Tiré de Capire
3 juillet 2026
Lilia Ferrer-Morillo
Nous, apatrides sur la terre même qui nous a donné naissance, dont nous sommes arrachées et poussées, loin de chez nous, directement dans la gueule du requin,
Nous, qui vivons dans les favelas et souffrons de la misère, exclues par le système, analphabètes malgré nos diplômes et tous ces manuels qu’on nous jette à la figure à La Haye, et malgré les bureaucraties mises en place pour dévaloriser tout cachet qui ne soit pas celui du Nord mondial,
Nous, les « sudacas », du Sud sous-humanisé, de l’arrière-cour, effacées du canon et de sa superbe esthétique et de sa moralité suprémaciste, blancocentrique, hétéropatriarcale et régie par le capitalisme messianique mondial,
Nous, racialisées, traquées par des technologies policières biométriques qui scrutent nos os et nos généalogies jusqu’à trouver l’ADN mitochondrial qui nous géolocalise au sud du sud des périphéries mondiales et de leurs cicatrices coloniales,
Nous, les étrangères, victimes du « vote sous contrainte » et de l’avortement clandestin, exclues des statistiques publiées le lendemain dans des articles sensationnalistes, opportunistes, perfides et sanglants, qui nous criminalisent même après notre mort,
Nous, exilées par des menaces qui veulent déraciner de force notre auto-identité de genre. On ne peut pas faire marche arrière quand l’identité et la dignité sont autant menacées,
Nous, celles qui soutenons le marché immobilier et lui rapportons des bénéfices, un marché qui s’enrichit grâce à notre travail, à notre sueur et à notre absence de chez nous. Un marché immobilier asymétrique qui déréglemente vers le haut et asservit vers le bas,
Nous, diasporiques, déracinées, condamnées à l’exil par un système qui nous oblige à changer constamment de lieu de vie, à nous éloigner de nos origines et de notre identité communautaire et familiale, et à devenir des parias, des nomades et des errantes sur notre propre terre,
Nous, travailleuses marginalisées et précarisées, soumises à des conditions de travail marquées par la subordination et la prise en charge d’autrui, accusées d’être des paresseuses, même si notre journée de travail dure douze heures et que nous avons droit à un lit, mais pas à un salaire décent,
Nous, migrantes, réfugiées, apatrides, de la Grande Patrie, fières féministes issues des résistances et des révolutions historiques, contre-hégémoniques, plurinationales, diverses, combattantes infatigables, nous :
Demain, nous nous mettrons en grève pour montrer que, si nous croisons les bras, le Nord mondial s’effondrera !
Poem translated from Spanish by Luiza Mançano and revised by Helena Zelic
Translated by Liz Stern
https://capiremov.org/fr/culture-fr/migrer-est-un-droit-la-marche-mondiale-des-femmes-des-ameriques-lance-un-livre-sur-les-personnes-migrantes/
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