon Musk approche la barre des 1 000 milliards de dollars. Tandis que le Produit intérieur brut nominal (PIB) du Québec est évalué à environ 643 à 644 milliards de dollars pour l’année 2026 … – Un bel exemple d’ultracapitalisme.
Oligarques de la misère
Quant aux démocraties, pour ce qui en subsiste dans certains cas, elles sont maintenant ébranlées par une nouvelle oligarchie des Seigneurs de l’intelligence artificielle (IA) qui est en train de voir le jour à l’échelle de l’économie mondiale. L’arrivée de l’IA a favorisé une concentration sans précédent de capitaux et déchaîné une surcapitalisation boursière avec des investissements mondiaux estimés selon Golden Sachs à 1 000 milliards de dollars uniquement pour l’année 2026. – Un crash à l’horizon ? – Les Golden Boys de Wall Street et ceux de la City, les Sept Magnifiques – Alphabet (Google), Amazon, Apple, Meta (Facebook et Instagram) Nvidia et Tesla – accompagnés des grands « tycoon » de la finance et de l’industrie se tiennent bras dessus, bras dessous tels des larrons en foire pour imposer leur propre agenda de plus en plus inquiétant pour les affaires et la suite du monde et nous solliciter en plus pour le financer. En vacances, ils en profitent pour se badigeonner le bide d’huile de coco Chanel et tout en s’effoirant sur les banquettes de leur superyacht. Celui de Jeff Bezos est estimé à 500 millions de dollars américains. – Une telle somme, dans le cadre de l’aide humanitaire internationale, pourrait nourrir durablement environ 2,74 millions de personnes pendant une année, soit l’équivalent de la population de Gaza. – Ils se prélassent sans se lasser sur les sables dorés des îles qu’ils se sont accaparées grâce au fric poussé sous les palmiers des paradis fiscaux. Ils adorent se pavaner sur les côtes des mers paradisiaques et se vautrer de l’occiput au popotin dans l’opulence, tels des verrats pataugeant allègrement dans du lisier de pailles fienteux. Ils se pourlèchent les babines en fantasmant à leur pouvoir énorme et à leurs richesses ainsi qu’à l’ombrageuse et non contrôlée de l’IA qui, l’espèrent-ils, pourrait leur rapporter davantage de richesses à ajouter à leurs outrancières méga fortunes. Cela, sans se soucier le moindrement de possibles tsunamis de dégâts financiers, politiques et sociaux que pourrait déclencher une implantation insuffisamment réglementée et frénétique de l’intelligence artificielle (IA).
Autocrates de la misère
Certains chefs d’État partisans de l’autocratie sont prêts à tout afin de consolider leur pouvoir, accroître leurs richesses et assouvir leur propre culte en se complaisant dans la mystification. Ils ensevelissent les grands enjeux locaux et mondiaux dans une fosse aux illusions et balayent les changements climatiques sous un épais tapis de duperies, mais qui a commencé à libérer une franche odeur de brûlé. Ils ne font preuve d’aucune volonté de justice sociale et économique ou même d’empathie. « La dictature peut s’installer sans bruit » disait George Orwell. Comme l’énonce la journaliste française Elsa Gautier, ils incarnent des « paléolibertariens » qui prônent : « … une valorisation des hiérarchies « naturelles », à tendance eugéniste, voire un racisme décomplexé ». Ils briment les droits fondamentaux, s’attaquent aux libertés civiques, escamotent les inégalités sociales et œuvrent à l’accroissement du grand capital et à l’enrichissement sans limites des nantis. Partout à travers le monde, des populations vivent de plus en plus sous la houle d’autocrates. Pensons aux Poutine, Xi Jinping, Kim Jong-un, Netanyahou, Modi, Loukachenko pour ne nommer que ceux-là. Pas moins de 60 pays sont actuellement considérés comme des régimes dictatoriaux où vivent 3,23 milliards de personnes, soit 39,3% de la population mondiale. N’oublions pas citizen Trump. Ce médiocre président psychopathe et menteur, assoiffé de richesses et de pouvoir et dangereux coq illuminé à la crête orange, carburant à la fatuité, aux invectives et à la tromperie pestilentielle. En plus d’avoir recours à la terreur injustifiée, illégale et glaciale de ICE (Immigration and Customs Enforcement), il gargarise sa gueule de mafioso avec sa devise obsessionnelle : « MASGA ou MAke Stupidity Great Again ».
