Édition du 8 juin 2021

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Les nôtres

Femmage pour Odile Boisclair

Odile Boisclair nous a quittéꞏeꞏs le vendredi 30 avril 2021, après avoir consacré des dizaines d’années à améliorer les conditions de vie des femmes, à lutter contre les antiféministes et à soutenir l’action communautaire autonome. Son groupe d’appartenance, L’R des centres de femmes du Québec, tient à souligner ses apports inestimables, à lui rendre un dernier femmage, comme elle aurait dit.

Co-coordonnatrice de L’R depuis vingt ans, Odile s’est démarquée dans la lutte pour la reconnaissance et la valorisation du financement de base à la mission des groupes communautaires, particulièrement celui des centres de femmes. Elle a initié d’importantes recherches sur l’antiféminisme, a contribué à la recherche et au développement des connaissances sur les violences faites aux femmes, a porté et formé l’intervention féministe, a collaboré a de multiples projets innovants. Surtout, c’était une femme libre, une iconoclaste à la personnalité colorée, une autodidacte érudite, une féministe rock’n’roll qui ne laissait personne indifférent.

En dépit de ces grandes réalisations, elle aimait rappeler qu’elle avait commencé comme réceptionniste dans un centre de femmes, L’Étincelle, à Baie-Comeau, qu’ensuite elle s’était jointe à l’équipe du Centre des femmes de Laval, pour y assumer la coordination. Se donnant en exemple, elle trouvait important de souligner que les expériences de vie peuvent nous donner toutes les compétences dont on a besoin pour travailler : ne pensez pas qu’une mère de famille qui n’est pas allée longtemps à l’école ne sait pas gérer un budget ! L’école et les diplômes ne sont pas garants de tout, et il faut continuer de croire au potentiel des personnes qui fréquentent les groupes communautaires, même si la tendance à embaucher des personnes diplômées augmente.

Elle a toujours aimé son travail d’intervention et souvent, elle mentionnait que ça lui manquait. Le contact avec les femmes, elle aimait ça ! Elle se voyait peut-être retourner dans un centre de femmes, après sa retraite de L’R, ou en tout cas, elle espérait continuer à donner de la formation aussi longtemps que possible. Ce sont ses grandes capacités d’analyse et ses forces politiques qui l’ont amenée au Regroupement, pas son ennui au Centre de femmes !

Ceci dit, elle savait très bien être stratégique, elle était en fait très diplomate quand le jeu en valait la chandelle à ses yeux. D’autres pourront en témoigner — c’est beaucoup grâce à elle si le Programme de soutien des organismes communautaires (PSOC) des centres a été augmenté en 2008, et c’est beaucoup grâce à elle aussi si la réforme en cours du PSOC rend ce dernier beaucoup plus accessible et plus juste. Ces gains, elle les a obtenus pour les centres et pour l’action communautaire dans le cadre de sa représentation de L’R à la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB). Fière présidente de la TRPOCB depuis 2017, elle y représentait L’R depuis 1997 !

Elle était simple d’approche, accueillante, sympathique. Et pour elle, cette accessibilité immédiate était une manière d’incarner ses valeurs profondes. Elle prônait l’égalité jusque dans ses bonjours, ses poignées de mains. Travaillant à la rédaction d’un texte collectif sur l’action politique des centres de femmes, elle a dit : « quand on accueille une femme dans un centre, on la considère immédiatement comme une alliée dans la construction de notre projet de société féministe ». Et combien l’ont entendue répéter « chaque femme est meilleure juge pour elle-même » ? Bref, elle croyait vraiment au potentiel des femmes, à leur agentivité.

C’est pour ça, en grande partie, que L’R a développé d’aussi bonnes pratiques d’éducation populaire : faire confiance aux femmes, leur donner la parole et le pouvoir, ça toujours été la réelle ambition d’Odile. Par et pour. Pas juste en mots, en vrai ! Ça s’applique partout, mais particulièrement dans les groupes qui travaillent à la transformation sociale, comme les centres de femmes. S’il est des endroits où il importe de donner la parole et le pouvoir aux personnes concernées, c’est bien dans les groupes communautaires et dans les espaces politiques voués à la transformation sociale. Qui de mieux placées que les personnes concernées pour identifier leurs obstacles à l’égalité ou à la justice ? Ce dont elles ont besoin pour cheminer ?

Pour poursuivre son travail, continuons de nous demander régulièrement si nous osons réellement donner le pouvoir aux femmes dans nos centres de femmes. Plus largement encore, partout, demandons-nous si nous travaillons assez fort à donner la parole et le pouvoir aux membres de nos groupes communautaires, affinitaires, aux membres de nos syndicats ou partis politiques !
À la tienne Odile ! Merci pour tout.

Valérie Gilker-Létourneau pour L’R des centres de femmes du Québec

Mots-clés : Les nôtres Québec

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