Édition du 11 mai 2021

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États-Unis

Fausse monnaie

Dans l’historique affaire George Floyd, il existe une dimension qui a été, me semble-t-il, assez peu abordée et sur laquelle je veux revenir. Mais rappelons d’abord les faits dans les grandes lignes, dont le parcours de vie de Floyd.

Celui-ci présente une progression en dents de scie, cahoteuse et délinquante, assez représentative de celles de plusieurs citoyens noirs américains.

À l’âge de deux ans, ses parents se séparent et sa mère déménage dans des logements subventionnés dans un quartier très pauvre de Houston au Texas.

Son parcours scolaire s’avère plutôt incohérent. Il finit par aboutir à l’université A&W du Texas mais il abandonne ses études. Par la suite, il occupe un emploi dans l’industrie automobile tout en se produisant sur scène comme rappeur.

Entre 1997 et 2005, il purge une peine de prison pour différents méfaits et encore en 2009, il retourne à l’ombre pour le braquage d’une maison (au cours duquel il a pointé un pistolet sur le ventre d’une femme). On le sait, dans les prisons américaines, Noirs et Hispaniques sont souvent surreprésentés. On le libère sur parole en 2013. En 2014, il déménage dans la banlieue de Saint-Louis Park, située en périphérie de Minneapolis où il décroche des boulots de camionneur et de videur. En 2020, il perd son emploi de videur, mais la documentation disponible ne précise pas s’il a gardé celui de camionneur. Ce pépin l’a quand même privé d’une source de revenus substantielle.

En résumé, George Floyd avait déjà eu bien des démêlés avec la justice lorsque l’incident qui lui a été fatal s’est produit. Ce n’était pas un délinquant élégant comme "Arsène Lupin". Ah, le bel Arsène...

On le sait, l’affaire Floyd a débuté quand l’ancien voyou a tenté d’acheter des cigarettes avec un billet de vingt dollars présumé contrefait. Selon le témoignage de l’employé du dépanneur, il se trouvait en état d’ébriété et assez hystérique. Ce n’est pas la première fois qu’aux États-Unis, des gens tentent de se procurer des produits avec de la fausse monnaie, ce qui se comprend fort bien quand on connaît les déficiences des programmes de soutien du revenu américains et la pauvreté dégradante qui en résulte.

Certes, George Floyd était Noir. Mais sur qui le policier Derek Chauvin passait-il sa rage et son mépris : envers le "nègre" ou le pauvre ? Les deux sans doute, à des degrés que lui seul connaît. Aurait-il agi de la même façon si le délinquant avait été un Blanc démuni et agité ? On peut se poser la question, mais la brutalité policière ne frappe sûrement pas que des gens dits "de couleur".

On le sait, les pauvres ont toujours été vus par les classes dominantes comme des parasites et des dangers publics.

"Classes laborieuses et classes dangereuses", selon le titre d’une étude historique de Louis Chevalier parue en 1958. Cette formule est toujours d’actualité.

George Floyd a tenté de se procurer de la nicotine avec un faux billet de vingt dollars, ce qui est assez pitoyable au vu d’une vie gâchée, abruptement terminée, marquée par la possession et la consommation de drogue.

Pendant ce temps, dans les rangs de la haute finance, on fait virevolter avec une cynique désinvolture les dollars par millions, sinon par milliards. Lorsque des aventuriers de Wall Street se font pincer pour fraude ou appropriation illégale de biens publics, ils disposent de moyens de défense très efficaces. Il s’agit de margoulins de haut vol.

Au contraire de types comme ce pauvre George Floyd, aucun d’entre eux ne risque de succomber sous les mauvais traitements infligés par des policiers trop zélés.

Les pires faussaires ne sont pas ceux qu’on pense.

Jean-François Delisle

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