Édition du 18 juin 2019

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Étudiants et stagiaires : À travail égal, salaire égal

Depuis plus de deux ans, une mobilisation prend de l’ampleur dans le mouvement étudiant autour de la lutte pour la rémunération des stages en milieu de travail. De nos jours, de nombreux programmes d’études exigent plusieurs mois de stages à temps plein. Cependant, les employeurs considèrent l’accueil de ces étudiants comme une faveur et refusent de les rémunérer à la hauteur du travail réalisé. Des dizaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants sont ainsi contraints de travailler bénévolement, sans les protections légales apportées par le statut d’employé, donc sans accès à la syndicalisation. Il n’est pas difficile d’imaginer toutes les dérives pouvant survenir dans le cadre d’une relation aussi inégalitaire. De plus, ce phénomène limite l’accès aux études des personnes défavorisées n’ayant pas les ressources financières leur permettant de traverser de longues périodes sans revenu.

Pourquoi cette distinction entre un travail réalisé durant une période de stage et celui effectué une fois « en emploi » ? À travail égal, salaire égal. Ce principe moral a également été accrédité par un jugement récent du Tribunal des droits de la personne qui a ordonné à l’Aluminerie de Bécancour (ABI) de rémunérer les étudiants embauchés l’été au même salaire que les employés en vacances qu’ils remplaçaient puisqu’ils accomplissaient essentiellement le même travail.

Même dans la fonction publique, qui devrait pourtant être un employeur exemplaire, on constate une injustice du même ordre. Dans presque tous les types d’emplois et au sein de la plupart des ministères et des organismes, des milliers de jeunes occupent des emplois qualifiés « d’étudiants ». Théoriquement, ces emplois devaient être une porte d’entrée leur permettant de vivre une première expérience formatrice enrichissante dans la fonction publique et, de plus, contribuer à former une relève.

Toutefois, depuis des décennies, les différents gouvernements qui se sont succédé ont exigé des ministères et des organismes une réduction de leurs effectifs. Sous la contrainte, ces derniers ont commencé à utiliser diverses tactiques pour pallier le manque chronique de main-d’œuvre, dont le recours à la main-d’œuvre étudiante. Le gouvernement a même modifié leur directive afin de permettre aux étudiants de continuer à travailler, jusqu’à un maximum de 14 heures semaines, durant les sessions scolaires.

La rémunération des étudiants, inférieure aux (modestes) salaires de la fonction publique, se justifierait par le facteur de l’apprentissage d’une part, et par le facteur de
non-substitution à d’autres employés d’autre part. Ils ont ainsi leur propre échelle salariale, basée sur le nombre d’années d’études liées à l’emploi occupé plutôt que sur les tâches effectuées et leur ancienneté. De plus, on leur octroie peu d’avantages sociaux.

L’utilisation des emplois étudiants est également une autre façon de contourner l’interdiction de dotation des postes supplémentaires, puisque l’embauche est moins contrôlée. On leur fait assumer toujours plus de tâches qui auraient dû être réalisées par des employés réguliers. Depuis 2002, le pourcentage d’étudiants et de stagiaires dans la fonction publique a ainsi augmenté de 56 %. Aujourd’hui, après des années de ce glissement graduel, l’essentiel des emplois étudiants et stagiaires s’apparente plus à du travail au rabais qu’à un apprentissage.

Dans plusieurs domaines, les entreprises privées et les administrations publiques sont en compétition pour attirer et retenir les travailleuses et les travailleurs les mieux formés et les plus compétents. Les différents ordres du gouvernement, représentant 22 % de la main-d’œuvre québécoise, devraient être des employeurs modèles : les conditions de travail offertes devraient forcer les entreprises privées à rendre les leurs plus avantageuses. C’est pour cette raison, mais également par esprit d’équité, que la fonction publique du Québec devrait cesser cette discrimination et rémunérer toutes les personnes qu’elle emploie à la hauteur du travail réalisé et non en fonction de leur statut.

Christian Daigle

Christian Daigle est élu à la présidence générale lors du 28e Congrès du SFPQ en avril 2016. Avant son élection à la présidence, Monsieur Daigle a occupé plusieurs fonctions au sein de la structure syndicale, et ce, depuis près de vingt ans, autant au palier local, régional, que national. Il a été vice-président d’avril 2005 à avril 2016 et a milité au sein du Comité national des jeunes (CNJ) de 2000 à 2005. Avant cela, il a œuvré au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale comme agent d’aide socioéconomique dans la région de Québec – Chaudière-Appalaches. Monsieur Daigle est responsable des dossiers suivants :

- Présidence générale

- Coordination générale des services

- Porte-parole officiel du Syndicat

- Comité de coordination générale

- Demandes d’appui et d’aide financière

- Relations avec les personnes représentantes régionales et les régions

- Relations et représentations auprès des autres organisations syndicales

- Relations publiques, médiatiques et réseaux sociaux

- Représentation auprès des autorités politiques et administratives des employeurs

- Représentation auprès des instances syndicales internationales

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