« La pratique réelle de l’oligarchie sous le règne de laquelle opère la mondialisation est jugée bonne à partir de paramètres fournis par des énoncés faux ». Jean Ziegler
Marchands d’armes de la misère
Quant aux marchands d’armes, grâce à la servilité des États et l’appât des gains prodigieux pour les fabricants, ils s’enfarinent impunément dans l’escroquerie et la poudre, qu’importe que cette dernière soit noire ou blanche. Ils sont aux anges depuis que « l’empereur de la trumperie » a déclaré la guerre à l’Iran des Mollahs qui a coûté jusqu’à présent 37,5 milliards $ US aux contribuables américains et durant laquelle plusieurs milliers de personnes innocentes sont mortes. Sans compter que de nombreux pays apeurés par l’ombre de celui qui n’est plus leur oncle Sam sont partis têtes baissées avec la tête et les poches vides dans une course effrénée et risquée à l’armement. Mais, en gardant la commode habitude de laisser la facture sur la commode des populations actuelles et surtout sur celle des générations futures.
« Sous un bon gouvernement, la pauvreté est une honte ; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte » Confucius
Misère de la société du spectacle
Une partie de la population est aveuglée par son ultime quête d’une idée du bonheur et de la réussite matérielle solidement implantée par un système consumériste. Elle vit claquemurée dans son étroit confort hypothéqué, évadée dans les entrailles des réseaux sociaux et écrasée sous une certaine « nanifficience » magnifiée en HD ». Elle se retrouve otage de son réconfortant aveuglement volontaire, recroquevillée dans ses angoisses tatouées de banalités et minée par ses relents de désœuvrement revampés par des tonnes de selfies. Elle ingurgite goulument la malbouffe et digère presque tout.
Même les couleuvres sur deux pattes à la cravate zébrée coupables de corruption, pratiquant la « novlangue », régurgitant des réalités alternatives et proférant des propos outranciers. Elle n’a de cesse de vivre par procuration en enviant les riches et la célébrité factice et instantanée de ces cent talents aux sans talent étalée ad nauseam sur les tribunes de la « stardisation » et sur les écrans géants HD des infantilisantes téléréalités ou de l’illusoire et narcissique cyberespace de nos Isociétés de plus en plus contaminé par des mystifications et des inepties et inondé par des flux incessants de publicités. Certaines tranches de la société, rarement rassasiées, adorent s’empiffrer « supersizement de Maccochonneries ». D’autres préfèrent s’astiquer la libido sur le net ou s’émoustiller le bulbe rachidien en contemplant et dévorant des téléréalités désastreuses, entre autres, pour l’estime de soi des jeunes. Des téléréalités abrutissantes telle : « Comment dénicher une belle femme ou un fortuné mari à TiVi ? » Tout en bouffant sa pizza extra-large « all-dressed », tout en perdant son gras de bacon, tout en préservant ses dents et sa cervelle éclatantes et tout en dansant des petits pas de deux entre deux pubs de beignes doublement fourrés à la crème trafiquée au « shorthening ».
« Le spectacle est le moment où la marchandise est parvenue à l’occupation totale de la vie sociale, aliénant les individus par la consommation ». Guy Debord
Misère des illusions
Bien des jeunes, croyant à tort ou à raison s’évader des tumultes du monde, se cadenassent dans leur cybersolitude et se brotherisent à l’intérieur de cases virtuelles soigneusement contrôlées et algorithmées pour créer la dépendance aux écrans – Meta vient d’être condamné à payer 17 milliards de dollars pour cela. – Ils scrollent jusqu’à épuisement et tiktokent avec leurs ami-e-s numériques planétaires. D’autres carburent à des jeux trop souvent guerriers, mais leur permettant de faire des poids et haltères avec leurs « alter ego » de pouces. Ils instagramisent tellement leur image virtuelle qu’ils finissent par en oublier jusqu’à leur propre identité, leurs véritables aspirations et les fils conducteurs de la réalité ainsi que les défis individuels et sociétaux qu’ils devront affronter.
