Par Clara Cobbett Labonté, Intervenante à l’accueil
Au nom de l’ACEF du Nord de Montréal
30 septembre 2026
En tant qu’organisme communautaire, nous sommes témoins chaque jour des conséquences de crises qui ne cessent de s’aggraver : augmentation de la pauvreté et du coût de la vie, crise du logement, désengagement de l’État dans les services publics, sous-financement chronique du communautaire et on en passe. Derrière chacune de ces crises, il y a des gens qui nous contactent après des mois d’horreur, à bout de souffle et à bout de recours.
Les visages de l’état d’urgence
Je pense à ce papa qui a perdu son emploi, puis son logement, et qui dort maintenant dans sa voiture en le cachant à ses enfants, par honte.
Ou encore cette dame, victime de violence conjugale, qui n’arrive pas à récupérer les prestations qui lui sont dues et qui s’enfonce dans un tourbillon de dettes, au détriment de sa santé mentale.
À ce monsieur qui, faute d’avoir pu remplir ses impôts à temps, voit ses maigres revenus coupés encore davantage, et qui saute un repas sur deux sans même réussir à boucler son mois.
À cette dame qui a le cancer et qui doit se déplacer du lundi au vendredi, pendant six semaines, pour ses traitements de chimiothérapie et de radiothérapie, mais qui n’en a tout simplement pas les moyens. Elle attend l’aide d’une fondation, et d’ici là, elle risque de manquer ses premiers traitements.
Il y a aussi cette dame de 70 ans dont le conjoint, qui gérait les finances du couple, est décédé l’an dernier. Prise avec des dettes liées à la succession et des frais funéraires imprévus, elle a accumulé du retard dans le paiement de son loyer. Après vingt ans dans le même logement, elle fait maintenant l’objet d’une demande d’éviction.
Et nous, l’ACEF du Nord Montréal, n’arrivons pas à trouver de solution, malgré l’urgence de leurs situations.
Ces histoires ne sont pas des exceptions : elles se multiplient, chaque semaine, toujours plus complexes et insolubles. Quand même les organismes n’y arrivent plus, parce que la détresse de la population est trop grande, c’est tout un système qui craque.
Les crises ne tombent pas du ciel, elles sont construites
Ces crises résultent de choix politiques qui effritent notre filet social depuis des décennies. Les besoins de base des gens ne devraient pas dépendre de fondations privées, qui financent de plus en plus le milieu communautaire. Il revient à l’État de garantir à chacun le droit à une vie décente et confortable. Sans cela, nous fonçons droit vers une catastrophe sociale dont les premières victimes seront, encore et toujours, les mêmes. Pendant ce temps, les organismes communautaires continueront de s’épuiser à faire le travail que le gouvernement n’assume plus, sans en avoir les moyens et sous la menace constante de voir leur financement réduit davantage.
Diviser pour faire diversion
Nous refusons de nous taire devant les attaques contre nous et contre les droits et libertés de toutes et tous. Nous refusons que les gouvernements pointent du doigt des boucs-émissaires pour faire oublier leurs propres mauvais choix politiques. La division n’est pas une solution : c’est une diversion. La honte ne devrait jamais peser sur celles et ceux qui n’arrivent plus à survivre. Elle devrait peser sur un système qui accepte, année après année, que cette situation perdure.
Des solutions existent, et elles sont concrètes : on sait combien elles coûtent, on sait comment les mettre en place. Ce qui manque, c’est la volonté politique de servir le bien commun plutôt que la richesse d’une minorité.
Une solution collective
En cette semaine de Riposte populaire, l’ACEF du Nord de Montréal se joint à l’appel lancé aux groupes étudiants, syndicaux, communautaires et citoyens : tisser des liens dans l’action et s’organiser autour d’une semaine d’actions et de grèves régionales.
Faisons front commun avec celles et ceux qui subissent de plein fouet ces crises sans en être responsables. La solution est collective : continuons à nous rassembler, à nous organiser et à exiger bien mieux. Mais il est plus que temps que celles et ceux qui nous dirigent écoutent enfin les cris et les appels lancés depuis trop longtemps.
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