« On ne peut vivre dans le monde qu’avec des illusions ; et dès qu’on a un peu vécu, toutes les illusions s’envolent ». Voltaire
Misère du temps
Quant à la suite du monde, si le masque NK45 protège encore des virus latents et de l’air ambiant contaminé aux mensonges méphitiques. Si les plaques tectoniques de l’Humanité ne se sont pas encore fracassées. Si le rarissime or bleu continue de se boire en petite fiole coûteuse et encapsulée. Si le temps n’est pas trop en sueur de pleurs acides aux couleurs de bauxite et aux odeurs de souffre. Elle tentera de se faire cuire un œuf au miroir sur le bitume fondu des cités bétonnées dans leur aveuglement et obnubilées par leur quête matérielle. Des cités bientôt inondées par des déferlantes de vagues d’eau et de réfugié-es climatiques et économiques et nécrosées par un climat en colère dont nous sommes responsables. Nombre d’alertes ont pourtant été lancées depuis plus de 60 ans déjà. Dès 1965, un Comité consultatif scientifique américain remettait unmémorandum au président Lyndon B. Johnson soulignant que les rejets de CO2 liés aux énergies fossiles allaient modifier le climat, engendrant une hausse du niveau des mers et la fonte des glaciers.
« On parle parfois du changement climatique comme s’il ne concernait que la planète et non ceux qui l’habitent ». Ban Ki-moon
Misère et violence de l’espèce
À propos de la violence, Michel Foucault écrivait : « Le plus dangereux, dans la violence est sa rationalité ». Nous sommes confrontés à un capitalisme au sein duquel tout n’est que « marchandise » monnayable et interchangeable, y compris les humains et leurs destins. Des humains à qui on attribue sans vergogne et avec une violence non avouée, une « cote de pérennité », telle la date de péremption sur les produits, selon l’endroit de la planète où ils se situent et les richesses que l’on peut y piller et de force s’il le faut comme au Vénézuela. Les États-Unis voudraient refaire la même chose avec le Canada et le Groenland prétextant y apporter richesses et prospérité. – Mais pour qui ? – Que vous habitiez Gaza, Montréal, Beyrouth, Port-au-Prince, Cupertino, Pékin, Tel Aviv, Paris, Kyiv, Caracas, Téhéran ou Mar-a-Lago : la cote sera différente … Pensons juste à Beyrouth, Kyiv et Téhéran où la décote s’est avérée tragique. Ainsi que l’oppression étatique et politique qui a duré 54 ans en Syrie et qui a fait 500 000 morts et 5,5 millions de personnes déplacées. Pensons à l’épuration ethnique à Gaza qui a tué plus de 73 000 Palestien-nes, dont 21,500 enfants et 174 540 personnes blessées. Après avoir endommagé ou détruit 81 % des structures et bâtiments de la bande de Gaza et 70 % du patrimoine culturel. « Quelle fantastique Riviera de luxe pourrions-nous y réaliser » ; dixit Donald à son ami Bibi. « La violence engendre la violence ; mais elle engendre aussi des profits pour l’industrie de la violence, qui la vend comme un spectacle et en fait un objet de consommation » selon Eduardo Galeano. L’opération « Tempête du désert » à Bagdad, en 1991, avait été présentée en direct et en exclusivité par CNN au public américain et au monde entier comme s’il s’agissait d’un spectacle de fiction ou d’un film de guerre avec son, lumières et effets spéciaux. Par la suite, les médias ont passé sous silence la mort des milliers de personnes innocentes. À l’image du silence des médias traditionnels relatif aux 1 334 morts depuis le « faux » cessez-le-feu à Gaza, en octobre 2025. Ces silences inacceptables ajoutent encore plus à la violence.
Misère au village des belles valeurs
Le bonheur et la vie se magasinent des sentiments bienveillants à la fête foraine des bonnes actions et des récompenses au village des belles valeurs globales. La population en général se plaît à se balader dans les allées drabes des centres commerciaux et fouiner dans les étals bigarrés des marchés aux puces. Quant aux mieux nantis, ils préfèrent s’agglutiner entre eux et se glousser de contentement dans les superbes allées aromatisées, climatisées et « Dellement » éclairées des nouveaux sanctuaires du capitalisme consumériste baptisés les Lifestyle centers à l’image du Dix30 à Brossard ou du Royalmount à Ville de Mont-Royal. D’immenses espaces à l’image de cathédrales du luxe où cette mirifique coterie vient pour (sur) consommer et divertir sa monotone mondanité. Elle s’abreuve de belles sérénades en canne, casse la croûte aux tables de chefs étoilés et dévalise les vitrines débordantes de « Vuitonneries » de luxe hors de prix, mais pas pour elle. Elle se sape de chic apparat affichant la griffe de grands couturiers provenant de « Shein de luxe » confectionné par des petites mains solidement cousues à des ateliers de la misère.
Misère de l’État et des Riches en état de charité
Comme l’écrivait Winston Churchill : « Ce n’est ni la charité ni la pitié qui peuvent inspirer les lois du gouvernement. Ce sont les intérêts de la communauté dans son ensemble qui doivent les dicter ». Nombre de richissimes ont adopté une devise : « Tout consommer, à tout prix et tout de suite ». Et, si par mauvaise fortune il devait rester des miettes sur les parquets marbrés des palais et moyennant crédit d’impôt, ils les cèderont caritativement sous le couvert de fondations privées. Brigitte Alepin, fiscaliste de renommée, dénonce la « fausse charité » des milliardaires : « Ceux-ci créent des fondations privées qui se disent « charitables », mais qui sont financées par des crédits et des exemptions d’impôt, donc par les fonds publics. – L’argent du peuple. – En plus, la gestion de ces fonds reste entre les mains des milliardaires qui les ont « donnés ». « Elles ne sont pas toutes comme ça. Mais ces fondations-là sont une menace à la démocratie ». Quant aux donations, elles prennent parfois la forme de symboliques et panoramiques chèques de « plywood ». Cependant, à la condition expresse d’être en contrepartie lèchement photographié ; puisque cela apparaît juste pour la postérité et bon pour l’image. Évidemment, cette spectaculaire mise en scène caritative est commanditée en prime par les ministères du Revenu, du Travail et de la Famille ainsi que par le nouveau Secrétariat à la bonne conscience sociale (SBCS). Inspiré tout droit de la charité débondieusée, ce SBCS vient en soutien, entre autres, aux banques alimentaires, aux centres de jour, aux refuges ainsi qu’aux campements d’itinérant-e-s. Certes, tout le monde convient que cette forme de charité s’avère pour l’instant indispensable, mais, elle se situe néanmoins à mille lieues de ce que devrait offrir comme conditions une véritable société inclusive, équitable et juste à laquelle on serait tous et toutes en droit de s’attendre.
« Vaincre la pauvreté ce n’est pas un geste de charité, c’est un acte de justice ». Nelson Mandela.
Générer et entretenir la misère et la pauvreté pour mieux punir
Nos sociétés hébergent et nourrissent de moins en moins convenablement leur population qui se retrouve de plus en plus abandonnée et accablée par les vicissitudes engendrées par un système inégalitaire. Présentement au Québec, 600 000 personnes ont recours à l’aide alimentaire chaque mois, 373 000 ménages locataires consacrent plus de 30 % de leur revenu « brut » pour se loger et 12 077 personnes sont en situation d’itinérance « visible ». Environ 645 000 personnes vivent avec moins de 24 700 $, le revenu annuel juste pour combler les besoins de base. Une population humiliée et exaspérée par des campagnes d’engagements creux telles des abysses et chimériques tels des bidons débordants de mots vides de sens. Une population, dont on brime les droits humains fondamentaux, victime de la banalisation et de l’effacement de la pauvreté dans l’espace public, de l’institutnationnalisation de la misère et trompée par des fabulations organiques et systémiques. Des citoyens et citoyennes constamment à risque d’être projetés hors de leur vie. Injustement conviés par le SBCS à la table étatique de la misère structurelle, au chaleureux et impuissant comptoir du communautaire de la pauvreté et au déshumanisant et numérique guichet IA de l’assistance sociale. Il s’agit du programme gouvernemental québécois «
UNIR », que les groupes communautaires ont plutôt rebaptisé : « PUNIR ». Punir, tout comme dans le titre de l’ouvrage de Loïc Wacquant : « Punir les pauvres : le nouveau gouvernement de l’insécurité ». Il y démontre que le modèle nord-américain d’État, est laxiste et indulgent envers les riches, les plus favorisés en matière de travail, et coercitif envers les exclus, les marginaux et la classe moyenne. « Couvrez cette pauvreté et cette misère, que je ne saurais voir » dirait le Tartuffe de Molière.
Novlangue de la misère
On nous annonce en grande pompe que l’on prévoit une augmentation salariale d’environ 3,1% en moyenne en 2027. – Quelle largesse … – Par contre, le taux actuel de l’inflation se situe à 3,3% et que sera-t-il l’an prochain ? – Quelle contre-vérité car nous devrions en fait parler d’un rattrapage et non d’une augmentation. Le Collectif pour un Québec sans pauvreté déplore régulièrement que la pauvreté soit le grand « tabou » des débats. On ne prononce pas les mots « pauvre ou pauvreté ». On parle de l’aide aux familles, du coût de la vie, du pouvoir d’achat ou de la sempiternelle, ambiguë et fourre-tout « classe moyenne ». Les salaires et les diverses prestations n’ont manifestement pas suivi … Les revenus de 2018 à 2026 ont seulement connu une augmentation globale de 35 % à 40 %. Selon l’étude de Vivre en ville : toutes régions confondues, le loyer moyen a bondi de 244 $ par mois depuis 2023. Il atteint maintenant 1170 $, alors qu’il n’était que 926 $ il y a trois ans à peine, soit une hausse fulgurante de 26 % et depuis les huit dernières années de 62 %. À Montréal, le prix moyen d’un 4 ½ varie de 1 200 $ à 2 200 $ par mois. Pourtant, on n’en continue pas moins de nous rabâcher l’expression « logement abordable ». Ces logements dont les loyers ne sont aucunement abordables financièrement pour la majorité des gens. Précisons que ces milliers de logements nouvellement construits, dont beaucoup sont vides, et que l’on en continue pas moins de construire au seul bénéfice du marché de l’habitation, ne constituent en rien du véritable « logement social » ou du logement « hors marché » dont la population a tant besoin.
Misère de la novlangue
Le plus remarquable des exemples de novlangue que je connaisse depuis que je suis en âge de penser le monde, et que j’entends encore et encore : « Créer de la richesse ».
« Ceci n’est pas une pomme ». 🍏 René Magritte
Épilogue
En vérité, nous ne sommes pas encore parvenus en l’an de grâce 2026 car nous sommes plutôt demeurés en 1984. Nous continuons de faire face à un mur, tel un rideau de fer, érigé avec du mortier de mystifications et des briques, parfois rouges de sang, de dénis idéologiques et d’injustices structurelles. Qu’attendons-nous pour nous retrouver à Berlin, en 1989, non plus pour y abattre le mur du communisme, mais cette fois-ci, celui du capitalisme qui ne cesse d’opprimer et d’exploiter des peuples, brimer leurs droits et anéantir leurs aspirations légitimes. Et comme l’exprime fort bien l’excellent et engageant slogan de la nouvelle campagne de financement de la Ligue des droits et libertés (LDL) : « Rêvons d’un monde meilleur » et elle ajoute : « Donnons-nous les moyens de concrétiser nos rêves, redoublons d’ardeur en passant à l’action ». Et, ce n’est pas de la novlangue.
Gaétan Roberge
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